Jurisprudence du Tribunal Cantonal
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N° dossier:
TA.1998.477
Autorité:
Date décision:
12.05.1999
Publié le:
14.04.2008
Revue juridique:
RJN 1999, P.268
Titre:
Paiement de factures d'électricité. Le recouvrement par la commune doit-il se faire par la voie de l'action ou de la décision ?
Résumé:
**La commune de Neuchâtel a agi par la voie de l'action au sens de l'art.58 litt.b LPJA (prestations découlant de contrats de droit public) pour recouvrer le paiement de l'électricité de l'un des abonnés à ses services industriels.
Le contrat de droit public est caractérisé par deux éléments principaux : la nature de droit public de son objet et l'aspect contractuel des relations qu'il crée. S'il n'est pas douteux que les services qui fournissent l'électricité nouent avec leurs usagers des rapports de droit public, les relations instaurées entre la Ville de Neuchâtel, par ses services industriels, et ses abonnés ne revêtent dans la règle aucun caractère contractuel. Tel est bien le cas en l'occurrence où l'abonné concerné n'a conclu aucun accord particulier avec la commune de sorte qu'il est soumis unilatéralement aux dispositions réglementaires du Conseil général sur la fourniture de l'eau, du gaz et de l'énergie électrique ainsi qu'aux tarifs qui en découlent. Pour recouvrer le paiement de factures en ce domaine, la
Ville de Neuchâtel agit donc en principe en vertu de la puissance publique dont elle est investie et il lui incombe de statuer par voie de décision au sens de l'article 3 LPJA, ce qui exclut l'action de droit administratif (art.59 LPJA).
La présente cause se différencie ainsi de celle publiée au RJN 1983 p.118 (120) dans laquelle la commune de Colombier était convenue avec la société d'exploitation des câbles électriques de Cortaillod d'une convention particulière de fourniture de gaz naturel à des conditions quantitatives et
qualitatives ainsi qu'à des prix spécifiques qui n'ont pas été fixés de manière unilatérale par la commune de Colombier selon une réglementation identique prévalant pour les autres usagers, de sorte que l'aspect contractuel au sens de l'article 58 litt.b LPJA des relations ainsi créées était bien donné.**
Articles de loi:
Art. 3 LPJA
Art. 58 litt. b LPJA
Art. 59 LPJA
A. En
dates des 4 mars et 29 mai 1998, les services industriels de
la
Ville de Neuchâtel ont adressé à P.
deux factures d'un montant de 309
francs
et de 218.60 francs en paiement de l'électricité consommée,
respectivement
du 7 novembre 1997 au 17 février 1998 et du 17 février au
12 mai
1998, pour les locaux qu'il loue à la rue X.
à Neuchâtel.
Ces factures n'étant pas honorées dans les trente jours, deux
rappels
portant sur le montant de 309 francs + 12.65 francs de frais ainsi
que sur
le montant de 218.60 francs + 12.05 francs de frais ont été adres-
sés en
vain à l'intéressé.
Par courrier du 29 septembre 1998, les services industriels ont
sommé
P. de s'acquitter des deux factures
restées impayées majorées des
frais
susmentionnés, soit un montant de 552.30 francs, avec 5 francs de
frais
administratifs, soit au total 557.30 francs, dans un délai de six
jours.
Ce montant n'étant pas réglé dans le délai imparti, lesdits ser-
vices
ont fait notifier le 5 novembre 1998 au débiteur, par l'office des
poursuites
de Neuchâtel, le commandement de payer la somme de 557.30
francs,
plus accessoires et intérêts à 5 % dès le 25 mai 1998, poursuite à
laquelle
l'intéressé a fait opposition totale.
B. Le
4 décembre 1998, la Ville de Neuchâtel ouvre action devant le
Tribunal
administratif contre P. . Faisant valoir que ce dernier est
responsable
du paiement de l'électricité consommée et des frais
accessoires
aux termes de l'article 6 du règlement général des services
industriels
pour la fourniture de l'eau, du gaz et de l'énergie, elle con-
clut à
ce que le défendeur soit condamné, sous suite de frais et dépens, à
lui
payer la somme de 557.30 francs plus intérêts à 5 % dès le 25 mai
1998,
ainsi que 20 francs pour les frais postaux et 50 francs pour le com-
mandement
de payer.
C.
Dans sa réponse du 27 janvier 1999, le défendeur objecte que les
factures
d'électricité qu'il reçoit ne le concernent pas lui seul
puisqu'il
occupe les locaux sis à la rue X. avec
deux autres locataires
de
sorte que les services industriels auraient également dû les inviter à
payer
leur propre consommation d'électricité. Il émet par ailleurs
certaines
critiques sur le mode de facturation et s'oppose à payer des
frais
de rappel avec en plus des intérêts sur des factures qui incluent au
surplus
des intérêts sur les mêmes frais de rappel.
Dans sa réplique du 12 février 1999, la demanderesse a réfuté
les
objections du défendeur, lequel n'a pas dupliqué.
C O N S I D E R A N
T
en droit
1. a)
Le Tribunal administratif connaît en instance unique des ac-
tions
fondées sur le droit administratif et portant en particulier sur des
prestations
découlant de contrats de droit public (art.58 litt.b LPJA).
Le contrat de droit public est caractérisé par deux éléments
principaux
: la nature de droit public de son objet et l'aspect contrac-
tuel
des relations qu'il crée (Schaer, Juridiction administrative neuchâ-
teloise,
p.212 et les références).
Il convient donc de vérifier si, en l'espèce, ces deux éléments
sont
réunis.
b) Il ne fait pas de doute que les services qui fournissent
l'électricité
nouent avec leurs usagers des rapports de droit public
(Grisel,
Traité de droit administratif, p.234 et les références; Moor,
Droit
administratif, p.234 et les références; v. pour la fourniture de
l'eau
par la Ville de Neuchâtel, ATF 83 I 119). En effet, il est constant
que la
demanderesse, par ses services industriels, fournit sur son terri-
toire
l'énergie électrique destinée notamment à l'usage domestique, selon
des
modalités fixées par un règlement adopté par le Conseil général (rè-
glement
général des services industriels pour la fourniture de l'eau, du
gaz et
de l'énergie électrique du 01.10.1984, ci-après : le règlement gé-
néral).
Selon ce règlement général, la demande de fourniture par un usager
ou le
fait de consommer de l'énergie électrique implique l'acceptation du
règlement,
des prescriptions qui en découlent et des tarifs (art.7 al.1).
Les
tarifs, dont celui contenu dans l'arrêté communal du 4 novembre 1991
déterminant
le prix de vente et de reprise de l'électricité, sont fixés
par le
Conseil général, sous réserve de tarifs spéciaux négociés par le
Conseil
communal avec certains usagers particuliers (art.10). Le règlement
général
prévoit par ailleurs que les décisions de la direction des ser-
vices
industriels peuvent faire l'objet d'un recours devant le Conseil
communal
(art.29), lequel, chargé de l'exécution du règlement général
(art.33)
a au surplus adopté un règlement d'application pour la fourniture
et la
distribution de l'énergie électrique du 15 octobre 1984.
Si cette réglementation ressortit de la sorte bien au droit pu-
blic,
les relations instaurées entre la Ville de Neuchâtel, respectivement
les
services industriels de l'électricité, et le défendeur, pour son rac-
cordement
au réseau et la fourniture d'énergie électrique, ne revêtent
cependant
aucun caractère contractuel. En effet, il n'a nullement été al-
légué
et il n'apparaît nulle part dans le dossier que P. aurait conclu un
accord
particulier avec la commune. Ainsi, les normes qui régissent les
rapports
entre les parties sont celles qu'a édictées le Conseil général.
Elles
sont applicables d'office et une éventuelle modification par le
législatif
communal entrerait en vigueur d'elle-même sans possibilité,
même
théorique, pour l'usager de s'y opposer ou d'en discuter les
modalités.
En outre, la situation de monopole évoquée ci-dessus oblige
tout
usager à recourir aux services communaux. Indiscutablement, ces élé-
ments
permettent de qualifier d'unilatérales les relations entre les par-
ties en
cause (Moor, op.cit., ibid.). D'ailleurs, le Tribunal administra-
tif a
eu l'occasion de préciser récemment que, dans le cadre de la fourni-
ture
d'électricité, la Ville de Neuchâtel agit dans la règle en vertu de
la
puissance publique dont elle est investie et qu'il lui incombe en con-
séquence
de statuer par voie de décision au sens de l'article 3 LPJA (ATA
du
14.07.1998 en la cause W.; RJN 1996, p.139). Cela exclut donc en prin-
cipe
l'action de droit administratif, laquelle est subsidiaire et non re-
cevable
lorsque le demandeur peut faire valoir ses droits par la voie du
recours
(art.59 LPJA).
c) La demanderesse, à l'appui de l'action qu'elle a ouverte en
la
cause, invoque une jurisprudence du Tribunal administratif (RJN 1983,
p.118
(120) selon laquelle si, dans le cadre de la fourniture d'électri-
cité,
une commune agit en vertu de la puissance publique et a donc le pou-
voir de
statuer par voie décisionnelle, le recours à la puissance publique
ne se
justifie toutefois que dans la mesure où l'exécution du contrat
touche
directement à l'intérêt public; or, tel n'est cependant pas le cas
si
l'autorité entend obtenir d'un administré cocontractant qu'il exécute
des
obligations purement pécuniaires : dans une telle éventualité, l'au-
torité
doit agir par voie d'action. La commune de Neuchâtel perd toutefois
de vue
que, dans le cas particulier auquel elle se réfère, la fourniture
de gaz
par la commune de Colombier à la Société d'exploitation des câbles
électriques
de Cortaillod avait pour fondement une convention particulière
en
vertu de laquelle la commune s'engageait à livrer à ladite entreprise
du gaz
naturel pour l'alimentation en énergie thermique de ses différentes
installations
à certaines conditions quantitatives (puissance horaire) et
qualitatives
(pouvoir calorifique) ainsi qu'à des prix spécifiques selon
des
règles de calcul expressément prévues dans ladite convention. On le
constate
donc, les conditions de fourniture de gaz naturel n'ont pas été
déterminées
de manière unilatérale par la commune de Colombier selon une
réglementation
identique prévalant pour les autres usagers, mais bien
selon
des modalités particulières adoptées d'un commun accord avec la so-
ciété
en question, de sorte que l'aspect contractuel au sens de l'article
58
litt.b LPJA des relations ainsi créées était bien donné, circonstance
qui, on
l'a vu, n'est pas réalisée dans la présente cause.
Enfin, on retiendra qu'en matière de consommation d'eau et
d'électricité,
les communes font bien valoir leurs créances, à l'égard
d'usagers
soumis aux conditions réglementaires usuelles d'utilisation, par
voie de
décision (ATA M. c/ Le Locle du 21.10.1994 (eau), P. c/ Cornaux du
03.05.1994
(eau et électricité), R. c/ Corcelles-Cormondrèche du
21.03.1990
(eau) = RJN 1990, p.193).
2. Il
suit de là que la voie de l'action de droit administratif
n'est
pas ouverte en l'occurrence et que le Tribunal administratif ne peut
entrer
en matière.
Il est statué sans frais puisque les autorités communales qui
succombent
n'en paient pas (art.47 al.2 LPJA).
Le défendeur, qui n'a pas engagé des frais particuliers pour la
défense
de ses intérêts, ne peut prétendre des dépens (art.48 al.1 LPJA).
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL
ADMINISTRATIF
1.
Déclare la demande irrecevable.
2.
Statue sans frais et sans dépens.
Neuchâtel,
le 12 mai 1999
AU NOM DU TRIBUNAL
ADMINISTRATIF
Le
greffier Le président