Jurisprudence du Tribunal Cantonal
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N° dossier:
CCP.2003.21
Autorité:
Date décision:
12.06.2003
Publié le:
14.04.2008
Revue juridique:
Titre:
Etat de surcharge d'un chaland.
Résumé:
Condamnation d'un conducteur de chaland à une amende de Fr. 500.-- pour avoir navigué en état de surcharge, les plaques d'enfoncement apposées sur la coque du chaland étant imergées de 15 cm.
Pour évaluer l'état de charge d'un chaland, la méthode des plaques d'enfoncement l'emporte sur le critère du tonnage. Les modifications subséquentes du chaland n'enlèvent rien à l'obligation de respecter la méthode des plaques d'enfoncement, bien au contraire. Ces transformations auraient dû être annoncées au Service cantonal de la navigation pour une nouvelle inspection.
Articles de loi:
Art. 110 LNI
Art. 143 ONI
A. Le
15 décembre 2000, alors que W., conducteur du chaland R., immatriculé [...],
avait chargé des matériaux au moyen du tapis de chargement au môle des garçons,
à Bevaix, il a été intercepté en eaux neuchâteloises par l’inspecteur de la
navigation, P., qui a constaté que le chaland naviguait en état de surcharge.
Les marques d’enfoncement de l’embarcation étaient 15 centimètres au-dessous du
niveau de l’eau.
Suite
à l’opposition formée contre l’ordonnance pénale du Ministère public du 2
février 2001 le condamnant à une amende de 500 francs ainsi qu’aux frais fixés
à 60 francs, W. a été renvoyé devant le Tribunal de police du district de
Boudry.
A
l’issue de 5 audiences, le tribunal a condamné le 14 novembre 2002 W. à une
amende de 500 francs et aux frais fixés à 350 francs. Il a retenu que le
prévenu s’était rendu coupable d’infractions aux articles 7 et 110 de
l’ordonnance fédérale sur la navigation dans les eaux suisses (ONI) et aux
articles 46 et 48 de la loi fédérale sur la navigation intérieure (LNI), en
décidant de partir avec son chaland qu’il savait surchargé. Il a jugé qu’une
amende de 500 francs était adéquate.
B. Après
en avoir sollicité et obtenu la motivation complète, W. se pourvoit contre ce
jugement, concluant, sous suite de frais et dépens, à sa cassation et au renvoi
de la cause à un autre tribunal pour nouveau jugement. Il invoque une fausse application
du droit, dans la mesure où il conteste le recours au critère des marques
d’enfoncement prévu à l’article 143 ONI. D’une part, son chargement n’aurait
pas dépassé la charge maximale de 280 tonnes autorisée pour ce chaland. D’autre
part, ces marques d’enfoncement ne correspondraient pas en l’espèce aux données
techniques du bateau, notamment en raison des modifications qui lui ont été
apportées. Il explique encore que le dossier ne permet pas de dire sur la base
de quelle marque – celle relative à la zone de navigation 2 ou 3 – il a été
condamné, de sorte qu’il devrait être libéré au bénéfice du doute. Enfin, il
conteste la quotité de la peine.
C. Ni
le président suppléant du Tribunal du district de Boudry, ni le substitut du
procureur général ne formulent d’observations, le dernier nommé concluant
toutefois au rejet du recours.
C O N S I D E R
A N T
en droit
1. Interjeté
dans les formes et délai légaux (art.244 CPP), le pourvoi est recevable.
2. Selon
l’article 110 LNI, la charge admissible est fixée selon le genre de bateau,
compte tenu de la stabilité, du franc-bord, de la flottabilité en cas
d’envahissement et de la place disponible. Lorsque la charge admissible a été
fixée par le constructeur, elle ne doit pas être augmentée. Aux termes de
l’article 143 ONI, les bateaux à marchandises doivent porter sur chaque bord
des marques d’enfoncement placées respectivement à une distance de la proue et
de la poupe égale à un sixième environ de la longueur. Selon l’article 26 du
règlement intercantonal concernant la police de la navigation (règlement
intercantonal ; RSN 766.121), les bateaux servant à des travaux doivent
porter de chaque côté, à l’extérieur de la coque, à l’endroit où le franc-bord
est le plus bas, une plaque en laiton de 25 cm de longueur et de 4 cm de
largeur. La ligne de plus grande immersion correspond à l’arête inférieure des
plaques. Le franc-bord des bateaux à marchandises se détermine d’après la zone
de navigation dans laquelle ils circulent. Le Léman, le lac de Neuchâtel et le
lac de Constance appartiennent à la zone 2, tous les autres plans d’eau à la
zone 3 (art.144 al.1 ONI). Le franc-bord, mesuré de la ligne de flottaison en
pleine charge au point le plus bas de l’arête supérieure de la coque varie en
fonction de la zone dans laquelle le bateau est autorisé à naviguer (art.144
al.2-5 ONI).
3. En
l’espèce, le recourant a reconnu tant lors de son interpellation le
15 décembre 2000 que devant le premier juge avoir navigué ce jour-là à
bord du chaland R. qui était en état de surcharge. Dans son pourvoi, il
conteste toutefois cet élément, compte tenu du fait que son chargement n’aurait
pas dépassé la charge admissible de 280 tonnes. Cet argument n’est toutefois
pas pertinent. La méthode des plaques d’enfoncement contenue aux articles 143
ONI et 26 du règlement intercantonal l’emporte sur le critère du tonnage,
attendu que tous les tapis de chargement ne sont pas munis d’une balance pour
vérifier le poids de la charge embarquée. Le recourant n’a d’ailleurs pas
avancé d'éléments quelconques donnant à penser que son chargement ne dépassait
pas le tonnage maximum autorisé de 280 tonnes figurant sur le permis de
navigation du chaland R.. Cela étant, il a été constaté lors de l’inspection du
15 décembre 2000 que les marques d’enfoncement étaient 15 cm au-dessous du
niveau de l’eau, ce que le recourant n’a jamais remis en cause jusqu’au stade
du pourvoi. Il tombe dès lors à faux en essayant de semer le doute dans son recours
sur le type de plaques d’enfoncement ayant servi de référence pour constater la
surcharge. Bien que le dossier ne mentionne pas expressément que le constat de
surcharge a été effectué sur la base des plaques déterminantes pour la zone 2 de
navigation – soit pour le lac de Neuchâtel -, il ne fait pas de doute que tel
était bien le cas. L’inspecteur, P., savait en effet que ce chaland pouvait naviguer
sur le lac de Neuchâtel et sur celui de Bienne et qu’il disposait donc de deux
jeux de plaquettes placées différemment sur la coque en fonction de la zone (2
ou 3) de référence. Enfin, si, comme le prétend le recourant, le chaland a
réellement subi des modifications, cela n’enlevait rien à son obligation de
respecter la méthode des plaques d’enfoncement, bien au contraire. Conformément
aux articles 13 al.1 litt.d, al.2 et 22 al.1 litt.b du règlement intercantonal,
il lui appartenait en effet de signaler dans les 14 jours ces transformations
au Service cantonal de la navigation, afin de le soumettre à une nouvelle inspection.
Au
vu de ce qui précède, c’est à juste titre que le premier juge a retenu que le
recourant a navigué à bord du chaland R. en état de surcharge.
4. L’article
63 CP dispose que le juge fixe la peine d’après la culpabilité du délinquant,
en tenant compte de ses mobiles, de ses antécédents et de sa situation personnelle.
La Cour de cassation, à l’instar du Tribunal fédéral, ne peut revoir la peine
que si le premier juge est sorti du cadre légal, s’est fondé sur des éléments
dépourvus de pertinence, n’a pas pris en considération les éléments
déterminants ou encore a abusé de son pouvoir d’appréciation (ATF 127 IV 104
cons.2c, 123 IV 51 cons.2a ; RJN 1996, p.70). La Cour doit également annuler un jugement lorsqu’elle n’est pas mesure de déterminer si tous les
critères d’appréciation ont été correctement évalués, c’est-à-dire si la
motivation est insuffisante pour permettre de contrôler le respect de l’article
63 CP (v. en particulier ATF 116 IV 290 et, en dernier lieu, 127 IV 101).
La motivation de la fixation de la peine n’est pas un but en soi, mais le
meilleur moyen de justifier le choix de la peine (ATF 118 IV 14 cons.2). Plus
la peine est élevée, plus on se montrera exigeant quant à sa motivation (ATF
120 IV 67 cons.2a, 118 IV 14 cons.2 et 337 cons.2a). A l’inverse, plus une
amende est basse, plus on doit accepter un certain schématisme. Dans ce cas, on
ne saurait exiger du juge qu’il procède à un examen trop détaillé des
circonstances de l’acte et de la situation personnelle de l’auteur.
b)
En l’espèce, le premier juge a retenu que la peine requise de 500 francs
d’amende par le Ministère public était adéquate. Cette motivation est certes
brève, mais ne viole pas le droit fédéral. Les circonstances de l’infraction
ont été précisées par le premier juge. La peine infligée, bien qu’à la limite
supérieure du cadre légal, reste acceptable. L’absence d’antécédents du
recourant concernant le surchargement des chalands au cours de ses 37 ans de
carrière ne saurait excuser sa faute qui doit être qualifiée de sérieuse vu les
conséquences très graves qui peuvent en découler. Enfin, les difficultés liées
à l’appréciation de la charge qui est embarquée sur les chalands sont
inhérentes à ce travail et ne sauraient
davantage excuser sa faute.
5. Au
vu de ce qui précède, le pourvoi, non dénué d'une certaine témérité, s’avère
mal fondé. En application de l’article 254 CPP, les frais de la procédure sont
mis à la charge du recourant.
**Par ces motifs,
LA COUR DE CASSATION PENALE**
1.
Rejette le
recours.
2.
Met les frais,
arrêtés à 480 francs, à la charge du recourant.
Neuchâtel, le 12 juin 2003
AU NOM DE LA COUR DE
CASSATION PENALE
Le greffier L’un des juges
Expédition :
·
au recourant,
W., par Me Pierre Heinis, avocat à Neuchâtel
·
à l’intimé,
Ministère public
·
au Tribunal de
police du district de Boudry
·
au
dossier
·
à
la minute
INDICATION
DES VOIES DE RECOURS
Un pourvoi en nullité à la Cour de
cassation pénale du Tribunal fédéral peut être formé contre le présent arrêt
pour violation du droit fédéral, sous réserve du recours de droit public pour
violation des droits constitutionnels. Le pourvoi en nullité doit être déposé
auprès du Tribunal fédéral dans un délai de 30 joursà compter de la réception de l'expédition intégrale de la
décision. La qualité et les autres conditions pour interjeter un pourvoi en
nullité sont déterminées par les articles 268 ss de la loi fédérale sur la procédure
pénale.