Identity between debtor and pursued company not established; provisional debt enforcement lift refused

CCC.1996.7233Autre juridiction26 juin 1997Granted

Extrait par Omnilex

Résumé Omnilex

E. SA sought provisional lifting of objection against D. Sàrl on the basis of debt acknowledgments signed by L. on SA letterhead. The Civil Cassation Court held that the file did not prove identity between the pursued Sàrl and the debtor on the acknowledgments. Economic links between the companies were insufficient, and the absence of the Sàrl’s name from the documents was decisive. The court found the first instance’s contrary conclusion arbitrary, annulled its decision, and rejected the lifting request on the merits. Costs of both instances were charged to E. SA.

Regeste Omnilex

Art. 82 LP; provisional lifting of objection requires a debt acknowledgment showing, on the documents relied upon, identity between the pursued debtor and the acknowledging debtor. Economic intertwinement between legally distinct companies does not suffice. Where the pursued entity is not named in any of the documents produced, and the signature appears only on documents referring to another company, the title is insufficient for provisional lifting. In such a setting, the lifting judge must refuse the request without needing to examine the debt’s exigibility (consid. 3-4).

Texte intégral

Jurisprudence du Tribunal Cantonal Contact

N° dossier: CCC.1996.7233

Autorité:

Date décision: 26.06.1997

Publié le: 14.04.2008

Revue juridique:

Titre: Identité non établie entre la poursuivie (une Sàrl) et le débiteur de reconnaissances de dette. Mainlevée provisoire.

Résumé:

**Reconnaissances de dette signées par l'un des associés d'une Sàrl sur papier à lettre d'une SA qui porte le même nom dans sa raison sociale que la Sàrl. Comme le signataire n'avait pas les pouvoirs d'engager la SA, le premier juge a accordé la mainlevée de la poursuite contre la Sàrl car ledit signataire avait le pouvoir de l'engager.

Recours de la Sàrl admis car même si les deux sociétés semblent économiquement imbriquées, cela ne suffit pourtant pas pour engager celle des sociétés qui ne figure sur aucune pièce déposée (reconnaissance de dette, plan de paiement, etc.), les deux sociétés étant des personnes morales distinctes.

Rejet de la mainlevée sur le fond car le dossier ne permet pas de constater l'identité entre la poursuivie (Sàrl) et le débiteur des reconnaissances de dette.**

Mots-clés:

MAINLEVEE PROVISOIRE RECONNAISSANCE DE DETTE (LP)

Articles de loi:

Art. 82 LP

1. Par commandement de payer notifié le 27 septembre 1996,

E. SA a poursuivi D. Sàrl en paiement de 113'000 francs en capital. Ce

montant représente le solde impayé de 5 factures allant du 5 avril 1995 au

3 janvier 1996, envoyées à l'adresse de "M. , à l'att. de M. et Mme

L." à Bevaix, ainsi que de 2 factures du 21 mars 1996, envoyées à

l'adresse de "D. , à l'att. de Mme et M. L. , " à Bevaix. Monsieur L. , en

sa qualité d'associé de D. Sàrl, a formé opposition totale à la poursuite.

Par la décision entreprise, le président du Tribunal civil du

district de Boudry a accordé la mainlevée de l'opposition demandée par la

créancière. Il a en bref considéré que la dette avait été reconnue par un

relevé de compte du 28 février 1996, ainsi que par un plan de paiement du

21 mars 1996 (décision, p.2, cons.4) et qu'il importait peu que ces deux

documents aient été l'un signé par Monsieur L. par dessus un timbre

humide au nom de "D. SA" et l'autre figurant sur du papier à lettre à

l'en-tête de cette même société anonyme (décision, p.3, cons.4). Selon le

premier juge, le fait qu'il existe 3 sociétés - M. SA, D. SA et D. Sàrl -

établies à la même adresse et exerçant la même activité, signifie manifes-

tement que lesdites sociétés sont économiquement imbriquées; Monsieur L.

n'ayant le pouvoir d'engager par sa signature individuelle que la société

à responsabilité limitée, c'est donc cette dernière qui a reconnu la

dette. Enfin, le juge a retenu que la somme due était exigible (décision,

p.3, cons.4).

2. En temps utile, D. Sàrl recourt contre cette décision en

concluant à sa cassation et au rejet de la requête de mainlevée, avec

suite de frais et dépens. Elle expose qu'aucune des pièces déposées ne

mentionne la Sàrl et que Monsieur L. a pris des engagements pour le

compte de la SA, ce qui ne signifie pas qu'il ait engagé la Sàrl. De plus,

la recourante conteste l'exigibilité de la dette.

Le président du tribunal n'a pas formulé d'observations alors

que l'intimée conclut au rejet du recours.

L'effet suspensif au recours a été accordé le 3 décembre 1996.

3. Il incombe au juge de la mainlevée d'examiner d'office si le

titre de mainlevée produit remplit les conditions d'une reconnaissance de

dette (RJN 1982, p.59), en particulier s'il y a identité entre le pour-

suivi et le débiteur qui a reconnu la dette. Dans le cadre strict et

formaliste de la procédure de mainlevée, il se prononce sur le vu des

pièces que lui soumettent les parties, sans procéder à une instruction

complète du fond du litige. La Cour de cassation civile, qui n'est pas une

Cour d'appel, n'a pas à substituer sa propre appréciation à celle du

premier juge. Elle n'intervient que si ce dernier s'est prononcé de façon

arbitraire, en admettant un fait dénué de toute preuve ou en rejetant un

fait indubitablement établi (RJN 1988 p.41 et les références citées). Il

ne suffit donc pas que l'appréciation des preuves soit simplement discu-

table ou qu'une autre appréciation soit possible pour donner lieu à

cassation. Il faut que cette appréciation du premier juge soit manifes-

tement insoutenable ou contraire aux pièces du dossier (ATF 109 Ia 22, 108

Ia 195).

En l'espèce, la constatation du premier juge selon laquelle

Monsieur L. a engagé la recourante par sa signature du relevé de compte

et en bas d'un plan de remboursement s'avère manifestement arbitraire.

Certes les trois sociétés en question semblent imbriquées, si ce n'est sur

le plan économique du moins par les personnes qui oeuvrent au sein de

celles-ci; cela ne suffit pourtant pas pour engager celle de ces sociétés

qui ne figure sur aucune des pièces déposées (factures, relevé de compte,

correspondances, etc.) au motif que le signataire des reconnaissances de

dette n'avait le pouvoir d'engager que la société à responsabilité limitée

qui est poursuivie, alors même que le tampon encreur ou le papier à lettre

utilisé sont ceux de la société anonyme. S'il est admis qu'une reconnais-

sance de dette peut résulter d'un rapprochement de plusieurs pièces

(Panchaud/Caprez, La mainlevée de l'opposition, 1980 § 6, p.12), il n'en

demeure pas moins qu'en l'espèce, la raison sociale de la recourante

n'apparaît pas une seule fois parmi les documents déposés. Le seul lien

avec la recourante est le fait qu'un de ses associés, L. , a signé les

reconnaissances de dette "pour le compte de la SA" (recours, p.2). Mais

cela ne suffit pas pour en conclure qu'il a engagé la recourante qui est

une personne morale distincte de la société anonyme, même si toutes les

deux utilisent le terme "D." dans leur raison sociale.

Le fait que l'intimée a poursuivi la recourante et non pas

D. S.A. peut être compris à la lumière d'une lettre de demande de

renseignements qu'elle a adressée le 17 avril 1996 à l'office des

poursuites de Boudry. Sous la rubrique "concerne", il était indiqué :

"Notre débiteur D. L. SA". Or, les termes L. SA ont été biffés et

remplacés par S.à.r.l. Le dossier n'indique pas qui a procédé à cette

modification et il n'appartient pas à la Cour de céans de le déterminer;

toutefois, ceci peut expliquer que l'intimée ait fait notifier sa

poursuite à la société en responsabilité limitée et non pas à la société

anonyme. Il incombait néanmoins à l'intimée de s'informer auprès du

registre du commerce quant aux pouvoirs de représentation de Monsieur L. ,

avec lequel elle semble avoir eu ses contacts commerciaux (observations

intimée du 12 décembre 1996).

Dès lors que le premier juge a arbitrairement constaté que la

recourante était engagée par le relevé de compte du 28 février 1996 et par

le plan de paiement du 21 mars 1996, sa décision doit être cassée.

4. Attendu que les pièces du dossier ne permettent pas de constater

qu'il y a identité entre la poursuivie et le débiteur des deux reconnais-

sances de dette, la Cour de céans peut statuer au fond et rejeter dès lors

la requête de l'intimée du 2 octobre 1996 tendant au prononcé de la main-

levée de l'opposition au commandement de payer No 90425. La requête devant

être rejetée, il est inutile d'entrer en matière quant à l'exigibilité de

la créance.

Il est bien entendu loisible à l'intimée de procéder une

nouvelle fois afin de faire reconnaître sa créance en déterminant selon

les dispositions légales en matière de représentation dans quelle mesure

Monsieur L. a engagé par sa signature D. SA.

5. L'intimée qui succombe supportera les frais et les dépens des

deux instances.

Par ces motifs,

LA COUR DE CASSATION CIVILE

1. Admet le recours et casse la décision entreprise.

2. Statuant sur le fond, rejette la requête de E. SA du 2 octobre 1996

tendant au prononcé de la mainlevée de l'opposition au commandement de

payer No 90425.

3. Condamne la requérante et intimée aux frais des deux instances, fixés

comme suit :

première instance 300 francs, avancés par l'intimée

deuxième instance 510 francs, avancés par la recourante

4. Condamne la requérante et intimée à verser à la requise et recourante

les dépens des deux instances, fixés comme suit :

première instance 300 francs

deuxième instance 300 francs

Neuchâtel, le 26 juin 1997

AU NOM DE LA COUR DE CASSATION CIVILE

Le greffier L'un des juges

Mots-clés

provisional lifting of objectiondebt acknowledgmentidentity of debtorlegal personalitycorporate intertwinementarbitrarinessformal proofcourt costs

Extrait par Omnilex

Question juridique clé

Whether the documents produced constituted a debt acknowledgment binding the pursued D. Sàrl under Art. 82 LP

Solution extraite

No. The file did not establish identity between the pursued Sàrl and the debtor who signed the acknowledgments; the company name never appeared on the produced documents.

Motifs extraits

In provisional debt enforcement, the judge must verify ex officio that the title meets the formal requirements of a debt acknowledgment, including identity between pursued debtor and acknowledging debtor. Economic intertwinement between companies is insufficient, and a signature made on SA letterhead did not prove that the Sàrl was bound, especially as the companies are distinct legal persons.

Question juridique clé

Whether the first instance acted arbitrarily in granting provisional lifting

Solution extraite

Yes. The finding that L. bound the appellant through the account statement and repayment plan was manifestly unsustainable on the file.

Motifs extraits

The first judge relied on an unsupported inference from corporate proximity and L.'s signing capacity for the Sàrl, although the documents referred to the SA and never to the Sàrl. The appellate court could therefore annul the decision.

Question juridique clé

Whether the request for provisional lifting should be granted on the merits

Solution extraite

No. Because identity between the pursued company and the debtor was not shown, the lifting request had to be rejected; the court did not need to examine exigibility.

Motifs extraits

Without proof that the pursued legal entity was the debtor on the acknowledgments, Art. 82 LP was not satisfied.

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