168 A. StaatsrechtlIche Entscheidungen. III. Abschnitt. Kantonsverfassungen.
lunenten auc9 gar nic9t bennu:ptet, bnU bieß nic9t nUß fac9Iicl en
IDCotit en gefcgenen fei, unb bau bie 11Munenten aJlberß benanbelt
t orben feien, ar aubm Waffenec9tnbeii,el; feit meftenen ber
neuen q3rariß. 5l(uc9 forgt au ben binl)erigen 5l(ußfünrnnsen, Da
bie Stonaeffionnoeftimmungen, fo t eit fie !)or 5l(rt. 7 orem aufrecl t
au erna ten nb, feineß t egß auf t iIIfüdicger efeneßaußlegung
berul)en.
emnacl at i)aß munbengeric9t
erfannt:
er :Refur t trb in bem (5inne gutgel)eifJen, bau 5l(rt. 9 unb
bie meftimmung in 5l(rt. 11 ber angefocl tenen oreon3efnon betref"
fenb Waffeqin autgel)o'ben t erben.
,3m übrigen t irb ber :Refurß oge t iefen.
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N° 24.
Vierter Abschnitt. -Quatrieme section.
Staatsverträge der Schweiz mit dem Ausland.
Traites de
la Suisse avec l'etranger.
, .,.. ,
Auslieferung. -Extradition.
Vertrag mit Russland. -Traite avec la Russie.
24. Arret d.u 12 fmier 1907, dans la cause
Xeresselid.ze el MagalofI.
Extradition pour inculpation de vol a. main armee.
Art. 8 du traite flt art. 15 de la loi sur l'extradition, de 1892;
attributions du Conseil federal et du Tribunal federal. -DeUt
poUtique (Art. 6 du traite)
A. -Par notes des 1
er
et 9 septembre 1906, la Legation
Imperiale de Russie
pres la Confederation suisse a demande
au Departement federal de Justice et Police de faire arreter
les
nommes Leon et Georges Keresselidze, fils de feu Ma-
thieu, et Nestor Magaloff, fils de feu Simon, tous les trois
sujets russes, etudiants,
soup ionnes de s'etre refugies en
Suisse, poursuivis sous l'inculpation de vol arme , d'une
somme de 315000 roubles, commis le 12 avril1906 (aue. st.)
au prejudice de la Tresorerie de district de Douchety (Oll Dou-
chet). La seconde de ces notes etait accompagnee d'une ex-
pedition du mandat d'arret decerne le 31 juillet 1906 (a. st.)
contre les trois inculpes par le Juge d'instruction pour les
170 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
affaires de haute importauce pres le Tribunal d'arrondisse-
ment de Tifiis (Transcaucasie). Ce mandat d'arrnt expose que,
vers Ia fin du mois de mars 1906 (a. st.), une circulaire, dont
plus tard la
faussete a ete etablie, et dont la suscription fut,
plus tard aussi, reconnue comme etant l'amvre de Georges
Keresselidze, a
ete portee par un faux expres au poste de
police de Mtzkhet
et transmise par celui-ci au colonel Dick,
commandant des troupes
du district de DouchetYi -que .cette
circulaire, renfermant de pretendus ordres
du Chef de l'Etat
major de la circonscription du Caucase (General-Major Berch-
mann), 6tait destinee a provo quer Ia suppression du service
de Ia garde militaire de nnit institue par le colonel Dick
a Ia
Tresorerie de district de DouchetYi -que, cette premiere
manreuvre ayant reussi, dans Ia nuit du 11 au 12 avril (a. st.),
six hommes portant l'uniforme des soldats du regiment local
et se donnant les apparences d'une nouvelle garde militaire
envoyee pour reprendre
ce service de nuit, s'etaient presentes
a la tresoreriei -qu'une fois dans les locaux ces six hommes
avaient
menace les agents preposes a la garde de la caisse
de faire usage de leurs armes
et etaient parvenus a forcer le
caveau de Ia tresorerie
et a emporter une somme de 315000
roubles en billets de banque; -que les agents et fonction-
naires de service avaient declare s' tre trouves, lors de cette
attaque, sous le
coup d'une frayeur teIle qu'ils n'avaient meme
pas pu se livrer aux observations necessaires pour donner
ensuite le signalement des agresseurs,
et que 1'0n n'avait pu
obtenir ainsi de ces agents ou fonctionnaires aucune indica-
tion de nature a permettre de decouvrir les coupables. Dans
ce
meme mandat,le Juge d'instruction de Tifiis rapporte que
cependant, d'informations ulterieures dont l'exactitude se
va-
verifia dans la suite, il resultait que, au nombre des auteurs
du pillage de la Tresorerie de Douchety, il fallait compter
les deux freres Keresselidze et Magaloff. TI annonce avoir
fait arreter un certain nombre de personnes qui, ayant appris
que
ce pillage etait l'reuvre des freres Keresselidze et de
Magaloff, se seraient livre es aupres de ceux-ci a diverses de-
marches pour obtenir d'eux de l'argent et se faire ainsi payer
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. NO 24.
leur silence; il ajoute qu'apres que ces personnes eurent
reussi dans leurs demarches, en particulier
aupres de Georges
Keresselidze, mais pour de faibles sommes seulement, elles
s'approcberent, toujours dans le meme but, de l'un des
organisateurs de l'attaque de la tresorerie de
Douchety , le
.nomme Guedevanov (Joseph, capitaine du 263
me
regiment de
reserve d'infanterie de Novobo"iazete), mais que celui-ci les
renvoya
a s'adresser au nomme TsagareU (Vladimir, lieute-
nant du 4
me
bataiUon des tirailleurs du Caucase); chez quel-
,ques-unes de ces personnes, relate-t-il encore, les perquisitions
operees amenerent la decouverte de billets de 25, de 5 et
de 3 roubles, neufs, de la meme serie, et, pOUf partie, avec
une numerotation continue. C'est pourquoi, dit-il enfin, il a,
par ordonnance du 19 mai 1906 (a. st.), mis en accusation
les deux
freres Keresselidze, Nestor Magaloff et quatorze
autres pel'sonnes sous l'inculpation d'avoir
commis a l'aide
,de violence, au prejudice de la Tresorerie de district de
Douchety, le
vol d'une somme de 315000 roubles, deUt prevu
par l'art. 1632 du Code penal russe, et entrainant pOUl' ses
auteurs la peine des travaux forces
et la privation de tous leurs
droits
civils et politiques; c'est pour ces raisons, explique-t-il,
.qu'il decerne contre Leon et Georges Keresselidze et Nestor
Magaloff, presumes refugies en Suisse, un mandat d'arret, et
qu'il sollicite, par l'intermediaire du Procureur pres le Tri-
bunal d'arrondissement de Tißis, le Ministere de la Justice de
la Russie de reclamer de la
Suisse l'extradition des trois in-
-culpes susnommes.
Les trois inculpes ayant
ete arretes a Geneve le 13 sep-
tembre, la Legation Imperiale de Russie, par note
du 14,
demanda leur extradition,
en se referant a ses deux notes
precedentes, et en invoquant Ia convention d' extradition
ntre Ia Suisse et la Russie du 17/5 novembre 1873.
Les perquisitions
operees au domicile des inculpes, a Ge-
neve,
au moment de leur arrestation, n'amenerent la decou-
verte d'aucune valeur ni d'aucun objet de provenance sus-
pecte.
Interroges les 13
et 18 septembre au Commissariat de po-
172 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
lice de Geneve, les inculpes contesterent avoir commis Ie
deUt dont ils etaient accuses, et declarerent s'opposer a leul'"
extradition, soit pour cette raisou-Ia deja, soit parce qu'ils
craignaient
de se voir condamner pour delit politique, tous
trois faisant partie
de Ia Federation georgienne . Dans
un memoire au Conseil federal, en date du 29 septembre, les
conseils des inculpes renouveierent et developperent cette
opposition.
B. -Au vu de Ia dite opposition, et conformement a l'art.
23 de la loi federale sur l'extradition aux etats etrangers, du
22 janvier 1892, le Conseil federal transmit le dossier au Tri-
bunal federal par office du 8 octobre 1906, en y joignant uu
memoire en date du 6, dans lequel Ie representant du Minis-
tere public federal conclut: a) sur le premier moyen des in-
culpes, consistant apretendre qu'ils ne seraient pas les au-
teurs du d61it qui leur est reprocbe, -a ce que le Tribunal fe-
deral n'entre pas en matiere a ce sujet; b) sur Ie deuxieme
moyen, suivant lequel les inculpes soutiennent que le Gou-
vernement russe serait impuissant a garantir le respect des
conditions prevues
aux art. 9 et 10 i. f. de Ia Ioi federale sur-
l'extradition, -a ce que, eventuellement, l'extradition ne soit
accordee
que sous une reserve expresse semblable a celle
figurant dans l'arret
du Tribunal federal du 15 mars 1886,
en la cause Kompowsky
(RO 12 n° 15, consid. 5, p. 135);
c) sur Ie troisieme moyen, revenant apretendre que le pH-
lage de Ia Tresorerie de district de Douchety constituerait
un delit de nature politique, -a ce que le Tribunal federal
fasse completer les informations, et recueille tous les rensei-
gnements necessaires pour juger la question en connaissance
de cause. A
ce sujet, le representant du Ministere public
federal considere comme notoire le fait qu'a l'epoque ou le
deHt a ete commis, differents partis revolutionnaires se trou-
vaient, dans les Etats du Caucase, ouvertement ou secretement
aux prises avec Ie gouvernement russe ou ses representants
dans le but d'affranchir leur pays
de la tutelle de la Russie,
et il admet que le caractere de la Tresorerie de district de
Douchety est bien celui d'une caisse
ou d'une institution pu-
blique
au service de l'Empire russe.
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. No 24.
C. -Par memoire du 25 octobre, Jes conseils des inculpes
ont conclu a ce qu'il pUlt au Tribunal federni :
- -dire qu'il n'y a pas lieu a extradition de leurs clients;
- -subsidiairement: ordonner une enquete sur les faits
de la cause, sur les evenements auxquels les aecuses ont ete
meles,
sur leurs familles, leur nationalite, leurs antecedents,
sur Ia connexite de l'infraction commise avec les evenements
politiques survenus dans les Etats du Cauease, ete., en un mot
sur toutes les cireonstances de nature
a demontrer la non cul-
pabilite des ineulpes et le caractere politique de l'ade qui
leur est reproche ;
- -ordonner alors, dans eette eventualite d'une en-
quete, la mise en liberte provisoire des inculpes eonforme-
ment a l'art. 25 de la loi federale.
A l'appui de la premiere de ees eonelusions, les conseils
des inculpes
reitere nt d'abord les declarations precedentes
de leurs clients, suivant lesquelles eeux-ci meeonnaissent
toute participation directe de leur part au pillage de la
Tre-
sorerie de Douchety; Hs invoquent en faveur de ehacun des
accuses un alibi special dont Hs offrent de rapporter la
preuve, et
ils s'attachent a demontrer que, a supposer que
Georges Keresselidze soit bien l'auteur de l'ordre fausse-
ment envoye
sous le nom du Chef de l'Etat-major du eau-
ease
au colonel Dick, cet acte peut s'expliquer autrement
que par le
desir qua cet inculpe aurait pu avoir de faciliter
l'execution d'un
coup de maiu contre Ia Tresorerie de Dou-
ehety. -En second lieu, Hs exposent que leurs elients ne
verraient pas encore
de garantie suffisante pour leur seeurite
dans les reserves auxquelles le Tribunal federal pourrait lier
leur extradition
en n'accordant celle-ei que sous les condi-
tions d'usage en pareille matiere, que les inculpes ne soient
traduits devant
aueun tribunal d'exeeption et ne puissent
etre appeles a repondre d'aueun delit politique non plus que
n'aueun fait connexe a semblable deUt, car, disent les pre-
venus, dans Ia situation troublee Oll se trouve la Russie, il y
regne un tel mepris du droit des gens que, une fois amen es
da,ns les prisons de leur pays, ils courraient fort le risque
174 Ä. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
d'y tre massacres SOUS un pretexte ou SOUS un autre. -
Enfin, ils soutiennent que le delit a la base de Ia presente
demande d'extradition est un delit de nature politique; Hs
entreprennent d'etablir quelles sont les distinctions a faire
entre le
precedent Belenzow (arrnt du Tribunal federal du
18 juillet 1906, RO 32 I, n° 76, p. 531 et suiv.; et Joum. des
Trib., Droit Federal1907, N° 5, p. 142 et suiv.) et la presente
espece.
11s insistent en particulier sur ce que Ia Tresorerie
de distriet de Douchety est, non pas une institution privee,
mais une institution publique,
une institution d'Etat, depen-
dant exclusivement de celui-d, administree par lui et gardee
militairement. Ils signalent cette circonstance que l'attaque
de la Tresorerie de Douchety a
ete effectuee en pleine
periode revolutionnaire, alors que, dans les Etats
du Cau-
case, le regime militaire avait ete substitue a l'autorite civile,
-que
l'etat de siege avait ete proclame en differents en-
droits, notamment a Tiflis, -que tout 19 pays, en particulier
toute la Georgie,
etait a feu et a sang, -et que les forces
gouvernementales y commettaient des actes d'atrocite. Ils
alleguent
que e'est le parti national, c'est-a-dire le parti
socialiste-federaliste georgien
qui, admettant avec d'autres
partis revolutionnaires en Russie que
le pillage des institu-
tions d'Etat rentrait
au nombre de leurs moyens de combat,
avait organise l'attaque
de la Tresorerie de Douchety dans
le but exclusif
de reconquerir l'independance des Etats du
Caucase
et de se pro eurer les moyens de resister au besoin
par les armes
a la force oppressive du Gouvernement russe .
La defense fait enfin valoir que les inculpes etaient membres
du parti socialiste-federaliste georgien, -qu'anterieurement
deja au sac de Douchety une recompense avait ete promise
pour I'arrestation de l'un d'eux,
Leon Keresselidze, parce
que cet inculpe etait accuse d'avoir introduit clandestinement
en Russie des armes et des munitions, -et que, tous les
trois, Hs appartenaient a d'honorables familles de Ia Georgie,
qu'ils n'avaient jamais subi de condamnation, n'etaient nul-
lement des malfaiteurs, n'avaient
ete trouves porteurs que
de sommes insignifiantes bien qu'ils fussent accuses d'avoir
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N0 24.
commis un vol de pres d'un million, et enfin qu'ils pouvaient
justifier
de la provenance de leurs ressourees.
A l'appui
de leur seeonde conclusion et en tant que celle-
ci vise a obtenir du Tribunal federal un eompIement d'infor-
mation destine
a permettre l'examen du fond meme de
l'affaire, c'est-a-dire de
Ia question de savoir s'ils ont reel-
lement
pris part au pillage de Ia Tresorerie de Douchety,
les inculpes invoquent specialement les art.
2, 13 et 15 du traite.
D. -Le 2 novembre 1906, le Tribunal federal a ecarte
Ia demande des inculpes tendant a Ieur mise en liberte pro-
visoire, et adeeide d'ouvrir un compIement d'information
sur la question
de savoir s'il s'agissait bien, en l'espeee, d'un
delit politique. Ce complement d'information devait porter
sur les points suivants:
etat d'insurrection ou de revolution
ou se trouvait le Caucase au printemps 1906, --repression
de ce mouvement revolutionnaire ou insurrectionnel, -for-
mation, but et activite
du parti socialiste-federaliste georgien,
-affiliation a ce parti des inculpes ou des auteurs du sae
de Douchety, -organisation et execution de ce coup de
main par le dit parti, -destination et affeetation veritable
des
fonds, -nature d'institution publique ou privee de Ia
Tresorerie de Douchety, -situation personnelle et rela-
tions de familles des inculpes, ete.
E. -Par memoire du 25 novembre, la defense a entre-
pris de completer les preuves administrees deja ou simple-
ment offertes dans son precedent memoire du 26 octobre.
Abstraction faite des moyens
de preuve produits ou
invoques par la defense sur la question de culpabilite des
inculpes,
ceux-ci ont fait verser au dossier, a l'appui des
deux memoires susindiques, et en
vue de permettre au Tri-
bunal federal de fixer le caractere politique du delit:
- -une serie d'ouvrages ou brochures de differents
auteurs, et une consultation du professeur Ernest Nys, a
Bruxelles, du 24 novembre 1906, sur l'histoire de la Georgier
et notamment sur les circonstances dans Iesquelles les diffe-
rentes parties de randen royaume de Georgie ont ete, aU
COmmencement du dix-neuvieme sieeie, incorporees a l'Em-
176 A. Staatsrechtliche Entscheidunsen. I V. Abschnitt. Staatsverträge.
pire russe, dont elles forment maintenant, principalement,
les gouvernements de Tiflis
et de KoutaIs ; .
2. -les numeros 1
a 7 du journal La Georgte parus
a Paris du 1 er mai 1903 au 1
r
avril 1904, organe des socia-
listes-federalistes georgiens, exposant les vues et les reven-
dications de ces derniers et s'attachant ales justifier par des
considerations historiques,
sodales et politiques;
3. -une carte publiee en
1903 par le journal susrappeIe,
et indiquant, pour differentes parties de Ia Georgie,. lnurs
fron tieres au commencement du sie eIe dernier, et les hmltes
qui, suivant les federalistes georgiens, devraient
servir de
base pour l'autonomie
future. de leur pays;
4. -le compte rendu du congres tenu
par le parti soda-
liste-federaliste georgien en avril 1904, a Geneve;
5. -le projet de prograI?me de ce parti, elabore apres
ce
congres;
6. -divers journaux, notamment:
L'Etoile belge, des 27,
28 et 30 mars, et 3, 6 et 19 avril 1906, Le Petit bleu
du Matin, de Bruxelles, des 23 et 24 avril et 15 mai 1906,
et les Novoie Vremia, du 5/18 septembre 1906, rapportant
certains episodes du mouvement revolutionnaire en Georgie,
les horreurs ayant marque l'intervention des troupes ensuite
du systeme de repression empJoye pour etouffer
ce mouve-
ment, et rappelant enfin l'institution des cours martiales, et
diverses manifestations de sympathie qui s'etaient produites
a l' egard des Georgiens; .'
7. -la reponse du journal georgien SnobM Pourcelz,
apparemment d'avril 1906, a la sommation qui lui avait 1316
faite par Ie Gouverneur general des districts de Tiflis et de
Bortcholo, de presenter des preuves
ä l'appui des differents
articles qu'il avait fait paraitre sur les exploits des
cosa-
ques au cours da la repression du mouvement revolutionnaire
en Georgie: incendies de maisons, ou meme de quartiers et
de villages entiers, pillages, meurtres
et massacres, viols, etc.,
cette publication
enumerant nombre de faits de cette nature,
et invoquant parfois meme a l'appui de ses recits des docu-
ments officieIs ;
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N° 24.
- -une declaration recueillie par Me H., avocat, le 30 oc-
tobre 1906, d'un compatriote des inculpes, residant ä. Geneve,
sur Ia situation personnelle et les relations de familles de ces
derniers, leur affiliation au parti federaliste georgien, l'orga-
nisation par ce parti du sac de Douchety, etc.;
- -une declaration emanant du Oomite de I'organisa-
tion de combat du parti federaliste georgien ,dont elle porte
le sceau, de la teneur suivante :
Nous avons l'honneur de porter a Ia connaissance du
Tribunal fademl que les inculpes dans l'affaire du vol de
Ia Tresorerie de Douchety, quoique membres de I'Organi-
'b sation de combat du parti socialiste-federaliste, n'ont pas
pris part ä. cet acte revolutionnaire.
Oette expropriation a ete commise par I'Organisation
" de combat du parti socialiste-federaliste operant dans le
district de Tifiis.
L'argent enleve a Ia Tresorerie de Douchety, aussi bien
'b que celui dont on s'est empare sur Ie bateau Tzessarevitch
Gueorguii, est destine aux buts revolutionnaires.
: Dans le pays ou Ia bande gouvernementale se noie litte-
ralement dans Ie sang de ses sujets, -Oll, pour un attentat
individuel, 1'on fusille d'innocents passants et 1'0n demolit
" des maisons entieres, -Oll Ies regiments de punition re-
" conquierent le peuple par Ie feu et le sang, detruisant
les villages par dizaines, en les incendiant, et usant des
" memes procedes a Ia campagne aussi, -Oll Ia ba'ionnette
ne fait pas meme grace aux vieillards, aux femmes en-
ceintes et aux enfants, -Oll, devant les peres ou les
" maris Iigo16s, on viole leurs fiIles ou leurs femmes, -Oll,
en se retranchant derriere l'etat de siege, I'armee du tzar
pille ouvertement Ia ville, en faisant des casernes les mar-
cMs ä. bas prix, -Oll les perquisitions ont pour but ou
pour effet d'ameuer Ia disparition de tout ce qui, dans Ia
maison, avait quelque valeur, -Oll rarement les per-
) sounes arretees parviennent vivantes jusqu'ä. la prison, -
Oll l'administration organise elle-meme les pogroms
(meurtre, pillage et destruction) et distribue aux mains
AS 33 I -1907 12
178 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
" d'une partie de Ia population des armes contre l'autre, -
dans un tel pays, la population n'a pas d'autres moyens
7 que de prendre les armes pour la defense. de ses biens
r
" de sa vie et de l'honneur des femmes.
Les partis revolutionnaires dirigeant le mouvement, ne
possedant pas les moyens pecuniaires necessaires, sont
" souvent forces de recourir aux actes de l'expropriation
revolutionnaire des biens de l'Etat pour acquerir des armes.
Le pillage de Ia Tresorerie de Douchety est un de ces actes
de l'Organisation de combat du parti socialiste-federaliste ,
. 10. -une declaration signee le 23 novembre 1906 par
quatre georgiens, membres du pani socialiste -fMeraliste
georgien
entendus plus tard comme temoins par Ia Delega-
tion du Tribunal federal, et attestant, entre autres, l'authen-
ticite de Ia piece precedente.
La defense avait invoque, en outre, les temoignages d'un
certain nombre de
georgiens, affilies au parti socialiste-fede-
mliste
georgien, et domicilies a Lausanne, Geneve et Paris,
temoignages que la
Delegation du Tribunal federal a recueillis
en seances des 7 decembre
1906 et 25 et 26 janvier 1907.
Acette derniere date, Ia Delegation du Tribunal federal a
entendu aussi les trois ineulpes personnellement sur les faits
pertinents dans ce debat.
L'un des
temoins entendus par la Delegation a produit un
exemplaire manuscrit des statuts de l'Organisation de eombat
du parti
socialiste-federaliste georgien, exemplaire que, a-t-il
dit, il aurait reussi ä. se pro eurer aupres de l'un des membres
de cette organisation.
F. -De son
eote, en date du 7 novembre 1906, la Le-
gation Imperiale de Russie avait re ju, par l'intermediaire du
Conseil federal, communication des deux memoires des con-
seils des inculpes, des 29 septembre et 26 octobre 1906, et
avait eta informee de Ia decision du Tribunal federal, du
2 novembre, d'ouvrir un compIement d'information sur les
faits
et circonstances permettant de determiner le veritable
caractere de l'infraction
l'eprochee aux inculpes (de delit po-
litique
ou de de1it de droit commun); la Legation avait ete,
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N0 24.
e.n outre, rendue attentive a l'utilite eventuelle de la produc-
tl.on, d'une pa:t, d'un copie .officielle de quelques-unes des
pIe ces u d?ssne: de IIll,structlOn ä. laquelle cette aflaire avait
donne. heu a TifllS, et, d autre part, d'une declaration ponant
que, SI l' extradition venait ä. tre accordee les incul'
.
., . ,pöS se
raIent Jugös p.ar les tnbunaux ordinaires sous 1a seule pre-
ventIon
du deht de vol commis avec violence et ne seraient
confor:nemnn: a l'art. 6, du traite, ni poursuivis, ni punis pOUl
un deht pohtIque anteneur a l'extradition non plus que pour
aucun falt eonnexe a semblable delit.
Pa.r note, du 10 decembre 1906, la Legation Imperiale de
Rnssle a declnr.e qu'en cas d'extradition les inculpes ne se-
ralen poursulVlS que pour le crime dont Hs etaient accuses,
et qUI est prevu par les art. 1627,1632 et 1633 CP russe 7 .
Avec cette note, et avee d'autres ulterieures, des 18 decembre
1906! et 3 et. 28 janvier 1907, la Legation Imperiale de
Russle a prodmt :
- -. copie de l'intenrogatoire que le Juge d'instrnction pour
les
affaIres de hau te lmportance pres le Tribunal d'arrondis-
sement de
Tiflis a fait subir, du 21 au 23 mai 1906 (a. st.),
au
nomme JO, eph GU,edevanov, capitaine du 263
me
regiment
de reserve d mfantene de N
ovobolazete noble hereditaire
, d" "
prövenu aVOIr pris part, d'une fa jon ou de l'autre au pil-
Iane de la resorene de district de Douchety ; ,
- -cople de I mterrogatoire subi egalement a Ti:flis les
23 et 24 mai 1906 (a. st.), par le nomme Joukhan 'Bek
Azatov, sujet persa.n, implique
lui aussi dans cette affaire
comme auteur ou compllce ;
- -copie de l'interrogatoire en date des 28 et 29 mai
19?6 Ca. s .) d'?n autre prevenu, le nomme Vladimir Tsaga-
rell,
georgIen, heutenant du 4
me
bataillon des tirailleurs du
Caucase;
- -eopie d'une partie de Ia deposition, en date du 3 juin
1906 (a. st.), du temoin Constantin Monastyrski chef de Ia
reserve de police de Tiflis; ,
- -copie du pro ces-verbal, du 17 juillet 1906 (a. st.),
de
l'-examen par le Juge d'instruction de Tiflis de Ia fausse
180 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
circulaire dont il a ete question deja (litt. A ci dessus) , et
de l'office, egalement faux, par lequell'Etat-major de Ja cir-
conscription du Caucase etait cense donner au commissaire
de police de Mtzkhet (le
nomme Soulkhanov) I'ordre de trans-
mettre la dite circulaire au colonel Dick, commandant des
troupes du district de Douchety; de ce pro ces-verbal, il
resulte qu'office et circulaire, expedies de Tiflis, et dates du
25 mars 1906 (a. st.), sont parvenus au Commissariat de
police de Mtzkhet le 26 dit, a 10 t/
h. du soir, et que la
circulaire
a. ete remise en mains du colonel Dick le 28 dit,
a 11 1/
h. du matin j
6. -copie d'un pro ces-verbal relatant le resultat du de-
pouillement par le Juge d'instruction de Tiflis de la correspon-
dance trouvee au cours d'une perquisition operee le 25 juillet
1906 Ca. st.) au domicile du nomme Vakhtang Kartvelov,
soit, -en dehors de 168 lett1'es considerees par le Juge
d'instrnction
comme n'ayant aucun rapport, meme lointain,
avec l'affaire, -de 33 lettres
de Leon Keresselidze, de 34
de Georges Keresselidze, de 10 de Nestor Magaloft, de 7 d'un
nomme Amiradjibi, et de 2 d'un sieur Matchabeli; l'une de
ces dernieres,
du 11 janvier 1906, est de la teneur suivante:
..... Que puis-je? Rien. Tu sais pourtant bien que nous ne
:t pouvons lutter avec des armes contre le gouvernement russe.
:t Notre parti est trop faible pour cela et n'a pas d'hommes.
Il n'y a pas 10ngtemps (ne le dis apersonne), les federa-
listes ont envoye de Paris un bateau a vapeur charge d'armes.
Les notres n'ont meme pas refuse, ils sont capables d'aller
ä. sa rencontre; on a ete force d'attendre quelques jours a
:t Poti. Ensuite les ouvriers de la douane ont transporte tant
bien que mal la moitie, mais cela a ete remarque, et des
bateaux de guerre ont fait la chasse :l notre steamer. On fut
:t oblige de jeter a la mer la moitie qu'on n'avait pas eu le
temps de transporter. On dit meme que la moitie que les
ouvriers avaient transportee, a ete saisie par les cosaques.
1i Voilä. avec quelle negligence on a agi dans une affaire si
importante et si serieuse 1... .. 1i;
7. -copie du proces-verbal d'une expertise a laquelle le
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. No 24.
Juge d'instruction de Tiflis a fait proceder le 31 juillet 1906
(a. st.) aux fins de rechercher si les parties manuscrites de
l'offine et de la circulaire rappeIes sous chiff. 5 ci-dessus
denalent etre considerees comme l'ceuvre de Georges Keres-
seh.dze, au regard des pie ces de comparaison que consti-
tualent ses 34 lettres
a Kartvelov saisies chez ce dernier
expertise dont les conclusions sont nettement affirma
bves;
8. -copie des proces-verbaux de l'audition, aux dates des
18, 19,
21 et 22 novembre 1906 (a. st.), de divers temoins
(Tamara
Taktaknv Ivanovnal, Ivan et Anna Minasbekof,
Helene
FedkovSki, Varvara Odichelidze nee PavIenov Maria
Zarembcki, Efrem,
Olga, Maria et Victoria Mardjanidze et
r. med. Nancis unikov), entendus uniquement sur la ques-.
hon
e avOlr s Il etalt possible que les inculpes se fussent
trouves a Douchety
au moment Oll s'y commettait le delit
9. -une piece signee du Juge d'instruction de Tiflis no
datee, intitulee Liste des individus entre lesquels fdt re-
parti l'argent voM a la Tresorerie de district de Douchety
et se resumant en I'enumeration des noms et qualites de 9
personnes, soit des deux freres Keresselidze -de Magaloff. .
gentilhomme , -de Guedevanov et Anatov plus hauf
no:nmes,. --: ?es
princes Taktakov, Ivan (Davidovitch) et
Ehe (Dffiltnevltch), -
du prince Tchikovani -et du paysan
EJknadze; ,
10. -un memoire intitule Renseignements extraits de
l'expose
presente par M. le Procureur pres le Tribunal d'ar-
ron.disnement d i:flis a M. le Procureur General pres la Cour
de JustIc de T.lflhs, concernant l'affaire du pillage de l'argent
de la Tresorene
de Donchety ; ce memoire, etabli en vue
de compIeter les donnees du mandat d'arret du 31 juillet
1906 (a. st.) sur la participation des trois inculpes au pillage
d Douchety et d'appuyer la demande d'extradition, tend a
demontrer, au moyen de differents indices la culpabilite des
dits inculpes; ,
11. -une note non datee, mais produite par la Legation
le 10 decembre 1906, et, suivant son titre, redigee au
182 A. Staatsrechtlich!' Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
Ier Departement du Ministere Imperial de la Justice, a I'aide
des renseignements extraits de l'instruction prealable
con-
cernant I'affaire du pillage de 315000 roubles effectue dans
la nuit
du 13 avril 1906, a Ia Tresorerie de Douchety ,
pour servir de reponse aux deux memoires des conseils des
inculpes, des
29 septembre et 26 octobre 1906; cette note
soutient que,
quand bien me me les elements de !'informa-
tion concernant cette affaire sont completement elucides
. ,
Il ne se trouve, dans les circonstances de Ia cause, pas
d'indices qui permettent d'attribuer au delit un caractere
politique , ce dont elle voit Ia preuve dans ce fait qu'au-
cune des personnes impliquees dans cette affairen'a ete pour-
suivie pour deIit politique, en vertu du Code penal de 1903,
et que l'accusation dirigee contre eIl es se base, au contraire,
sur les art. 1627, 1632
et 1633 du Code penal de 1885; sui-
vant la dite note, de l'examen du dossier de l'enquete, il
resulterait que les trois inculpes n'appartenaient point au
parti
federaliste georgien, -que, de ceux de leurs complices
ayant pu
etre interroges, aucun n'avait pretendu etre affilie a
une organisation politique quelconque, -qne le pillage de
Douchety aurait
ete commis par les trois inculpes, de leur
propre initiative,
et ä. leur profit personnei, -et que l'argent
soustrait
n'etait pas destine a un but politique; Ia note admet
cependant que, quelques
annees auparavant deja, il s'etait
forme un parti federaliste georgien, dont le programme com-
portait, entre autres articles, l'obtention de l'autonomie de
la Georgie, et que, dans Ie courant de 1905, ce parti, en vue
d'augmenter ses ressources, avait
agite Ia question d'une
attaque
a organiser contre l'une des tresoreries de l'Etat
. . ,
maIS, -aJoute-t-elle, -le parti renonna a l'execution de
ce projet dans
Ia crainte que le gouvernement ne se fit rem-
bourser par Ia population Iocale les sommes qui lui auraient
e16 ainsi soustraites ; la note continue eusuite en ces termes:
Dans la seconde moitie de Ia meme annee 1905 on vit
paraitre dans la ville de Tißis des gens suspects; isoIes,
et par groupes, qui, sous l'appellation de bOleviki (combat-
:. tants) et de bo"ievyia drouginy (compagnies de combat), et
Auslieferung, -Vertrag mit Russland. N° 24.
: se couvrant du nom de federalistes, commirent une serie
d'attaques criminelles dans Ie but de s'approprier, pour
leurs besoins personneis, l'argent ainsi vole. A Ia suite de
, cela, le parti des federalistes convoqua Ies bOlevyia drou-
giny a une deliberation; et ayant declare que les actes
criminels des bo'ieviki etaient incompatibles avec les inte-
rets
du parti
J
et prenant en consideration, d'autre part,
, que les soi-disant combattants se composent du rebut de Ia
' 80ciete, n'ayant rien de commun ni avec le parti, ni avec
le mouvement politique, mais sont de vulgaires criminels,
il exigea Ia cessation des actes criminels des bO'ievyia drou-
1 giny. Les combattants refuserent de se soumettre aux
, exigences du parti des federalistes, et ce dernier, dans Ulle
1 proclamation publi6e specialement ä cet effet, blama les
, actes des combattants et d6clara ces derniers etraugars au
, parti ; or, -poursuit Ia note, -c'est precis6ment a une
teIle bo'ievaya drougina que se rattachait,
dans Ia presente
affaire
1 , l'inculpe Leon Keresselidze, qui avait rtlsolu, a ses
risques
comme aussi a son profit personneIs, et a ceux de ses
eomplices, de mettre
a execution le projet imagine, puis aban-
donne,
par le parti des federalistes, d'une attaque contre une
tresorerie; la note relate les sollicitations auxquelles Georges
Keresselidze se serait
trouve en butte de Ia part des bo'ie-
viki a qui, pretend-eIle, il aurait avoue sa culpabilite et celle
de son
frere Leon, et a quelques-uns d'entre Iesquels il aurait
distribue
diverses sommes 1 pour acheter leur silence; les
freres Keresselidze, -ajoute-t-elle, -
attribuerent des
sommes plus fortes
aleurs parents 1 ; eniin, elle a, dit-elle,
pris pour base de son
expose aussi bien les temoignages de
personnes appartenant au parti des federalistes, nomme-
,
ment Guedevanov et Tsagareli, que ceux d'individus se
: disant bo'ieviki, tels que Azatov, Kiknadze et autres ;
12. -Ia declaration faite par le
Comite du parti socia-
liste-federaliste georgien dans Ie journal Chrom du 8 avril
1906 (lI.. st.) en ces termes: 4. Les voIs a l'aide de violen ce
.. et les attaques contre les particuliers et les institutions
1 . etant devenus plus frequents ces dnrniers temps, il s' est
184 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
1 repandu lebruit que ces vols et ces attaques seraient
1 l'rnnvre du parti socialiste-federaliste georgien. Le comite
1 de ce parti declare ici que Ie dit parti est contre les col-
1 lectes faites de pareille maniere, au moyen de vols
1 commis avec violence; mais si quelqu'un exerce des vio-
lences au nom du parti, ce dernier, ainsi qu'ill'a fait sa-
1 voir precedemment deja, ne peut avoir a en repondre ;
13. -un extrait du rapport du Chef de la. Police du
Caucase, du 17 avril 1906 (11.. st.), au Ministre russe de
l'Interieur, reproduisant l'article ei-dessus ;
14. -une proclamation, en date
du 10 avril1906 (a. st.),
du
Comite unme du parti russe social-democratique des
ouvriers
, constatant aussi combien etaient devenus frequents
Ies vols et les brigandages commis au nom de ce parti, indi-
quant a titre d'exempies les vols commis a Nachalovka au
prejudice de
quelques boutiques et magasins , et declarant
reprouver energiquement
de tels vols ;
15. -une seconde proclamation, en date du 3 mai 1906
(a. st.), du meme comite, relative au meme objet, plus pre-
eise cependant, couvrant de sa reprobation les vols et autres
attentats
a 111. propriete commis au prejudice des habi-
tants , des particuHers , du peuple , et declarant le
gouvernement iucapable de proteger mieux
111. propriete
privee
qu'll n'avait protege 111. sienne propre a Douchety et
ailleurs encore.
G. -Le Tribunal federal 11. eherehe a obtenir aussi des
renseignements aupres du Consulat suisse
a Tiflis; mais ces
renseignements ne font que reproduire des informations
re-
cueillies aupres du Parquet de Tiflis.
Statuant sur Ines (aits, et considerant en droit :
- -Suivant I'art. 8 du traite d'extradition entre Ia Suisse
et 111. Russie, le jugement, rarret de condamnation ou de mise
en accusation,
ou le mandat d'arret, a produire a l'appui
d'une demande d'extradition, doit indiquer non seulement le
crime
ou le delit reproche a l'inculpe, mais encore la ou les
dispositions penales qui sont applicables
a ce crime ou delit.
Selon
l'art. 15, a1. 2 de 111. loi fed. du 22 janvier 1892, la de-
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N° 24.
18
mande d'extradition doit etre accompagnee de l'indication
et, si besoin est, d'une copie des textes de loi
qui sont appli-
cables au fait incrimine . 01', en l'espece, ni dans 111. demande
d'extradition, ni dans les notes l'ayant
precedee, ni dans
le mandat
d'arret produit pour 111. justitier, l'on ne trouve
d'autres dispositions visees du
Code penal russe que celles
de l'art.1632 dont aucune copie n'accompagnait
Ia demande
et qui, par Iui seul, n'est pas susceptible d'application puis-
qu'il se borne
a prescrire que les peines edietees aux articles
precedents et qu'il ne rappelie point, doivent etre elevees
encore chacune d'un degre dans les diverses eirconstances
qu'H enumere.
On pourrait donc soutenir que 111. demande d'extradition
ne satisfait pas aux exigences d'ordre formel
prevues aux
art. 8 du traite
et 15 de la loi; mais comme, aux termes de
l'art. 16,
11.1. 1 et 4, de la 10i, c'est au Conseil federal qu'il
appartenait de deeider s'il y avait lieu d'entrer en matiere
sur cette demande, le Tribunal federal n'aurait a retenir
cette informalite que s'il en resultait des doutes sur le carac-
tere delictueux des actes incrimines et le degre de gravite
de
- peine attacMe aces actes par les lois du pays reque-
rant; 01', tel n'est pas le cas ici, car les faits incrimines
tombent evidemment sous
le coup des art. 1627,1629 et 1632
du Code penal russe, articles dont la Legation a produit une
traduction
fran ;aise dans le precedent Belenzow, de date
recente (arret
deja rappele, Rec.o f., loc. eit., litt. B, p. 532),
et aux termes desquels le crime dont s'agit est puni des
travaux
forces pour une duree de 10 a 12 ans et de Ia perte
de tous droits eivils
et politiques.
Quant
a l'art. 1633 du meme code auquel se reiere la note
resumee plus haut, sous litt. F, chiff. 11 ci-dessus, et suivant
lequel
Ia peine applicable aux prineipaux auteurs de ce meme
crime, lorsque ceIui-ci est encore accompagne de teIle eir-
constance aggravante determinee autre que celles prevues a
l'art. 1632, peut aller, non plus de 10 a 12 ans, mais de 12
ä 15 ans de travaux forces, l'on peut avoir des doutes sur 111.
ql!estion de savoir s'il doit etre considere comme vise par 111.
186 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
demande d'extradition. Mais cela importe peu ici, car il est
certain que le crime
du chef duquel les trois inculpes sont
poursuivis, entraine, d'apres
Ia Iegislation russe, une peine de
plus d'un an d'emprisonnement. Il
en est de meme suivant le
droit
du canton de Geneve, Ia peine prevue pour un crime
semblable par le
Code penal de ce canton (art. 318 et 319)
etant au minimum de 5, ou peut-etre meme de 10 ans de
reclusion. Ainsi Ia condition inscrite
a I'art. 3, aI. 1, du traite
pour la presentation d'une demande d'extradition se trouve
en tout cas
realisee en l'espece.
D'autre part,
il n'est pas conteste que, par vol au sens
du dit art. 3, al. 2, chiff. 7, il faille bien entendre aus si le
crime de
vol arme , ou de vol avec violence , ou de
brigandage;
il n'est done pas douteux que le crime reproche
aux inculpes soit bien du nombre de ceux enumeres par ce
meme article 3 comme pouvant ou devant donner lieu a
l'extradition de leurs auteurs (voir arret Belenzow, loc. cit.,
consid.
1).
II. -Des trois moyens que les inculpes ont invoques
pour justifier leur opposition
a Ia demande d'extradition, Ie
premier, consistant apretendre, et a vouloir prouver, que les
dits inculpes n'ont, en
realite, pas commis les actes qui leur
sont
reproches, ast sans pertinence, car aucune disposition
du traite ou de la loi ne donne au Tribunal fMeral le droit
de s'occuper de cette question
reservee, au contraire , a
l'examen du juge du fond dans le pays requerant (comp.
von Salis, Schweiz. Bundesrecht, 2" edit., 4
e
voI., 1903,
nOS 1783 et 1785; trad. par Eug. Borel, Le droit federal
suisse, 1906, memes nOS). Les art. 2, 13 et 15 du traite, que
les inculpes ont invoques
a ce sujet, se rapportent atout
autre chose qu'a l'attribution d'une pareille competence aux
autorites du pays requis; en effet, l'art. 2 prevoit le cas dans
lequel l'un des deux Etats, parce qu'il ne peut
etre tenu de
livrer ses propres
nationarix, est appele ales poursuivre lui-
meme
sur son territoire; les art. 13 et 15 reglent l'assistance
judiciaire que celui des deux Etats dont les tribunaux ont
a
juger au fond une cause penale non politique, est en droit de
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N0 24.
reclamer de l'autre pour l'execution de commissions rogatoires
.ou pour la production de pieces ou documents determines.
ill. -Le second moyen se fonde sur ce que, en raison
des troubles qu'il traverse actueiIement, l'Etat requerant ne
serait pas en mesure de garantir le respect effectif des
con-
ditions auxquelles l'extradition devrait etre soumise, aux
termes des art.
9 de la Joi fMerale du 22 janvier 1892 et
6, .2" alinea, du traite correspondant a l'art. 10, 3
e
al., de la
loi, soit de garantir que les inculpes ne seraient pas traduits
devant des tribunaux exceptionnels
ni poursuivis ou punis
pour des deIits politiques
commis anterieurement, ou pour
des infractions connexes
aces delits. Oe moyen etant de
nature subsidiaire, le Tribunal n'aura
a l'examiner que si le
dernier moyen d'oppositiou
a l'extradition n'etait pas admis.
IV. -En troisieme lieu, les inculpes pretendent que le
delit qui leur est reprocM, est de nature politique et ne peut
ainsi, au regard de l'art.
6 du traite, donner lieu a extra-
dition. Les principes dont
il doit etre fait application dans
l'examen du bien
ou du mal fonde d'un pareil moyen, ont ete
expose deja dans l'arret Belenzow plus haut rappele, sous
onsid. 2, en sorte que ron peut se borner ici a constater
que, en vertu de ces principes, l'art.
6 du traite doit s'en-
tendre
en ce sens que les delits ne donnant pas lieu a l'extra-
dition de leurs auteurs, ce sont non pas seulement les delits
purement politiques
et les faits connexes a semblables delits,
mais encore les infractions qui, bien que figurant dans l'enu-
meration contenue a l'art. 3 et bien qu'apparaissant ainsi, en
soi,
comme des infractions de droit commun, revetent cepen-
dant le caractere de delits politiques) en raison des circons-
tances dans lesquelles elles ont ete commis es, et en parti-
culier des motifs et du but qui ont guide leurs auteurs (voir,
outre les
precMents rappeIes dans le dit arret, et les mes-
sages du Conseil fMeral et l'ouvrage de doctrine Schwarzen-
bach, Das materielle Auslieferungsrecht der Schweiz auxquels
il se
reiere: Ullmer, Le droit pubIic suisse, trad. par Eug.
Borei, 2
e
vol., 1867, nOS 1341 et 1391; von SaUs, et Eug. BOTel,
Oll. cit., nOS 1787 a 1792; A. Teichmann, Les delits politiques,
188 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
le regicide et l'extradition, Revue de droit international et de
Iegislation comparee, tome XI, 1879, p. 475 et suiv., notam-
ment 499 et suiv.; Louis Renault, Des crimes politiques en
matiere d'extradition, Journal de droit international
prive,
Clunet,
tome 7, 1880, p. 55 et suiv., notamment 67; von BaT,
Zur Lehre von der Auslieferung, der Gerichtssaal, Bd. 34
1882, p. 481 et suiv., notamment 497, 499, chiff. 3, et 500;
Lammasch, Auslieferungspflicht und Asylrecht, Leipzig, 1887,
p. 215,
240 et suiv, spt 245, 270, 273, 283 et suiv., 287, 291,
292 note 2,
301 et 350; d'autre part) et a titre de compa-
raison, von MaTtitz qui, contrairement a von Bar et a
Lammasch, ne veut rechercher le caractere politique ou non
politique d'un delit qu'a l'aide d'une theorie purement objec-
tive mais dont les considerations sur les origiues ou la raison
,
d'etre du droit d'asile conduiraient plus loin , Internationale
Rechtshilfe in Strafsachen, Leipzig, 1897, p. 269
a 272.)
La question, ainsi, se resume
a savoir si le delit qui est
reproche aux inculpes et qui, en soi, reunit incontestable-
meut les elements d'Ull deUt de droit commun, -du crime
de
vol a main armee, -n'emprunte pas cependant le carac-
tere de delit politique aux motifs qui 1'0nt inspire, au but
qu'il devait permettre de realiser ou d'atteindre, ainsi
qu'a
toutes les circonstances dans lesquelles il a ete execute, et
au nombre desquelles il faut specialement ranger la situation
politique de
l'Etat sur le territoire duquel Ie delit a ete
perpetre.
Dans Ia recherche de ces motifs, de ce but, de ces
circonstances, le Tribunal
federal doit apprecier librement
les faits de
Ia cause tels qu'ils lui sont reveIes par les pie ces
versees de
part et d'autre au dossier, et par les temoignages
recueillis pour completer l'information. Il faut d'ailleurs
remarquer que, dans toute cause de ce genre,
et, des
qu'il s'agit de faits aussi complexes, l'on ne peut songer a
exiger, de part ou d'autre, et sur tous les points, des preuves
materielles, tangibles, absolues, dont l'apport serait, le plus
souvent, impossible.
V. -Pour la solution de la question qui se pose ici, du
caractere politique (ou non politique) du delit, il n'est pas ne-
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. No 'M.
IH9
eessaire d' entrer dans les details de l'histoire de la Georgie,
soit avant, soit
apres l'incorporation a l'Empire russe des
differentes parties de l'ancien royaume de Georgie.
TI suffit de
rappeier que les aspirations tendant a modifier plus ou moins
profondement
l'etat politique et social de Ia Russie ont trouve
dans le peuple ge orgien un terrain fecond et que le mouve-
ment populaire finit par se concentrer, a un moment donne,
dans
deut partis: le parti social-democratique qui se rattache
au grand parti socialiste-revolntionnaire russe et pretend
poursuivre,
en adoptant le programme du socinlisme interna-
tional l'amelioration du sort des classes ouvrieres, -et le
parti' socialiste-federaliste qui, Iui aossi, veut bouIe;erner
l'ordre social etabli, mais reclame, en outre, pour Ia Georgle,
une situation politique differente, l'octroi de droits plus
etendus
et le relachement de ses liens de dependance envers
Ia Russie, dans le sens d'une certaine autonomie legislative
et administrative. -Ce parti, socialiste-federaliste, a eu un
premier congres
a Geneve, en 1904, et un second en Georgie
meme, en 1906. Un projet de programme elabore. a Ia suite
du premier de ces deux congres renferme
u?e s :le de pos-
tulats politiques et economiques et prevOlt deJa, pour sa
realisation la possibilite
ou meme Ia necessite de l'emploi de
moyens
d' rdre revolutionnaire. Ce me me parti en vint a se
subdiviser en deux fractions plus
ou moins independantes,
mais ne cessant pas neanmoins de poursuivre le
meme but:
Ia fraction de propagande, luttant par la parole et la plume
seulement
et Ia fraction ou l'organisation de combat, divisee
, .
elle-meme en differents groupes ou en differentes compagmes
(bo'ievyia drouginy). celles-ci se trouvant toutefois placees
toutes sous la direction d'un
comite general et l'autorite d'un
meme reglement; parmi les moyens d'action de cette .ornani
sation de combat figurent en premiere ligne l'exproprlatlOn ,
des biens appartenant a l'Etat, et l'acquisition d'armes a dis-
tribuer au peuple pour permettre a celui-ci de se soulever
et de renvers er, au besoin par Ia force, l'ordre de choses
etabli. On peut ici remarquer que les trois inculpns appar
tenaient, deja pendant les derniers mois de 1905, a ce parti
190 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
socialiste-federaliste georgien, et meme a l'une des bo'ievyia
drouginy dont il vient d'etre question.
Le mouvement revolutionnaire en
Georgie, longtemps
latent, puis effectif, mais se poursuivant en secret, eclata
enfin ouvertement en 1904, mais c'est en 1905 surtout qu'il
devint le plus violent,
et il arriva a son point culminant en
novembre
et decembre de cette meme annee 1905, si bien
que, en divers endroits, la revolution put
etre, un instant,
consideree comme triomphante et maitresse du pays; mais
t
bientöt, en tout cas des les premiers jours de janvier 1906,
le gouvernement, par l'emploi de ses troupes, reprit le
dessus. La repression, extremement rigoureuse, se heurta
cependant, par endroits,
a une vive resistance, conduite par-
fois meme par des gens armes.
C'est
au cours de ces evenements, en pleine periode revo-
lutionnaire, tandis que le gouvernement poursuivait la lutte
ou il avait du s'engager contre les populations insurgees
pour faire rentrer celIes-ci dans l'ordre
et n'arrivait a
defendre
le regime politique existant que par la procla-
mation de l'etat de
siege en differentes regions et d'autres
moyens dont l'emploi n'intervient
generalement que durant
l'etat de guerre, que fut
preparee et executee l'attaque de Ia
Tresorerie de Douchety.
C'est en outre contre une institution d'Etat que cette at-
taque a ete dirigee, car il n'a pas ete conteste que le carac-
tere de la Tresorerie de district de Douchety fut bien celui
d'une institution publique, d'un service de l'Etat, d'un
eta-
blissement exclusivement aux mains du gouvernement ou de
ses organes, et dont Ia garde avait fait l'objet de mesures
militaires speciales.
Une serie d'indices tendent ensuite a demontrer que cette
attaque a bien
ete COllt;ue et accomplie par l'une des boievyia
drouginy des socialistes-federalistes georgiens. Le mode d'exe-
cution deja de ce coup de main laisse deviner que celui-ci
etait l'amvre d'une organisation dont les ramifications etaient
etendues
et qui comprenait des personnes de differentes
c1asses. Des le Iendemain, en effet, l'opinion publique ä. Tiflis
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. No 24.
l'attribuait aux federalistes ou a une partie d'entre eux.
Quelques individus, sachant que les
heres Keresselidze et
Magaloff appartenaient a ce parti, ont cherche alors aupres
d'eux
a se faire acheter leur sileuce. -Les temoin entendus
par
le Tribunal federal ont tous affirme, sauf un seul qui
n'etait pas au courant de ces faits, que le sac de Douchety
etait l'ceuvre de l'organisation de combat du parti socialiste-
federaliste georgien. -Cette organisation l'a aussi declare
dans une piece, dont l'authenticite ne sembIe pas pouvoir etre
contes tee et qui, sur ce point du moins, parait digne de foi.
Au surplus, Ia note redigee au 1 er Departement du Minis-
tere Imperial de Ia Justice (voir ci-dessus litt. F, chiff. 11)
admet qu'en
1905 deja le parti socialiste-federaliste avait
forme le projet d'organhier une attaque contre !'une des tre-
soreries de l'Etat, et que Ie coup a ete fait par une bo'ievaya
drougina, mais cette note pretend ne plus voir
dans ces
bO'ievyia drouginy ou leurs membres que des gens remes par
leur parti qui ne voulait plus rien avoir de commun avec eux.
Cette derniere allegation cependant ne s'est pas trouvee con-
firmee par l'enquete, la proclamation du 8 avril 1906 (voir
litt. F
chiff. 12) ne fait pas mention de bO'ievyia drouginy ou
de bo:ieviki et se borne a reprouver les vols a l'aide de vio-
lence contre les particuliers
et les institutions sans qu'on
puisse voir
13. de desaveu formel d'attentats du genre de celui
de Douchety. D'ailleurs, si
meme 1'on pouvait voir la un tel
desaveu
il ne s'ensuivrait pas necessairement que ce dernier
fut sincnre et que les bo'ieviki eussent effectivement cesse
d'appartenir au parti socialiste-federaliste georgien. Quant
aux proclamations des
10 avril et 3 mai 1906 Ca. st), litt. F,
chiff. 14 et 15, elles emanent d'un autre parti, mais elles non
plus ne condamnent que les attentats.
a a propriete pri;ee.
Du dossier de l'instruction, et en partlCuher des declaratlOns
du capitaine Guedevanov et du lieutenant Tsa!?areli, il .resulte,
d'autre part, qu'apres Ia scission
qui se seralt prodmte vens
la fin de 1905 dans le parti socialiste-federaliste pour aboutIr
a
Ia constitution de deux fractions, -l'une reunissant les
fe l.eralistes autonomistes ou moderes, l'autre les revolution-
19'. A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
naires partisans de Ia politique de la teITeUr ou bO'ieviki, --
ces deux fractions auraient continue a entretenir des rela-
tions entre elles, relations dans lesquelles ces deux officiers
auraient
joue un role d'intermediaires. Ces relations montrent
bien qu'il y avait, entre les deux fractiolls du parti, une
com-
munaute d'efIorts vers un mnme but, et que Ia scission, reelle
ou apparente, qui
s'est produite entre elles, n'avait sa cause
que dans une diversite de vues sur les moyens
a employer et
la tactique a suivre.
Ce qui parait etabli ainsi, c'est que Ie coup de main de
. Douchety a ete decide et execute par un groupe de Ia frac-
tion de combat du parti socialiste-federaliste georgien, soit
par un groupe revolutionnaire organise. Selon les depositions
concordantes des
temoins entendus ici, le coup, -apres
avoir ete certainement decide en 1905 deja, -aurait ete
mnme inutilement tente a deux reprises avant de pouvoir
etre execute avec succes le 12 ou Ie 13 avril 1906 (a. st.).
Quant
a Ia destination de l'argent voM a Douchety, tous
les temoins
a l'audition desqueis Ia Delegation du Tribunal
fMeral a procede, ont affirme que cet argent devait servir a
permettre au parti socialiste-federaliste d'atteindre son but;
iJ semble mnme que l'afIectation du produit de pareils pil-
lages ait ete l"l3glee a l'avance et une fois pour toutes, sur Ia
base du 90
% pour des achats d'armes et. du 10 % pour
venir en aide aux victimes de
greves ou acelIes de Ia revo-
lution ou pour favoriser au besoin Ia fuite de revolutionnaires
par trop compromis. Plusieurs des ternoins ont ajoute qu'une
partie de l'argent a efIectivement
ete afIectee a l'achat
cl'armes, et que le reste est a Ia disposition de Ia fraction
de combat. n faut rapprocher de ces depositions le fait que
le parti
federaliste avait, au mois d'aout ou de septembre 1905
deja, entrepris de transporter en Transcaucasie un important
convoi d'armes
et de munitions, ou Leon Keresselidze parait
avoir joue quelque roIe, et dont il est question dans la lettre
du nomme Matchabeli a Kartvelov du 11 janvier 1906 (voir
litt. F ci-dessus,
chifI. 6).
Rien, du reste, parmi toutes les pieces qui ont
ete com-
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N-24.
muniquees au Tribunal federal, n'autorise cette supposition
que l'argent, une
fois le coup fait, aurait ete reparti ou dis-
tribue
anx auteurs du delit, ou que cenK-ci auraient tire de
l'afIaire un profit personnel. Si 1'0n s'etait trouve en presence
de presomptions du contraire,
on aurait pu en dednire que,
au moment de l'execution du
deUt deja, ses auteurs auraient
ob8i a des mobiles ayant leur source dans l'interet personnel
et la cupidite. Iais le fait qUß Azatow et quelques autres
individus seraient parvenus
a se faire remettre quelque
argent, en echange de leurs promesses de silence,
n'est pas
decisif pour
Ia solution de Ia question de savoir dans quel
but
et au profit de qui agissaient les auteurs du sac de
Douchety. Quant aux declarations de ce meme Azatow qui,
dans son interrogatoire, a rapporte que Georges Keresselidze
lui aurait, en quelque sorte,
avoue avoir commis le deUt avec
son
frere, dans leur interet personneI, elles ne peuvent avoir
de valeur, ainsi que cela resulte des constatation8 memes du
Juge d'instruction de Tiflis qui a interrompu l'interrogatoire
du dit
Azatow pour inserer au proces-verbal l'observation
ci-apres: interroge, le pn3venu ne repond a aucune qnes-
tion directement et categoriquement, mais toujours evasive-
ment, d'abord negativement, puis affirmativement, essayant
de se soustraire a une reponse definitive ou d'embrouiller Ia
question au moyen de circonstances etrangeres a l'afIaire .
Azatow a, d'ailleurs, eherehe a jouer dans cette affaire un
double
jeu: d'un cöte, et non pas sans la perspective d'une
recompense,
il promettait son concours a Ia police dans les
recherehes
a faire ponr decouvrir les auteurs du pillage de
Douchety, et ce concours Iui avait ete demande, au dire du
temoin Monastyrski, chef de Ia reserve de police de Tiflis,
parce qu'il
etait connu pour avoir ete mele a de Iouches
afIaires ; et, d'un autre cote, il s'ingeniait a s'insinuer aupres
d'un certain nombre
de membres du parti sociaIiste-federaliste
ou
de personnes supposees appartenir a ce parti, ponr tentel'
d'en tirer egalement de l'argent.
La liste que le Juge d'instruction de Tiflis a etablie, et
quf est censee enumerer les personnes entre lesqueHes aurait
AS 33 1-1907
194 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
ete reparti le produit du pillage (voir litt. F, chiff. 9), n'appa-
rait que comme le resultat de suppositions que rien ne vient
etayer;
on ne voit nulle part a quoi elle correspond ni ä. l'aide
de
queis renseignements elle a ete dressee.
Enfin,
ä. supposer, avec l'accusation, que les trois inculpes
soient bien
du nombre de ceux qui ont pris part ä. l'exe-
cution du coup de main de Douchety, il faut relever que leur
situation personnelle, comme aussi I'impression qu'ils ont
faite
ä, la Delegation du Tribunal federal lOTs de leur audi-
tion, s'opposent a ce qu'ils soient consideres comme de vul-
gaires malfaiteurs. Ce sont des jeunes gens appartenant ä.
d'estimables familles georgiennes, et paraissant avoir tou-
jours vecu eux-memes d'une maniere honorable; l'un est
marie dejä.; les deux autres ont fait une partie de leurs
etudes
ä. Geneve durant les annees 1904 et 1905; ils avaient
alors des ressources suffisantes,
et Hs ont quitte cette ville
pour retourner dans leur pays, dans le but d'y prendre
ac-
tivement part au mouvement revolutionnaire au moment ou
ceIui-ci paraissait devoir entrer dans Ia phase d'ou pouvait
dependre son triomphe.
On peut noter d'ailleurs que le pere
des deux freres Keresselidze etait un publiciste de renom;
en 1901, il aurait redige une petition adressee alors au gou-
vernement russe par le peuple georgien pour tenter d'obtenir
plus
de liberte.
Ainsi, tout dans les considerations
qui precMent, est de
nature ä, faire admettre que, dans le delit dont sont accuses
les
freres Keresselidze et Magaloff, le caractere de delit
politique est predominant, OU, en d'autres termes, que les
elements de nature politique absorbent les autres elements
de droit eommun ou l'emportent sur eux. En effet, et pour
autant qu'on
en peut juger, le delit reproche aux inculpes a
ete decide, organise, prepare et execute, en pleine periode
revolutionnaire, par
un parti politique poursuivant le renver-
sement de l'ordre politique etabli, ou par la fraction da
eombat de ce parti; il a ete eommis au prejudice de l'Etat
ou de l'une de ses institutions, dans le but tant d'affaiblir les
forces gouvernementales
que de mettre aux mains du dit parti
Auslieferung. -Vertrag mit Russland. No 24. 195
(socialiste-federaliste georgien) et de Ia population elle-meme
les armes destinees
a leur permettre la continuation de Ia
lutte pour la conquete de leur ideal politique et eeonomique'
et enfin 1'on n'a aucun indiee que les organisateurs ou le
auteurs du ouP. de main incrimine se seraient laisse guider
par des motüs
tIrt3S de leur interet personnel.
Dans ces conditions, l'extradition des trois inculpes ne
sauralt
etre aceordee. TI n'y a done pas lieu d' examiner le
secon . moye invoque par les inculpes a l'appui de leur
OppOnItlOn, pUlsque eel1e-ci doit etre, en tout cas, declaree
fondee pour d'autres motifs.
Par ces motüs,
Le Tribunal
federal
prononee:
L'oppnsition faite par les inculpes Leon et Georges
Keressehdze
et Nestor Magaloff a Ia demande d' extradition
dont
.iIs ont ete l'objet de Ia part de Ia Legation Imperiale de
Rusnle pres Ia Confederation suisse, est declaree fondee.
Il
ny a done, en l'espeee, pas lieu ä extradition.