BGE 4 I 68
BGE 4 I 68Bge18 janv. 1877Ouvrir la source →
68 A. Staatsrchtliche Entscheidungen. II, Abschnitt. Bundesgesetze.
emnac'f) at ba mun'oeßgetid)t
· edaitnt:
ie mef c'f)ttietbe ift im @5inne bet @rttiägungen afä unbegrltn,
. bet abgettiief en.
18. Arret du 18 Janvi·er 1878 dans la cause de la Compagnie
des chemins de fer du Jura bernois.
En Septembre 1874, la Compagnie des chemins de fer du
Jura bernois deposa Jes plans parcellaires en vue des expro-·
priations a faire sur le territoire de Ja Commune de Cour-
rendJin pour la construction de la Jigne Dachsfelden-Moutier.
Par reclamation datee du 24 dit, le meunier Jean-PielTe
.Tolidon, aux Roches pres Courrendlin, demande que Ja Com-
pag·nie
etablisse au-dessous de la voie et le long de Ja Birse,
dans le haut et au-dessous de la parcelle Sect. E. N° 13 du
plan, une
foret derriere les usines de l'exposant, ainsi que les
travaux de
soutenement necessaires pou,r proteger cette foret
contre les eboulements, et pour empecher que la Birse ne se
remplisse de materiaux.
Une entente amiable eut lieu entre les parties au sujet de
l' expropriation de Jolidon; ce dernier re9ut, ensuite de con-
vention du
1 er Decembre 1874, une indemnite de 2610 fr.
pour prix du terrain exproprie et depreciation: la dite con-
vention ne mentionne aucun travail de soutenement.
Par acte de mise en demeure des 25 Novembre/2 Decemhre
1874, Jolidon se plaint de ce que t< la Compagnie se permet
» de jeter des materiaux dans le cours d'eau de la Birse, ce
» qui empechera les eaux d'avoir leur lihre cours, retrecira
}\ Je lit et occasionnera un prejudice considerable aux pro-
» prietes du plaignant. »
II s'agit sans doute ici de la portion du Jit de Ja riviere
longeant le haut remblai du chemin de fer vis-a-vis du mouJin
des Roches,
a l'endroit ou le plan d' expropriation prevoyait
deja la construction d'un mur de soutenement de 150 metres
de longueur' destine a affermir le dit remblai.
II. Abtretung von Privatrechten. N° 18.
. 69.
En outre, des pierres etant tombees .dans la Birse ensuite
des coups de mine
necessites par Ja construction de la voie au
dit endroit, Jolidon ,
par le meme acte de mise en demeure,
somma la
Compagnie d'enlever ces materiaux.
En . reponse a cette sommation , la Compagnie notifie, le
15 Decembre 1874, au reclamant qu'elle a immediatement
donne l'ordre a son entrepreneur de debarrasser les quel-
ques blocs
de pierre projetes par Ja mine dans la Birse en des-
sous du moulin des Roches, et d'en faire autant apres chaque
volee.
Jolidon estime que la Compagnie n' a point execule cette
promesse:
apres plusieurs tentatives infructueuses d'entente,
il expose,
par requete du 8 Mars. '1875 adressee au President
du Tribunal de l\foutier, que la Compagnie continue a jeter
des pierres et materiaux dans le
lit de la Birse et a faire des
travaux au-dessous du moulin des Roches : pour empecher
ce dommage, il conclut qu'il plaise a ce magistrat ordonner
« que le lit de la riviere sera deblaye aux frais du tort-ayant
» et que l' etat des lieux sera constate par une expertise. l)
Le 3 Juin suivant, Jolid.on assigne Ia Compagnie a com-
paraitre devant Je President prenomnie, aux fins de s' entendre
condamner :
1° a retablir derriere et au-dessous de l'usine
du
requerant le cours de la Birse tel qu'il. se trouvait avant
la construction
de la yoie ferree, soit de maniere a ce que le
lit ne soit pas exbausse, et a ce que les eaux s'eculent aussi
librement qu'anciennement;
2° a payer des dommages-interets
pour
Je dommage survenu. .
De nouvelles tractations ayant eu lieu entre les parties,
mais egalement sans succes' Jolidon adresse '
en ate du 31
Janvier 1876, une nouvelle sommation a la Compagnie, por-
tant ce qui suit :
1° Ensuite d'un acte de mise en demeure signifie le 2 De-
cembre 1874, d'une assignation a preuve a futur du 18 Mars
1875, d'une comparution devant le Juge du 9 Juin 1875 et
d'une descente et vue des lieux, la
Compagnie requise, qui a
arhitrairement
modifie le cours de la Birse au-dessous du
mulin des Roches, propriete dμ. requerant; s'est engagee a
<7() A. Staatsrehtliche Entscheidungen. II. Abschnitt. Bundesgesetze.
retablir le niveau de l'eau tel qu'il se trouvait avant les en-
gagements de la requise
et a payer les frais du requerant.
2° Outre que la Compagnie n' a pas rempli ses promesses
ele se permet de remplir le cours actuel de l' eau de grosse~
p1erres pour soutenir un mur mal fait et ronge par les eaux.
· 3° En outre, la Compagnie a commis des degäts conside-
rables dans la
foret du requerant, sise derriere le moulin des
Roches, dont elle a
achete une partie par contrat du 1 •r De-
cembre 1874.
La_ conciliation ayant ete tentee en vain entre parties, Joli-
don rntente devant le Tribunal de Moutier le
21 Avril 1876
a_l,a Companie une ·
mer~' du ht de la. Birse dans Süll etat primitif' et a ce que
!a clion tendant a la reise, par cette dereenderesse .01t .. en ? 7 e~ tre condamnee a des dommages-
mterets
pour prejud1ce denvant de son entreprise indue.
A l'audience 'du dit Tribunal
du 14 Juin suivant la Com-
pagnie conclut, par voie d'incident, a ce qu'il plais: ä ce Tri-
bunal, et eventuellement a la Cour d' Appel et de Cassation
reconnaitre que les Tribunaux ordinaii;es sont incompetent
pour connaitre de la contestation, laquelle ressortit, a teneur
des art.
2,. 66 de 1a loi föderale sur l' expropriation,
a la Comm1sswn federale d'estimation.
·Par jugement du 12 Juillet 1876, le President du Tribunal
de Moutier,
considerant entre autres que la demande de Joli-
don a pour objet_ des reclam_ations qui decoulent, sinon uni-
quement, du morns en partie , de la construction de la voie
. fer:ee, e de ravaux qui s'y rattachent, admet les conclusions
fon-declmato1res de la Compagnie.
Jolidon_
arant appele de cette sentence, Ja Cour d'Appel .
et de CasatI?n du, Canton de er:ie, estimant qu'il ne s' agit
pas en l espece d une expropriatwn en matiere de chemins
de
fer, mais bien plutöt d'une demande en retablissement
d'un etat anterieur, detruit par des actes non-prevus dans
la. pro?edure d' expr?priation, reforme le jugement de pre-
miere mstnce et deboute la Compagnie des eonclusions de
.son except10n. ·
·
C' est contre ce dernier arret que Ja predite Compagnie a
II. Abtretung von Privatrechten. No 18.
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recouru, le 19 Mars 1877, au Tribunal federal, pour viola-
tion des prescriptions de la Mgislation fäderale sur l' expro-
priation en matiere de construclion de chemins de fer. Elle
demande en outre l'inspection des lieux
par u.ne delegation
de ce Tribunal.
Dans
sa reponse au .recours, datee du 17 Avril suivant,
J. P. J olidon conclut au rejet du recours, attendu qu'il ne
s'agit point d'une expropriation, mais bien
d'une action civile
-0rdinaire, puisque la Compagnie ne demande point du recou-
rant la cession d'un droit prive.
Dans leurs Replique du '15· Octobre et Duplique du 9 No-
vembre 1877, les parties reprennent, avec de nouveaux deve-
loppements, leurs conclusions respectives.
Une delegation du Tribunal federal, ensuite de requisition
des parties, a procede, le 17 Decembre 1877, a l' examen des
lieux
du litige. II est resulte de cette inspection que les pier-
1·es tombees dans le lit de la Birse. de meme que la coil-
struction du
mur de soutenemeilt de 150 metres deja prevu
dans
le plan d' expropriation, se trouvent en connexite evidente
avec l'execution des travaux
de la ligne ferree; et que,
dans le
but de corriger, soit de redresser le lit de la riviere,.
le mur en question fut avance un peu plus du cöte de la rive
gauche, tandis qu'un relargissement, au moins equivalent, du
dit lit fut execute sur la rjve droite. ·
Statnant snr ces faits et considerant en Q,roit :
1° La question qui se pose en l'espece-consiste ä. savoir si
la difficulte pendante est du ressort des Tribunaux ordinaires,
ou si elle releve de la competence de la Commission föderale
d'estimation et du Tribunal fäderal, a teneur de la loi föde-
rale sur l'expropriation. Or une semblable question est sans
aucun doute dans les attributions du dit Tribunal, a teneur de
l'art. 59 de la loi
fäderale d'organisation judiciaire.
2° La demande de Jolidon, tendant au retablissement de
l' etat anterieur du lit et de l' ecoulement des eaux de la Birse,
ainsi
qu'a l'adjudication de dommages-interets, est fondee sur
-Oeux allegations portant :
a) que l'entrepreneur de la ligne a jete d'une maniere in-
72 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. II. Abschnitt. Bundesgesetze.
due des pierres dans le lit de la riviere et a ainsi mis obstacle
au libre
ecoulement des eaux;
b) que la Compagnie a execute dans la Birse des travaux
qui ont eu pour consequence d' obstruer son
lit par de grosses
pierres, et
de le retrecir d' environ 2 metres sur une longueur
approximative
de 150 metres' tout en exhaussant Je fond de
la riviere,
circonstances qui ont
cause un dommage au demandeur.
Il
y a lieu d'examiner si ces pretendues lesions doivent etre
soumises a la procMure introduite en matiere d'expropriation
par la loi fäderale du 1er Mai 1850. ,
3°
Cette loi, ainsi que la procedure qu' elle prevoit, est appli..:
cable, aux termes de ses articles 1, 2, 6, 7 et 26, a tout ce
qui a trait
a la cession perpetuelle ou temporaire de droits
de propriete ou d'autres droits relatifs a des immeubles, aux
travaux
imposes aux entrepreneurs pour le maintien des com-
munications, tels que routes, canaux, etc., et aux ouvrages
qui
sont necessaires dans l'interet de la securite puhlique et de
la protection des
proprietes particulieres.
L' expropriation d'une portion du sol
~appartenant a Ul} ci-
toyen n' est donc point en tout cas necessaire pour que cette
loi
de 1850 puisse deployer ses effets : il suffit, en conformite
de la pratique constante du Tribunal fäderal, que par le fait
de la construction d'un chemin de fer il y ait une atteinte du-
rable, ou temporaire, soit au terrain et aux droits immobiliers
d'un
Citoyen, soit a la securite de Süll fonds, au libre ecoulement
des eaux,
etc„. el ainsi une question de dommages, d'indem-
nite
et de travaux soumise au prononce en premiere instance
de la Commission fäderale d'estimation.
4° Or, dans l'espece, l'inspection locale a demontre que la
construction sur la rive gauche de la Birse d'un mur de sou-
tenement
de 150 metres de long sur ·2 de large, -construc-
tion
ä laquelle seule le retrecissement du lit de cette riviere
peut
etre attribue , -se trouve en rapport intime avec Ies
travaux d'etahlissement de la ligne ferree: ce mur a, en effet,
pour but principal
de consolider et de retenir sur toute · sa
longueur le talus qui supporte la voie.
II. Abtretung von Privatrechten. N° 18.
L'allegation du recourant que l'ecoulement de la riviere se
trouve empeche de ce chef, et sa conclusion tendant au re-
tablissement de l' eÜlt pristin, constituent donc, aux termes des
articles
1, 6 et 7 de la loi susvisee, un proces en expropriation,
dont tous les
elements rentrent dans la competence de la Com-
mission föderale d' estimation.
5° Le grief principal du recourant devant etre ainsi rerivoye
a la dite Commission, il doit en etre de meme en ce qui touche
la reclamation, plutot accessoire, relative aux quelques pier-
res
jetees dans la riviere en aval du moulin des Roches. II y a
d'autant plus
de raison pour le Tribunal fäderal de prononcer
dans
ce sens que les parties ont toutes deux manifeste Je de-
sir que la presente action ne soit pas fractionnee et portee
devant deux fors differents.
Le grief tire par Jolidon de la
. pretendue obstruction du lit de la Birse par les pierres qui
y ont
ete jetees par l'entreprise se rattache d'ailleurs aussi,
dans une certaine mesure,
a la construction de la ligne elle-
meme.
Par
ces motifs,
Le Tribunal fäderal
prononce:
1° Le recours est admis. L'arret de la Cour d'Appel et de
Cassation du Canton
de Berne du '18 Janvier 1877 est declare
nul.
et de nul effet. ·
2° La cause est renvoyee a Ja Commission fäderale d'esti-
mation pour les lignes ferrees du Jura bernois, qui statuera
conformement
a la loi fäderale du 1 er Mai 1850 sur la matiere.
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