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Santé publique
Gesundheitswesen
ATC (Cour de droit public) du 22 mars 2013 – A1 12 182
Etiquette de bouteille de vin
(consid. 2.1).
(art. 18 al. 3 LDAI ; consid. 3.1).
Dénominations trompeuses et de fantaisie (consid. 3.3).
Risque de tromperie d’autant plus grand que le droit valaisan réglemente précisément
les dénominations (art. 59 ss OVV ; consid. 4)
Weinetikette
Lebensmittelgesetzgebung (E. 2.1).
LMG; E. 3.1).
Täuschende Sachbezeichnungen und Fantasiebezeichnungen (E. 3.3)
Die Täuschungsgefahr ist umso grösser, als die Walliser Gesetzgebung die
Bezeichnungen genauestens regelt (Art. 59 ff. der Verordnung über den Rebbau und
den Wein; E. 4).
Faits (résumé)
Le 18 mars 2011, le Service de la consommation et affaires vétéri-
naires (SCAV) contesta l’échantillon n° 37693, « Assemblage Dôle
‘Sang Barbare’ et Humagne rouge, A.O.C. Valais 2009, CERVINO »,
prélevé le 18 février 2011 auprès de la cave X_______. L’étiquette,
qui comportait une représentation du Matterhorn surmontée du nom
« CERVINO », laissait à tort penser que le vin provenait de la région
du Cervin. Ce service spécialisé exigea de la cave qu’elle lève cette
« non-conformité » en modifiant l’étiquetage et le graphisme en
conséquence, décision confirmée en Conseil d’Etat et déférée céans
par X_______.
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Considérants (extraits)
1. Le recours est recevable (art. 14 de la loi concernant l’application
de la loi fédérale sur les denrées alimentaires et les objets usuels du
21 mai 1996 – LALDAI ; RS/VS 817.1 et art. 80 al. 1 let. a et c, 44
al. 1 let. a et 48 de la loi du 6 octobre 1976 sur la procédure et la juri-
diction administratives – LPJA ; RS/VS 172.6 ; cf. cependant, s’agis-
sant du délai, ATF 127 II 91 consid. 1 et la référence ainsi que RB
2003 Nr. 7 p. 49 ss).
2.1 La loi fédérale du 9 octobre 1992 sur les denrées alimentaires et
les objets usuels (LDAI ; RS 817.0) a notamment pour but de protéger
les consommateurs contre les tromperies relatives aux denrées ali-
mentaires (art. 1 let. c), telles les indications et les présentations
propres à susciter chez le consommateur de fausses idées sur la pro-
venance de ces denrées (art. 18 al. 2 et 3). Or, c’est précisément au
vu d’un tel risque que le SCAV a prononcé une contestation au sens
de l’article 27 LDAI. L’affaire s’inscrit donc bien dans le cadre de cette
législation dont le Tribunal fédéral a confirmé l’applicabilité aux pro-
duits viticoles (ATF 135 II 243 consid. 5.3). Les doutes non étayés de
la cave, pour qui le litige ressortirait au droit des marques, sont à cet
égard infondés. Loi de police visant la défense d’intérêts publics, la
LDAI poursuit des buts différents de la loi fédérale du 28 août 1992
sur la protection des marques et des indications de provenance
(LPM ; RS 232.11). Il s’ensuit que ces législations peuvent s’appliquer
cumulativement et indépendamment l’une de l’autre (S. Holzer,
Geschützte Ursprungsbezeichnungen [GUB] und geschützte geogra-
phische Angaben [GGA] landwirtschaftlicher Erzeugnisse, p. 220 ;
L. Hirt, Der Schutz schweizerischer Herkunftsangaben, p. 108 s.).
(…)
3. Au fond, le procès porte sur le point de savoir si, comme l’ont
retenu les autorités précédentes, l’étiquette de la recourante viole
l’interdiction de tromperie ancrée à l’article 18 LDAI.
3.1 Sont réputées trompeuses les indications et les présentations
propres à susciter chez le consommateur de fausses idées sur la
provenance de la denrée alimentaire (art. 18 al. 3 LDAI ; cf. ég. art. 10
al. 1 de l’ordonnance du 23 novembre 2005 sur les denrées alimen-
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taires et les objets usuels – ODAIOUs ; RS 817.02). C’est notamment
le cas lorsqu’une désignation laisse penser à tort que le produit ou
ses composants pourraient provenir d’une certaine région (ATF 104 IV
140 consid. 3b). L’appréciation doit être portée au regard du besoin
légitime d’information du consommateur moyen qui, en règle géné-
rale, ne connaît pas les prescriptions détaillées applicables (ATF 130
II 83 consid. 3.2). Savoir si la présentation d’une denrée alimentaire
est trompeuse ne dépend pas seulement de sa désignation, mais de
son identité visuelle globale (arrêt du Tribunal fédéral 2C_559/2011
du 20 janvier 2012 consid. 6.2). Point n’est besoin de prouver qu’un
certain nombre de consommateurs pourraient être induits en erreur ; il
suffit que l’indication soit objectivement propre à tromper (ATF 124 II
398 consid. 3b). Cependant, la seule possibilité que le consommateur
appréhende faussement le produit ou sa désignation n’est pas
suffisante (arrêt 2C_559/2011 précité consid. 6.2 ; cf. ég. message du
Conseil fédéral in : FF 1989 I p. 889).
3.2 Le nom « Cervino » comporte, en soi, une référence géogra-
phique. Avec raison, la recourante ne conteste pas cette évidence
que le SCAV s’est appliquée à étayer en se référant aux images asso-
ciées à ce terme sur internet ainsi qu’au contenu du site
www.cervino.it. Le sommet italo-suisse appelé « Matterhorn » en
allemand, « Cervin » en français, se nomme « monte Cervino » en
italien. La composante géographique de la dénomination litigieuse est
d’autant plus manifeste que l’étiquette épinglée par le SCAV reproduit
la montagne en question, mondialement connue.
3.3 La cave réfute le caractère trompeur de la dénomination
« Cervino », arguant qu’elle serait de fantaisie.
3.3.1 La protection qu’offre l’article 18 LDAI en matière d’indication de
provenance se recoupe avec celle résultant de l’interdiction de trom-
perie statuée en la matière par l’article 47 LPM (L. Hirt, op. cit.,
p. 106). Dans le cadre de cette dernière disposition, il y a risque de
tromperie dès qu’une marque évoque, chez le consommateur, un
endroit qui ne correspond pas au lieu d’origine ou de fabrication du
produit ou des composants déterminant ses qualités (K. Troller, Précis
du droit suisse des biens immatériels, 2e éd., p. 124). Ce risque peut
être d’emblée écarté si la dénomination en cause est de fantaisie
(ATF 128 III 454 consid. 2.2 ; L. Hirt, op. cit., p. 35). Sont considérés
de fantaisie les noms géographiques qui n’évoquent pas chez le
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consommateur l’idée que la marchandise vient de l’endroit dont elle
porte le nom, cette idée étant aberrante (K. Troller, op. cit., p. 125 ;
E. Marbach, SIWR III/1, n° 400). Tel est le cas de bananes ou de café
« Matterhorn » (L. Hirt, op. cit., p. 34 s.) ou de plumes à réservoir
« Mont Cervin » (K. Troller, Manuel du droit suisse des biens imma-
tériels, T. I, 2e éd., p. 235). Associée à du vin, cette dénomination fait
par contre référence au Valais (L. Hirt, op. cit., p. 34 s.) ; elle a donc
une signification géographique. En matière de boissons, la prove-
nance géographique du produit revêt en effet une importance particu-
lière. S’agissant d’une bière de marque « Alaska », il a été jugé que le
public aura majoritairement tendance à considérer qu’il s’agit là d’une
indication de provenance (cf. E. Marbach, op. cit., note de bas de
page 534 ad n° 403 citant l’arrêt du Tribunal fédéral 4A.5/1994 du
2 août 1994 consid. 3 in : FDBM 1994 I p. 76 ; cf. ég. ATF 135 III 416
consid. 2.6.2 reprenant cet exemple).
3.3.2 Sur cet arrière-plan, la dénomination « Cervino » ne peut être
qualifiée comme étant de fantaisie. C’est un fait d'expérience que la
désignation géographique éveille chez le consommateur l'idée que le
produit concerné provient de l’endroit désigné (cf. ATF 97 I 79
consid. 1 ; F. Gloor, Die Beurteilung der Gefahr der Irreführung über
die geografische Herkunft auf der Grundlage eines Erfahrungssatzes -
Bemerkungen einer Mitarbeiterin des IGE zur Rechtsprechung des
Bundesgerichts in : sic! 2011 p. 4 ss). Comme l’a justement relevé
l’autorité précédente, si le consommateur moyen peut savoir
qu’aucune vigne n’est plantée sur le Cervin même, il risque néan-
moins de s’imaginer trouver du vignoble au pied de ce sommet ou
dans ses alentours. Ainsi pourrait-il croire, à tort, que l’assemblage
produit par la recourante provient de vignes plantées dans la région
du Matterhorn. A cet égard, on ne saurait considérer que, dans l’esprit
du public, « Cervino » ne ferait qu’évoquer le sommet comme tel, à
l’exclusion de sa région (cf. pour le signe Gotthard : arrêt du Tribunal
fédéral 4A.324/2009 du 8 octobre 2009 consid. 4 et 5.1). Preuve en
est le site internet www.cervino.it signalé par les instances précé-
dentes. L’étiquette litigieuse, qui combine une représentation du
Cervin et porte la dénomination « Cervino », renforce le consomma-
teur dans l’idée que le vin « Cervino » est un produit issu de domaines
situés dans cette célèbre région du Valais. Dans les circonstances
propres au cas d’espèce, ce nom n’a donc aucune valeur de fantaisie
ou de symbole qui exclurait, d'emblée, une indication de provenance.
La cave s’en défend vainement en soutenant que tout un chacun sait
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que la vigne est, en Valais, cultivée à une altitude variant entre 450 et
800 mètres. A supposer que le consommateur moyen ait cette con-
naissance-là, ce qui est douteux, il faudrait encore, pour écarter tout
risque de tromperie, que la localisation des vignobles valaisans lui soit
connue tout autant que la topographie de ce canton et de ses vallées,
ce dont on ne peut raisonnablement présumer. Il s’ensuit que le
Conseil d’Etat a confirmé à bon droit un risque de tromperie, dont il n’y
a pas lieu de nier l’existence du fait qu’à la marque Valais est associé
l’emblème du Cervin.
(…)
4. Le risque de tromperie dénoncé par le SCAV se justifie d’autant
plus que le droit valaisan réglemente précisément les dénominations
(art. 59 ss de l’ordonnance cantonale sur la vigne et le vin du 17 mars
2004 – OVV ; RS/VS 916.142). L’article 60 alinéa 3 prescrit ainsi que
les vins d’assemblage doivent être commercialisés sous une appella-
tion de fantaisie avec la dénomination géographique, tandis que les
articles 63 ss OVV énoncent les conditions auxquelles les vins
peuvent revêtir une dénomination de commune, de région, celle de
« clos », de « Château », de « Domaine », une dénomination cadas-
trale ou encore d’un lieu-dit. Or, comme l’ont relevé les autorités pré-
cédentes, l’article 10 alinéa 2 lettre f ODAIOUs interdit les indications
ou les présentations de toute nature pouvant prêter à confusion avec
des désignations protégées par une législation cantonale analogue à
celle de l’ordonnance du 28 mai 1997 sur les AOP et les IGP
(RS 910.12), telle l’OVV. Comme le soulignait à juste titre le SCAV
dans ses observations du 26 juillet 2011, cette réglementation canto-
nale pourrait ainsi amener le consommateur à penser qu’il existerait
une zone au pied de la région du Cervin méritant l’appellation
« Cervino », ce qui n’est pas le cas.