C/10298/2021
ACJC/1610/2023
du 05.12.2023 sur JTPI/2664/2023 ( OS ) , CONFIRME
Normes : LPD
En faitEn droitPar ces motifs republique et canton de geneve POUVOIR JUDICIAIRE C/10298/2021 ACJC/1610/2023 ARRÊT DE LA COUR DE JUSTICE Chambre civile DU MARDI 5 DÉCEMBRE 2023
Entre Madame A______, domiciliée ______ [BE], appelante d'un jugement rendu par la 21ème Chambre du Tribunal de première instance de ce canton le 28 février 2023, représentée par Me Michèle BURNIER et Me Thomas LEGLER, avocats, PESTALOZZI AVOCATS SA, cours de Rive 13, 1204 Genève, et B______ SA, sise ______ [GE], intimée, représentée par Me Serge FASEL et Me Olivia DE WECK, avocats, FBT AVOCATS SA, rue du 31-Décembre 47, case postale 6120, 1211 Genève 6.
EN FAIT
Elle a également conclu à ce que la Cour ordonne à B______ SA de confirmer que ces informations sont complètes et exactes, également sous la menace de la peine d'amende prévue par l'art. 292 CPC (art. 343 al. 1 let. a CPC).
Sont visés par sa première conclusion (1) "notamment mais pas uniquement" les documents suivants : (i) les informations fiscales et les documents la concernant elle et son patrimoine (copie des descriptifs financiers, ordres de paiements effectués au nom et pour le compte de A______ via notamment le compte [auprès de la banque] B______ duquel un montant a été transféré à C______ LLP) ainsi que tous les documents se rapportant à son statut fiscal, notamment ceux élaborés par les sociétés D______ LLP à E______ [Royaume-Uni] et F______ LLP à G______ [États-Unis] ; (ii) les informations et documents concernant les couvertures d'assurance (maladie – H______, I______ -, accident, dommage, propriété, etc.) auprès notamment des sociétés J______ LTD et K______ ([compagnie d'assurances] L______) ainsi que des praticiens, notamment M______ (concierge doctor à G______) et N______ (psychologue à O______ [République dominicaine]); (iii) les informations et documents, y compris les contrats, concernant le personnel engagé pour son compte (notamment P______, Q______, R______ en qualité d'assistants personnels, S______, T______ et U______ en qualité d'éditeurs, V______ en qualité d'employée de maison); et (iv) les informations, y compris les contrats, concernant tous les tiers qui ont été mandatés par B______ SA pour gérer ses affaires et/ou ses voyages, notamment le cabinet F______ LLP à G______, et les sociétés D______ LLP à E______, W______ à G______, X______ SA à Genève, Y______ SA à Genève et Z______ SA à Genève.
b. Par réponse du 8 juin 2023, B______ SA a conclu, sous suite de frais judiciaires et dépens, à la confirmation du jugement attaqué.
c. Les parties ont répliqué et dupliqué, respectivement les 12 juillet et 14 septembre 2023, persistant dans leurs conclusions respectives.
d. A______ a transmis des déterminations spontanées le 26 septembre 2023.
e. Le 28 septembre 2023, B______ SA a soulevé l'irrecevabilité des déterminations susmentionnées.
f. Les parties ont été informées le 17 octobre 2023 de ce que la cause était gardée à juger.
C. Les faits pertinents suivants résultent du dossier :
a. A______, née le ______ 1967, est la fille de AA______, homme d'affaires italien très fortuné et petit-fils de AB______, fondateur de la marque de luxe de même nom.
b. B______ SA a notamment pour but d'exercer l'activité de gestionnaire de fortune et de conseil en placement au sens de la loi fédérale sur les établissements financiers (LEFin), la mise en place et le suivi de transactions financières en matière mobilière et en matière immobilière, l'acquisition et l'administration de participations dans des sociétés ayant un but analogue, ainsi que tous services y relatifs.
Elle œuvre comme family office.
AB______ est l'un de ses administrateurs au bénéfice d'un pouvoir de signature individuelle. AC______ et AD______, employés de B______ SA, s'occupaient notamment du dossier de AA______.
c. Le 29 juin 2012, AA______ et B______ SA ont conclu un contrat à teneur duquel cette dernière acceptait de fournir au premier divers services en faveur de sa fille A______.
B______ SA était chargée de la gestion quotidienne des paiements et des demandes de A______, d'assister son personnel, d'organiser ses voyages d'affaires, procéder aux réservations de ses vols et de ses hôtels et de fournir une activité de fiduciaire.
AB______, représentant B______ SA, a déclaré au Tribunal avoir eu quelques contacts avec AE______, avocat de AA______ "dans le cadre du contrat de service", AA______ lui ayant demandé de "partager quelques chiffres" avec celui-ci.
d. Bien que le contrat ait été signé en 2012, il est admis que B______ SA a exercé son activité pour le compte de A______ dès 2008 déjà et jusqu'en 2021.
e. S'agissant de la gestion quotidienne des paiements et des demandes de A______, les éléments suivants résultent du dossier :
e.a A______ faisait parvenir ses factures (shopping, voyages, frais de santé, frais liés à la rédaction de son livre, loyers, salaires de son personnel et frais d'avocats) à B______ SA pour paiement.
B______ SA procédait au paiement desdites factures dans les limites budgétaires fixées par AA______, soit environ 100'000 euros par mois. Les factures étaient payées avec l'argent personnel de AA______, au débit d'un de ses comptes bancaires.
Selon la procédure mise en place, chaque dépense devait préalablement être soumise à B______ SA pour approbation. Certaines dépenses ont été refusées parce que le budget mensuel était déjà atteint. Il arrivait toutefois que AA______ accepte un dépassement de budget. Parfois, des factures "non annoncées" étaient adressées par A______ ou des tiers à B______ SA pour paiement. En cas de dépassement de budget, celle-ci mettait alors la facture en attente ou interpelait AA______.
e.b B______ SA tenait un décompte hebdomadaire des paiements effectués afin de contrôler le budget. Lorsqu'un paiement était effectué, l'avis bancaire était transmis à AA______, qui suivait attentivement les dépenses, mais pas à A______.
Un récapitulatif mensuel des paiements ordonnés, répartis par catégories (voyages, loyers, employés, santé, frais divers, livre, fournitures pour la maison, shopping, avocats, banques, autres et œuvres caritatives) était communiqué par B______ SA à A______.
Parfois, A______ contactait B______ SA pour discuter de ces relevés. Elle n'obtenait toutefois pas de renseignements sur le compte bancaire de son père, raison pour laquelle les preuves de paiement qui lui étaient transmises étaient caviardées afin de préserver les données personnelles de AA______.
B______ SA a allégué ne détenir qu’un seul fichier informatique concernant A______, sur lequel étaient enregistrés les décomptes hebdomadaires et mensuels susmentionnés, ce qui a été confirmé par les témoins AC______ et AD______.
e.c A______ savait que son train de vie était financé par son père et que ses dépenses devaient respecter un certain budget.
f. A teneur du contrat du 29 juin 2012, l'activité de fiduciaire fournie par B______ SA consistait en la détention d'actifs en son nom mais pour le compte de A______ et l'ouverture de comptes bancaires distincts pour les actifs déposés par la précitée. En revanche, la société ne pouvait effectuer des retraits ou des paiements à partir de ces actifs, sauf sur instruction spécifique de AA______.
A teneur du jugement entrepris, B______ SA n'a toutefois jamais géré ni ouvert de compte bancaire pour A______.
g. B______ SA est intervenue dans de nombreux domaines de la vie de A______.
Elle agissait en qualité d'intermédiaire entre des tiers mandataires et la précitée pour différentes démarches telles que ses déclarations fiscales, ses demandes de visas, ses polices d'assurances, ses baux, la gestion de son personnel, ses voyages et l'écriture de son livre. A cette fin, B______ SA ne se chargeait pas elle-même d'effectuer lesdites démarches mais mettait A______ en contact avec les personnes compétentes et l'assistait dans la remise des documents et des informations nécessaires. Dans ce cadre, sont intervenus AF______, avocat au sein du cabinet F______ LLP à G______, pour différentes démarches entreprises aux Etats-Unis, AG______, avocat au sein du cabinet D______ LLP à E______, pour différentes démarches entreprises en Grande-Bretagne, la société Z______ SA pour la gestion des assurances de A______, et la société Y______ SA pour l'organisation des voyages.
Il lui était toutefois arrivé de s'occuper elle-même de certaines démarches. B______ SA a ainsi admis avoir "gér[é] les contrats liant [A______] aux différents éditeurs littéraires, notamment S______, T______ et U______ ainsi que des chercheurs (AH______ et AI______)".
h. B______ SA n'étant pas autorisée à délivrer des conseils fiscaux, elle ne s'est occupée d'aucune déclaration fiscale pour le compte de A______. En revanche, elle a recommandé des conseillers fiscaux à celle-ci, à savoir AG______ pour la Grande-Bretagne et AF______ pour les Etats-Unis.
B______ SA s'est ensuite limitée à porter assistance aux précités dans la récolte des informations et documentations nécessaires, notamment lorsque les conseillers fiscaux externes n'arrivaient pas à obtenir les informations nécessaires de A______. Selon le témoin AC______, il était également arrivé à B______ SA d'agir en qualité d'intermédiaire, sollicitant par exemple de A______ qu'elle signe un document qui a ensuite été adressé aux fiscalistes par la société.
Parmi les nombreux courriels produits par B______ SA figure notamment un courriel envoyé par AC______ à A______ le 21 juillet 2020 dont la teneur est la suivante : "For your information, the accountants finalized the analysis on your financial situation. They informed us that they did not identifiy any taxable income to report. As you don't have yet a US tax number, you will not fill and sign any declaration, even if in blank. Kindly confirm that, during the course of 2019, you didn't receive any gifts totalling more than USD 100'000, from a foreign person, into your US bank account. This is to double check that you don't have any other tax obligation."
Entendu en qualité de témoin par le Tribunal, AC______ a confirmé ne pas avoir reçu l'analyse faite par les comptables mentionnée dans ce courriel.
i. B______ SA a également conseillé à A______ de s'adresser à AF______ afin qu'il l'assiste dans ses démarches avec les différents services d'immigration américains. A______ était en copie des courriels échangés à ce sujet.
B______ SA n'est intervenue à cet égard qu'en qualité d'intermédiaire, assistant AF______ dans la collecte des informations et des documents nécessaires.
j. B______ SA s'acquittait des factures médicales qui lui étaient adressées par A______, ses assistants personnels ou par les médecins eux-mêmes directement. A teneur du jugement entrepris, B______ SA a toujours transmis à A______ les documents reçus à ce sujet, ce qui est contesté par la précitée. Le 9 août 2019, B______ SA a transmis, sur demande de la précitée, le "plan summary" de l'assurance-maladie (I______) contractée à son bénéfice. Des échanges entre B______ SA et des assistants de A______ (notamment en mai 2018) ou la précitée elle-même (notamment en décembre 2019) à ce sujet figurent également au dossier.
B______ SA a par ailleurs agi en tant qu'intermédiaire entre A______ et des courtiers. Elle ne recevait toutefois pas systématiquement une copie des contrats d'assurance que A______ pouvait conclure.
A______ prétend également ne pas détenir sa police d'assurance-maladie complète et ignorer l'identité de ses personnes de contact au sein de ses assurances.
k. Elle dispose d'un logement à G______, lequel était situé sur la 1______th 2______ Avenue, puis à présent au N. 3______ 4______ Place.
Le Tribunal a retenu que A______ détenait une copie de tous les baux et de leurs extensions, ce qui est contesté en appel par la précitée.
AB______ a confirmé au Tribunal s'être occupé des démarches pour la location de l'appartement situé 1______th 2______ Avenue. Il était probable que A______ ait reçu une copie du contrat de bail mais, selon lui, "cela ne l'intéressait pas trop, ce qui l'intéressait était de pouvoir emménager dans l'appartement concerné".
Par courriel du 16 octobre 2011, Q______, un assistant personnel de A______, a transmis à B______ SA (AC______) et à A______ un accord de prolongation de bail pour l'appartement situé 1______th 2______ Avenue. Ce courriel et sa pièce-jointe sont enregistrés sur la clé USB transmise par B______ SA.
Le 7 août 2019, AA______ a résilié le bail de l'appartement situé N. 3______ 4______ Place. Un nouveau contrat de bail a finalement été signé pour ce même appartement par l'intermédiaire de AE______, avocat de AA______ et directeur de la société W______, qui a donné instruction à B______ SA de s'acquitter des loyers. Ce document a été transmis à B______ SA, avec copie à A______, par courriel du 20 septembre 2019. Ce courriel a été enregistré sur la clé USB remise à A______ par B______ SA.
l. A______ louait également un appartement à E______ qu'elle avait trouvé par le biais d'un agent immobilier, AJ______, avec qui elle entretenait des contacts directs et réguliers.
B______ SA était en copie des courriels échangés dans ce cadre.
Le 9 août 2012, Q______ a notamment transmis à B______ SA une copie du contrat de bail de cet appartement et de la prolongation de bail. A______ était en copie de ces courriels.
m. A______ a employé un certain nombre d'assistants personnels et d'employés de maison. Elle était notamment en contact direct avec AF______ au sujet de ses employés aux Etats-Unis et avec AK______ pour ses employés en Grande-Bretagne, mais aussi avec des agences de placement (notamment AL______). Des projets de contrats de travail et de lettres de résiliation concernant des membres de l'équipe de A______ ont régulièrement été transmises aux parties par F______ LLP et AL______ notamment. Le 20 août 2019, AL______ a transmis une offre d'emploi signée par A______ et la future employée aux parties et à AF______.
Selon B______ SA, A______ supervisait le processus de recrutement de ses employés. La société s'était toutefois parfois occupée de l'engagement de certaines personnes et régulièrement des fins de contrat. AB______ a précisé au Tribunal que la société avait notamment géré le départ de collaborateurs parfois mécontents, parfois maltraités et également ceux qui cherchaient à profiter de la situation, compte tenu de la notoriété du nom A______.
n. A______ avait pour projet d'écrire et éditer un livre, intitulé "". Dans ce cadre, elle était en contact direct avec les différents éditeurs littéraires et "ghost writers", notamment T, S______ et U______, ou en copie des courriels échangés entre ceux-ci, ses assistants et/ou B______ SA. A______ dirigeait les contacts avec les différents intervenants.
Les contrats étaient revus par les avocats du cabinet F______ LLP et signés par A______.
AB______ a déclaré au Tribunal que la société avait « reçu mandat de [A______] de contacter un ghost writer », et que B______ SA considérait qu’il était de sa responsabilité de s’occuper de la négociation du contrat avec celui-ci. AF______ s'était chargé de rédiger le contrat. A______ a confirmé au Tribunal qu’elle avait été tenue informée par le précité de « l’état d’évolution de ce contrat ».
o. Les voyages de A______ étaient organisés par ses assistants personnels et des agences de voyage, notamment Y______ SA.
B______ SA intervenait pour veiller à ce que les voyages planifiés respectent le budget fixé par AA______.
p. Le 12 octobre 2016, A______ a sollicité de B______ SA qu'elle lui fournisse des informations sur sa situation financière.
B______ SA a soutenu qu'une rencontre avait alors été organisée pour en discuter.
q. Le 19 novembre 2019, dans un courriel adressé à AC______ et expédié à plusieurs autres personnes dont AE______, A______ a requis de B______ SA la remise des reçus, preuves de paiement et informations de transferts.
Elle souhaitait que dorénavant chaque transaction et chaque retrait soient pré-approuvés par elle. Une preuve de paiement devait ensuite lui être communiquée.
Elle sollicitait également qu'on lui transmette un avis détaillé de tous les dépôts sur son compte, un relevé bancaire hebdomadaire incluant les factures pendantes, un relevé de portefeuille complet indiquant le montant pouvant être retiré en espèces, ses investissements et ce qu'elle gagnait par mois.
r. Par réponse du lendemain, AE______ a indiqué à A______ que seules ses propres dépenses (soit les dépenses récurrentes telles que le loyer ou le paiement du salaire de son personnel et les dépenses qu'elle transmettait) étaient débitées de son compte, de sorte qu'il était inutile de prévoir que celles-ci lui soient soumises pour approbation avant d'être payées.
Un décompte mensuel des montants débités sur lequel figurerait le solde du compte lui apparaissait suffisant. Ce relevé pourrait éventuellement comprendre la confirmation du paiement des factures soumises ainsi qu'une liste des dépenses impayées à la fin du mois.
Il doutait qu’il existe un portefeuille, faute d'épargne à investir.
s. Par courriel du 21 novembre 2019, AC______ a ajouté que B______ SA n'avait aucune visibilité sur le compte bancaire de A______, sur lequel elle recevait 2'300 dollars américains par semaine.
B______ SA recevait des factures concernant des services déjà rendus par des tiers (fournisseur, médecin, chauffeur, employé) pour A______.
Au début de chaque mois, un rapport détaillé mettait en évidence chaque dépense acquittée par AA______ pour elle avec les informations suivantes : description, date, montant et solde. Les dépenses étaient par ailleurs réparties par catégorie pour une meilleure compréhension. Les fonds de crédit figuraient sur ces rapports, ce qui assurait une pleine transparence.
L'assistant personnel de A______ pouvait lui fournir des explications concernant toutes les factures reçues, envoyées, payées et en attente.
AC______ a rappelé que les dépenses extraordinaires devaient faire l'objet d'une discussion préalable puisqu'elles pouvaient la placer en déficit et que B______ SA devait la protéger d’une telle situation. Il était par ailleurs dans l'intérêt de A______ d'éviter les erreurs et les contentieux.
Compte tenu du nombre important de factures traitées, il ne leur était pas possible de lui envoyer chaque confirmation de paiement. Cela étant, un tel document avait été transmis jusqu'à présent lorsqu'une demande spécifique avait été formulée en ce sens.
Enfin, AC______ a informé A______ que, conformément aux instructions transmises par AA______, le trust de celle-ci serait débité en cas de dépassement du budget en fin d'année, afin de couvrir le déficit.
t. En juin 2020, AA______ a demandé à B______ SA d'informer sa fille qu'à compter du 1er juillet 2020, le financement de ses dépenses serait assuré par le Trust AM______, et non plus par ses fonds personnels à lui, ce qui a été fait par courriel du 17 juin 2020 adressé par AC______ à A______.
Le témoin AC______ a déclaré au Tribunal que AA______ avait continué de s'acquitter des dépenses de sa fille au moyen de ses fonds privés, et non des fonds détenus par le trust. Il a également déclaré qu'à cette période, AA______ était excédé par le comportement dépensier de A______, celle-ci dépensant plus d'argent que ses trois autres enfants.
AB______ a déclaré au Tribunal que le Trust AM______ avait été établi par AA______. A______ en avait été la bénéficiaire mais tel n'était plus le cas. B______ SA fournissait des conseils en investissement pour ce trust, "c'est-à-dire que [la société] gér[ait] les fonds de ce trust".
u. En juillet 2020, AA______ a donné instruction à B______ SA de cesser tout contact avec A______ et tout paiement en faveur de la précitée. Il était contrarié par le fait que celle-ci avait initié une procédure contre ses deux sœurs aux Etats-Unis.
v. Le 24 septembre 2020, B______ SA a informé A______ que tous les paiements étaient suspendus jusqu'à nouvel avis.
w. Par courrier du 29 mars 2021 adressé à AB______, A______ a indiqué qu'elle avait désormais pris la responsabilité de ses affaires financières et a remercié B______ SA de s'en être occupée pour elle durant ces dernières années.
Elle avait à présent besoin d'avoir accès à son dossier complet et de prendre possession de tous les fichiers et données la concernant.
Elle lui a demandé de collaborer avec son conseiller fiscal, AN______.
x. Le 2 avril 2021, AN______ a demandé à B______ SA de lui transmettre la liste de tous les fichiers contenant des données personnelles relatives à A______ et lui indiquer le format que prenaient ces fichiers.
Il a également demandé à B______ SA de lui communiquer les documents et informations suivantes : les informations financières et fiscales, les passeports et pièces d'identité, les polices d'assurances, les informations et documents concernant les biens et propriétés ("assets, properties of A______ and/or owned legally or beneficially by A______ alone or in conjunction with others. Include any liabilities associated with each of the assets thereof"), les contrats – passés et présents - conclus avec des tiers ("outside personnel or third-party providers, e.g. editors, PR advisors, household staff, etc"), son dossier médical et toutes les factures y relatives, les informations et documents concernant ses voyages et toutes les autres données personnelles la concernant.
y. Le 23 avril 2021, A______ a invité B______ SA à lui fournir toutes ses données personnelles dans un délai échéant le 29 avril 2021.
Elle a fondé sa demande sur l'art. 8 de la loi fédérale sur la protection des données du 19 juin 1992 (RS 235.1; ci-après LPD).
z. Par courriel du même jour, B______ SA a transmis un fichier zip à AN______, sur lequel sont enregistrés divers documents dont les factures du psychologue, N______.
B______ SA a fait les remarques suivantes s'agissant des informations sollicitées par AN______.
"1. Financial and Tax related information :
a. US : included in the file sent by F______ office.![endif]>![if>
b. UK : attached.![endif]>![if>
2. Passport copies and other document : attached.
3. Insurance : attached.
4. Asset : a copy of the AO______ [Italie] deed to be received next week.
5. Third parties providers : included in the file sent by F______ office.
6. Medical record : attached invoices of Dr N______.
7. Travel and frequent flyer information : attached.
8. All other personal data in any form of A______ [prénom]: none."
aa. Le 26 avril 2021, B______ SA a indiqué à A______ que les documents utiles avaient été transmis à AN______.
bb. Le 27 avril 2021, A______ a exposé qu'après examen des documents transmis, elle était arrivée à la conclusion que tous les documents ne lui avaient pas été communiqués.
B______ SA était donc invitée à produire toutes les données personnelles la concernant, sous quelque forme que ce soit (y compris les courriers électroniques), en possession ou sous le contrôle de B______ SA ou de tout tiers, y compris les informations sur l'origine et les destinataires des données, avant le 29 avril 2021.
cc. Le 4 mai 2021, B______ SA a indiqué à A______ qu'elles n’étaient liées par aucun contrat. Elle lui a toutefois transmis le document d'achat de son bien immobilier sis à AO______. Le témoin AC______ a précisé qu'il ne s'agissait pas d'un document qui était en leur possession. B______ SA avait contacté l'office administratif de AA______ pour obtenir ce document.
Par ailleurs, les échanges de courriels entre B______ SA et A______ que la société pourrait récupérer, étant rappelé que A______ les connaissait pour en avoir été la destinataire ou l'expéditrice, seraient mis à sa disposition par voie électronique dès que possible.
B______ SA a assuré ne pas détenir d'autres documents en lien avec la demande de A______.
dd. Le 6 mai 2021, A______ a contesté l'absence de relation contractuelle entre elle et B______ SA. Sa demande était, quoi qu’il en soit, fondée sur le droit d'accès prévu par la loi sur la protection des données. Elle prenait note de son intention de lui remettre toute la correspondance électronique et la priait de bien vouloir accélérer le processus de collecte et de lui remettre lesdits échanges, y compris les annexes, d'ici au 10 mai 2021.
ee. Le 21 mai 2021, B______ SA a transmis un fichier à télécharger, contenant plus de 6'000 courriels, à A______.
ff. Le même jour, A______ a informé B______ SA du dépôt d'une requête en conciliation en droit d'accès et d'une requête de mesures provisionnelles (cf. infra let. D.a.) et l'a invitée à déposer les pièces mentionnées dans le cadre de ces procédures.
gg. Les parties ont encore échangé, persistant chacune dans leur position respective.
D. a. A______ a, par acte déposé en conciliation le 21 mai 2021, déclaré non concilié le 1er juillet 2021 et introduit au Tribunal le 8 septembre 2021, assigné B______ SA, formant une requête en droit d'accès.
a.a Sur le fond, A______ a conclu à ce qu'il soit ordonné à sa partie adverse de lui communiquer par écrit ou sous forme électronique, dans un délai de cinq jours et gratuitement, (1) la copie de toutes les données personnelles la concernant qui étaient stockées ou traitées par ses soins sous la menace de la peine d'amende prévu par l'art. 292 CP et d'une amende d'ordre de 3'000 fr. maximum pour chaque jour d'inexécution, (2) les informations disponibles sur l'origine des données personnelles dans la mesure où celles-ci n'avaient pas été collectées auprès de la société ainsi que les catégories de données personnelles traitées la concernant, sous la menace de la peine d'amende prévue par l'art. 292 CP, ainsi que (3) l'identité des sous-traitants et tout autre destinataire auxquels des données personnelles la concernant avaient été et/ou étaient communiquées ainsi que le nom de l'Etat vers lequel ces données étaient communiquées, également sous la menace de la peine d'amende prévue par l'art. 292 CP.
Elle a également conclu à ce qu'il soit ordonné à B______ SA de confirmer que ces informations étaient complètes et exactes, sous la menace de la menace de la peine d'amende prévue par l'art. 292 CP.
a.b Sa requête en conciliation était assortie de mesures provisionnelles, lesquelles ont été rejetées par ordonnance OTPI/646/2021 du 23 août 2021.
a.c A l'appui de sa réponse à la requête de conciliation du 21 juin 2021, B______ SA a produit un certain nombre de pièces, et notamment une clé USB sur laquelle étaient enregistrés les courriels déjà transmis à A______ (cf. supra let. C. ee.).
b. Suite à l'audience de conciliation, A______ a, par courrier du 30 juillet 2021, soumis à B______ SA une liste non exhaustive des documents essentiels qu'elle souhaitait obtenir de sa part.
Sa demande visait tout d'abord à obtenir (1) les informations financières et fiscales, notamment l'analyse de la situation financière mentionnée par AC______ dans son courriel du 21 juillet 2020 intitulé "Tax Analysis" ainsi que les "détails des accountants" qui avaient rédigé cette analyse, la copie des diverses taxations fiscales, les détails sur les fonds, la provenance des fonds et les véhicules qui avaient servi à payer ses factures depuis le 1er juillet 2020, en particulier le Trust AM______ mentionné par AC______ dans son courriel du 17 juin 2020, ainsi que tous les relevés de comptes associés aux paiements effectués et le(s) nom(s) des personnes qui gérai(en)t tout le volet fiscal et financier.
Sa demande visait également à obtenir les informations en lien avec (2) les services d'immigration, en particulier sa demande de visa américain, et (3) tous ses dossiers médicaux et factures de tous les prestataires – passés et présents – ainsi que la liste de toutes les assurances maladies avec le détail des primes, notamment sa police d'assurance maladie, l'identité des personnes de contact auprès des différentes assurances, son historique médical et les échanges avec le Dr M______ ("concierge doctor") ainsi qu'avec tous ses autres médecins.
Elle souhaitait également récupérer les documents en lien (4) avec ses actifs et les propriétés qu'elle possédait légalement ou dont elle en était la bénéficiaire (seule ou conjointement avec des tiers), y compris tout passif associé à chacun de ces actifs ainsi que toute information relative aux biens immobiliers détenus ou loués pour elle, tels que les propriétés , N. 3 4______ Place (ainsi que le Flat 5______, 1______th 2______ Avenue, G______ [code postal], [États-Unis], N. 6______ 7______ Court, 8______ Road, E______ [code postal], [Royaume-Uni], et le Flat 9______, N. 10______ 11______ Square, E______ [code postal], [Royaume-Uni]), où elle résidait ou avait résidé.
Elle réclamait également (5) ses passeports et cartes d'identité (anciens et nouveaux), ainsi que (6) les informations que la société détenait concernant les employés qui avaient travaillé pour son compte (par exemple, les rédacteurs, les conseillers en relations publiques, le personnel de maison, etc.), les contrats et les accords de résiliation du personnel de maison, y compris les informations concernant la sélection d'agents littéraires et autres documents sur lesquels AP______ (employée au sein du cabinet F______ LLP) avait travaillé.
A______ souhaitait également récupérer (7) les contrats et les coordonnées du "personnel extérieur et/ou des fournisseurs tiers" (actuels et passés) qui avaient été engagés par B______ SA pour l'aider à gérer ses affaires. Sous ce point, elle sollicitait notamment de la société qu'elle lui fournisse les détails sur les biens immobiliers et mobiliers détenus par le Trust AM______, dont elle était la bénéficiaire.
Enfin, elle souhaitait également obtenir (8) les informations en lien avec ses voyages, notamment l'historique de ses voyages et de ses coûts ainsi que les coordonnées des personnes qui géraient cet aspect, ainsi que toutes ses polices d'assurances, y compris "les assurances médicales, biens (contenu du foyer – [pour] toutes les résidences), bijoux, autres (responsabilité civile, etc.)" ainsi que les coordonnées des personnes qui géraient ces assurances (nom de la compagnie et personne de contact).
c. Par courrier du 6 août 2021, B______ SA a rappelé à A______ que l'intégralité de la documentation en sa possession lui avait déjà été transmise.
Elle avait toutefois pu trouver, sur la base des courriels déjà communiqués, le nom des correspondants qui pourraient lui transmettre davantage d'informations.
S'agissant des informations fiscales, elle a transmis les coordonnées de AF______ pour son dossier américain, et de AG______ pour son dossier britannique (1).
S'agissant des données en lien avec les services d'immigration, B______ SA a affirmé avoir transmis tous les documents en sa possession. A______ était priée de contacter les cabinets sus indiqués pour davantage d'informations à ce sujet (2).
B______ SA ignorait les coordonnées des médecins que consultait A______. Cette dernière pouvait toutefois trouver de telles "indications" sur les factures annexées aux courriels communiqués. La société ne détenait aucune autre information à ce sujet. Elle a fourni, pour le surplus, les coordonnées de AQ______, de la société J______ LTD, pour ce qui était des assurances médicales en Grande-Bretagne (3).
S'agissant des données en lien avec ses actifs et propriétés, B______ SA a indiqué avoir déjà transmis l'information qu'elle avait pu obtenir pour l'aider, soit celle concernant la propriété de AO______ (4).
Une copie de son passeport lui avait déjà été transmise (5).
A______ devait s'informer auprès du cabinet F______ LLP s'agissant de ses employés et agents littéraires (6).
B______ SA n'avait pas d'autres informations que celles déjà transmises s'agissant du "personnel extérieur et/ou des fournisseurs tiers". A______ devait contacter AE______, de la société W______ (G______ [États-Unis]) pour plus d'informations (7).
Quant aux voyages, ils étaient organisés par l'agence Y______ SA (Genève), en particulier par AR______, dont les coordonnées étaient fournies (8).
Pour le surplus, A______ avait "semble-t-il" eu de nombreuses assistantes, lesquelles pouvaient certainement lui apporter "une lumière complémentaire sur le dossier".
d. Par courrier du 3 septembre 2021, A______ a persisté à solliciter de B______ SA qu'elle lui transmette toutes les données la concernant, estimant que la société ne lui avait pas communiqués tous les documents qu'elle détenait. Elle a formellement, "et une dernière fois", mis en demeure B______ SA de lui fournir toutes les données la concernant et en particulier la copie de l'analyse financière mentionnée dans le courriel du 21 juillet 2021 ainsi que la copie de toutes les déclarations fiscales définitives déposées en Grande-Bretagne et leurs annexes dans un délai fixé au 7 septembre 2021. Elle a souligné l'urgence à obtenir ces documents au vu du délai imposé par l'autorité fiscale compétente, se réservant le droit de réclamer tout dommage résultant d'un refus ou d'un retard dans la production des documents requis.![endif]>![if>
En cas de refus, A______ poursuivrait la procédure initiée (cf. supra let. a).
e. Le 15 septembre 2021, B______ SA a contesté la teneur du courrier précité.![endif]>![if>
A______ sollicitait que l'analyse fiscale qui figurerait dans un courriel de AC______ du 21 juillet 2021 lui soit transmise. Or, une telle analyse avait bien été requise par AC______, mais en 2020. Cela étant, compte tenu des informations que A______ avait transmises, il avait été conclu "par le correspondant US" qu'il n'y avait aucun revenu ni actif financier à faire figurer dans ses déclarations fiscales. Aucun rapport ni mémorandum n'avait été établi à cet égard, malgré la demande de AC______.
Toutes les déclarations définitives déposées en Grande-Bretagne étaient par ailleurs en mains de D______ LLP, à E______ [Royaume-Uni].
f. Le 21 septembre 2021, A______ a indiqué à B______ SA que si le courrier du 3 septembre 2021 précisait deux demandes en particulier, elle entendait toutefois obtenir l'ensemble des documents identifiés dans son courrier du 30 juillet 2021.![endif]>![if>
g. Le 28 septembre 2021, A______ a indiqué qu'une action en reddition de comptes serait introduite en parallèle de la procédure en droit d'accès déjà en cours.![endif]>![if>
Une autorisation de procéder a été délivrée à A______ le 2 février 2022, suite à l'échec de conciliation. A______ n'a toutefois pas porté l'action devant le Tribunal.
h. Le 1er décembre 2021, B______ SA a conclu au déboutement de A______ de toutes ses conclusions.![endif]>![if>
Elle a notamment allégué qu'aucun fichier ni base de données n'avait été créé s'agissant de A______, de sorte qu'elle avait dû solliciter l'aide de ses informaticiens pour récupérer tous les courriels disponibles sur son serveur en lien avec la précitée. Elle a également allégué ne pas avoir compris "le sens et l'utilité de [l]a démarche" de A______ (allégué n. 28), et que "l'acharnement" de celle-ci, respectivement de ses conseils, était "incompréhensible" puisque l'ensemble des pièces retrouvées lui avait été remise (allégué 34). Ses allégués 36 à 44, classés sous le titre "des demandes abusives de Mme A______", contiennent notamment l'allégation suivante : "(…) la démarche de cette dernière était purement chicanière et que le harcèlement dont elle faisait preuve s'apparentait à une tentative de contrainte". B______ SA a également souligné qu'il ressortait de l'exposé des faits et des courriels produits que A______ était en contact direct avec les tiers qu'elle prétendait ne pas connaître.
Elle a également soutenu, dans son préambule et dans la partie en droit de sa réponse, qu'un litige concernant un trust de sa défunte mère opposait A______ à sa sœur. La précitée ayant reçu une importante partie du trust de sa mère, AA______ avait ordonné à B______ SA de ne plus payer ses factures.
B______ SA avait communiqué à A______ l'ensemble des données (courriels et annexes) la concernant qu'elle avait retrouvé. Celle-ci n'avait pas exposé – et encore moins démontré – qu'elle disposait encore d'informations ou de documents qui ne lui auraient pas déjà été transmis. La demande d'accès était ainsi sans objet.
La demande était par ailleurs abusive et chicanière. Le comportement de A______ attestait de ce que sa demande visait à obtenir des informations auxquelles elle n'avait pas droit, notamment concernant son père. Elle n'avait indiqué aucun motif à l'appui de sa demande et il ressortait des dernières informations requises qu'elle était à la recherche de documents qui lui permettraient d'agir contre son père ou des proches, étant précisé que AA______ et sa fille ne se parlaient plus et que cette dernière était de surcroît en litige avec sa sœur par devant les tribunaux américains.
i. Lors de l'audience du 13 janvier 2021, A______ a persisté dans les termes de sa demande.![endif]>![if>
Le Tribunal a par la suite procédé à l'interrogatoire des parties et à l'audition de témoins. Leurs déclarations ont été intégrées à l'état de fait ci-dessus dans la mesure utile à la solution du litige.
j. Lors de l'audience du 8 décembre 2022, les parties ont plaidé, persistant dans leurs conclusions respectives.![endif]>![if>
A l'issue de l'audience, le Tribunal a gardé la cause à juger.
EN DROIT
PAR CES MOTIFS, La Chambre civile : A la forme : Déclare recevable l'appel interjeté le 20 avril 2023 par A______ contre le jugement JTPI/2664/2023 rendu le 28 février 2023 par le Tribunal de première instance dans la cause C/10298/2021. Au fond : Confirme le jugement entrepris. Déboute les parties de toutes autres conclusions. Sur les frais : Arrête les frais judiciaires d’appel à 6'000 fr., les met à la charge de A______ et les compense partiellement avec l’avance versée par cette dernière, qui reste acquise à l’Etat de Genève. Condamne A______ à verser 2'500 fr. aux Services financiers du Pouvoir judiciaire au titre des frais judiciaires d’appel. Condamne A______ à verser à B______ SA 6'000 fr. à titre de dépens d’appel. Siégeant : Monsieur Laurent RIEBEN, président; Monsieur Patrick CHENAUX, Madame Fabienne GEISINGER-MARIETHOZ, juges; Madame Sandra CARRIER, greffière.
Le président : Laurent RIEBEN
La greffière : Sandra CARRIER
Indication des voies de recours :
Conformément aux art. 72 ss de la loi fédérale sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 (LTF; RS 173.110), le présent arrêt peut être porté dans les trente jours qui suivent sa notification avec expédition complète (art. 100 al. 1 LTF) par-devant le Tribunal fédéral par la voie du recours en matière civile.
Le recours doit être adressé au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14.