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TRIBUNAL CANTONAL
654
PE16.019636-STL
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Composition : M. M E Y L A N , vice-président
MM. Krieger et Perrot, juges
Greffière:MmeMirus
Art. 8 CEDH ; 141 al. 2 CPP
Statuant sur le recours interjeté le 26 juillet 2017 par
L.________ contre l’ordonnance de retranchement de pièces rendue le 14
juillet 2017 par le Ministère public central, division criminalité économique,
dans la cause n° PE16.019636-STL, la Chambre des recours pénale
considère :
E n f a i t :
A.a) Par acte du 22 septembre 2016, complété le 23 mai 2017,
L.________ a déposé plainte contre X., A. et J.________ pour
violation du secret de fabrication ou du secret commercial (art. 162 CP),
violation des secrets de fabrication ou d’affaires (art. 6 et 23 LCD [loi
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3 -
avaient été effacés sur les ordinateurs analysés et de reconstituer une
partie de ces fichiers.
b) Le 27 janvier 2017, ensuite de la plainte précitée, le
Ministère public central, division criminalité économique, a ouvert une
instruction pénale contre X., J. et A.________ pour violation
de secrets commerciaux et infraction à la loi fédérale contre la
concurrence déloyale.
c) Par courrier daté du 24 mai 2017 (P. 21), J.________ s’est
déterminé sur la plainte pénale déposée à son encontre. En particulier, il a
relevé que, parmi les pièces produites par L.________ à l’appui de sa
plainte, figuraient des courriels provenant de sa messagerie privée
auxquels il n’avait jamais donné accès. En outre, le contenu de certains de
ces courriels aurait été manipulé.
d) Par courriers du 8 juin 2017 (P. 22 à 25), le procureur a
invité les parties à se déterminer sur un éventuel retranchement de
courriels produits par la plaignante.
Par courrier du 19 juin 2017 (P. 29), J.________ a fait valoir que
devaient être retranchés du dossier tous les courriels adressés depuis les
adresses « [...] » et « [...]», ainsi que tous les courriels ayant été
manipulés sur des postes configurés en italien ou ne prenant pas en
compte les caractères spécifiques au français.
Par courrier du 7 juillet 2017 (P. 30), A.________ a indiqué que si
son adresse professionnelle de messagerie « [...] » était sans doute
accessible par L., pour le motif que le prestataire de service choisi
par L. pouvait garder des copies de ces courriels sur ses serveurs,
L.________ avait toutefois dû mettre en œuvre des moyens dont la légalité
restait à prouver pour obtenir une copie des courriels confidentiels
émanant de son compte privé « [...] ». Tous les courriels n’utilisant pas le
suffixe « @ [...]» étaient donc concernés par la question du
retranchement.
-
4 -
Par courrier du 10 juillet 2017 (P. 31), X.________ a indiqué qu’il
n’avait pas à prendre position, n'étant pas directement impliqué et
ignorant ce qu'il en était réellement. Il a néanmoins souligné que dans
l'hypothèse où les éléments produits par L.________ l'avaient été par des
manipulations peu orthodoxes, cela impliquait alors de retrancher ces
documents du dossier. Enfin, il a rappelé les doutes émis lors de son
audition du 29 mars 2017 quant à l'authenticité d'un courriel qui lui avait
été présenté.
Par courrier du 10 juillet 2017 (P. 33), L.________ a d’abord
expliqué qu’ensuite de la résiliation de son contrat de travail, J.________
avait été invité, le 15 décembre 2015, à restituer les objets et documents
appartenant à L.________ dont il était encore en possession. Plusieurs
mises en demeure lui avaient été adressées, sans succès. Il était en
particulier requis de restituer un ordinateur portable appartenant à
L.________ et plusieurs exemplaires originaux d'accords de confidentialité
et contrats signés par L.________ avec des partenaires commerciaux. De
fait, c'était seulement le lundi 14 mars 2016 qu'une partie des objets et
documents en main de J.________ avaient été restitués à L.. Dès
lors, entre le 16 novembre 2015, date de la démission du prénommé, et le
14 mars 2016, soit pendant quatre mois, L. avait été privée d'une
part conséquente d'objets et de documents nécessaires à la bonne marche
de l'entreprise. De plus, malgré la restitution par J.________ de certains
documents et objets, L.________ craignait que ce dernier ne lui ait pas
restitué l'intégralité de ce qui lui appartenait. A titre d'exemple, L.________
n'avait jamais retrouvé les exemplaires orignaux des accords de
confidentialité et contrats conclus par L.. J. avait affirmé ne
pas être en possession de ces documents pourtant signés alors qu'il
dirigeait la société. Dans ce contexte, L.________ craignait que d'autres
documents dont elle ignorait l'existence lui soient dissimulés par J..
En parallèle, L. aurait commencé à faire des découvertes
concernant des activités douteuses de J.. Elle aurait notamment
découvert des factures d'une société italienne V. dont elle ignorait
l'existence. Malgré plusieurs demandes adressées à J., L.
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5 -
n'aurait pas reçu de réponses aux demandes de renseignement à ce sujet,
ce qui l’aurait amenée à soupçonner que J.________ cherchait à lui cacher
des informations ou documents. De fait, il se serait avéré par la suite que
les factures de V.________ avaient été payées sur un compte appartenant à
J.________ et son épouse et non pas à la prétendue société V.. Ce
serait dans ce contexte qu'une analyse des ordinateurs de J. et
d’A.________ s’était avérée nécessaire. L.________ aurait en effet dû prendre
toutes les mesures nécessaires pour assurer la continuité de son activité
malgré le fait que J.________ refusait de lui remettre les documents encore
en sa possession. L.________ avait dû en particulier s'assurer que ces
dossiers étaient complets et qu'aucun document ne lui était dissimulé
intentionnellement par J.________ et A.. L. avait alors
mandaté la société italienne P.SRL, une société spécialisée dans
les techniques de forensique informatique. Cette dernière avait été
chargée de reconstituer les fichiers que les deux intéressés avaient
intentionnellement détruits avant leur départ de L.. Cette
reconstitution de fichiers devait permettre de recouvrer les documents
que J.________ refusait de remettre à L.________ et qui étaient pourtant
indispensables à la bonne marche de l'entreprise. L.________ a ensuite
expliqué que tous les courriers électroniques produits en annexe à sa
plainte pénale et au courrier du 23 mai 2017 avaient été récupérés à
partir des ordinateurs que J.________ et A.________ utilisaient alors qu'ils
étaient employés de L.________ ou sur le serveur central de L.________.
Dans le cadre de son mandat, P.SRL avait en effet analysé trois
ordinateurs qui étaient propriété de L.. Elle avait effectué des
opérations dites de data-carving, soit une technique forensique qui
permettait de reconstituer des fichiers informatiques. Elle avait effectué
une copie-image du contenu du disque dur de chacun des ordinateurs en
utilisant le logiciel forensique « Guymager », lequel permettait d'exclure
l'altération du disque d'origine. Elle s’était limitée à effectuer des copies-
images des trois ordinateurs au moyen du logiciel « Guymager » et à
extraire et analyser les données présentes sur les serveurs respectifs de
ces appareils. Toutes les données collectées par P.SRL pour le
compte de L. auraient été des données qui se présentaient sur les
serveurs des trois ordinateurs en question ou sur le serveur central de
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6 -
L., et non pas des données présentes sur des services externes de
webmail ou de cloud. Ni L., ni P.SRL n'aurait accédé aux
comptes de messagerie privée de J. et d’A.________ en violant
d'une quelconque manière les codes d'accès, en particulier mots de passe,
des prénommés. En outre, L.________ n’aurait pas manipulé le contenu des
courriers électroniques produits. L'apparence des courriers électroniques
variait en fonction du type d'impression, de la police d'impression et/ou
des réglages du logiciel. L.________ aurait donc accédé licitement aux
courriers électroniques qu'elle avait produits en annexe à sa plainte
pénale et à son courrier du 23 mai 2017 pour les motifs que tous les
courriers électroniques et fichiers reconstitués l'auraient été à partir des
ordinateurs professionnels utilisés par les intéressés mais dont L.________
était l'unique propriétaire, que la reconstitution des courriers électroniques
et fichiers à partir des ordinateurs professionnels qu'utilisaient les
intéressés aurait été nécessaire pour les besoins de L.________ compte
tenu du refus, pendant près de trois mois, de J.________ de restituer à cette
dernière les documents dont il était en possession à son départ et que la
reconstitution des courriers électroniques et fichiers aurait été réalisée
alors que J.________ avait été libéré de son obligation de travailler par
L.. A. n’était, quant à lui, plus employé de L.________ depuis
le 1
er
février 2016 déjà. Sur la base de ce qui précède, L.________ s’est
opposée au retranchement des courriers électroniques produits en annexe
à sa plainte pénale et à son courrier du 23 mai 2017.
B.Par ordonnance du 14 juillet 2017, le Ministère public a
ordonné le retranchement des pièces 4/9, 4/11, 4/12, 4/13, 4/14, 4/15,
4/16, 4/17, 4/18, 4/19, 4/20, 4/21, 4/22, 4/23, 4/24, 4/26, 4/27, 4/28, 4/29,
4/30, 4/31, 4/32, 4/33, 4/34, 4/35, 4/36, 4/37, 4/38, 4/39, 4/40, 4/43, 4/45,
4/46, 4/49, 4/50, 4/51, 4/52, 4/53, 20/22, 20/23, 20/26, 20/27, 20/34,
20/38, 20/39, 20/40, 20/41, 20/42, 20/43, 20/44, 20/46, 20/48, 20/49,
20/50 et 20/51 dès cette ordonnance exécutoire (I), a dit que les pièces
4/41, 4/42, 20/11, 20/13, 20/16, 20/17, 20/18, 20/19, 20/20, 20/21, 20/24,
20/25, 20/28, 20/29, 20/30, 20/31, 20/33 et 20/35 étaient maintenues au
dossier (II) et a dit que les frais suivaient le sort de la cause (III).
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7 -
Le procureur a d’abord retenu que les manipulations ou
modifications de pièces alléguées par les prévenus, qui n’emportaient pas
la conviction au contraire des explications de la plaignante, ne justifiaient
pas le retranchement de ces pièces.
Le procureur a ensuite examiné si les courriels avaient été
obtenus licitement ou non par L.. Pour ce faire, il a d’abord
distingué les données primaires des données secondaires des courriers
électroniques, les premières permettant de connaître tant l’activité que le
contenu de celle-ci, les secondes permettant de savoir qui avait fait quoi.
Selon le procureur, il était douteux qu’une analyse des données primaires
puisse être licite. Quant à l’analyse des données secondaires, elle
nécessitait un motif justificatif. Or, L. n’avait allégué aucun motif
l’ayant conduite à analyser les appareils utilisés par A..
L’extraction des courriels de ce dernier par L. devait dès lors être
qualifiée d’illicite. Quant aux motifs l’ayant conduite à analyser les
appareils utilisés par J., ils n’étaient pas pertinents, dès lors que le
prénommé avait finalement restitué le matériel détenu, que les
documents originaux recherchés par la plaignante ne pouvaient, par
définition, se trouver sur un ordinateur et que les soupçons en lien avec
des versements intervenus en faveur de la société V. étaient sans
lien avec cette enquête. Par conséquent, l’extraction des courriels des
ordinateurs de J.________ devait être qualifiée d’illicite.
Il convenait, conséquemment, d’examiner si l’autorité pénale
aurait pu, de son côté, recueillir ces informations et si, cumulativement,
une pesée des intérêts aurait justifié leur exploitation. Or, une perquisition
suivie d’une extraction forensique pour obtenir les éléments figurant dans
les ordinateurs des deux intéressés n’aurait pu, s’agissant d’une mesure
de contrainte, être ordonnée que moyennant l’existence de soupçons
suffisants. La plaignante ne nourrissait toutefois pas de soupçon avant la
réception du rapport établi par P.________SRL. L’autorité pénale n’aurait
donc pas non plus pu disposer d’éléments justifiant l’ouverture d’une
instruction pénale. Une perquisition dans un tel contexte aurait à
-
8 -
l’évidence été qualifiée de fishing expedition. Il s’ensuivait que les
courriels extraits illicitement par L.________ étaient inexploitables.
L’exception de l’art. 141 al. 2 CPP n’était pas non plus réalisée, les
infractions prévues aux art. 162 CP et 23 al. 1 LCD ne pouvant être
qualifiée de graves.
Le procureur a ainsi procédé au retranchement des courriels
des prévenus et des fichiers qui y étaient attachés, lesquels
s’apparentaient aux annexes d’une correspondance postale. Il a en
revanche maintenu au dossier les pièces adressées à ou par d’actuels
représentants de L., soit [...], [...] ou [...], la plaignante étant
légitimée à connaître le contenu de ces messages.
C.a) Par acte du 26 juillet 2017, L., par ses conseils, a
recouru auprès de la Chambre des recours pénale contre cette
ordonnance, en concluant, avec suite de frais et dépens, à son annulation,
les pièces n° 4/9, 4/11, 4/12, 4/13, 4/14, 4/15, 4/16, 4/17, 4/18, 4/19, 4/20,
4/21, 4/22, 4/23, 4/24, 4/26, 4/27, 4/28, 4/29, 4/30, 4/31, 4/32, 4/33, 4/34,
4/35, 4/36, 4/37, 4/38, 4/39, 4/40, 4/43, 4/45, 4/46, 4/49, 4/50, 4/51, 4/52,
4/53, 20/22, 20/23, 20/26, 20/27, 20/34, 20/38, 20/39, 20/40, 20/41, 20/42,
20/43, 20/44, 20/46, 20/48, 20/49, 20/50 et 20/51 étant maintenues au
dossier. Elle a en outre requis que l’effet suspensif soit accordé à son
recours.
b) Par ordonnance du 28 juillet 2017, le Juge présidant la
Chambre des recours pénale a admis la requête d’effet suspensif
présentée par la recourante.
c) Dans ses déterminations du 8 août 2017, complétées le 18
août 2017, J.________ a conclu implicitement au rejet du recours déposé
par L.________. Il a en outre produit des pièces.
Par acte du 14 août 2017, le Ministère public a indiqué qu’il
n’entendait pas déposer de déterminations.
-
9 -
Dans ses déterminations du 23 août 2017, X.________ s’en est
remis à justice sur le sort du recours. Il a néanmoins contesté un élément
de fait pour éviter qu’on puisse lui opposer ultérieurement une absence de
réaction, respectivement un consentement présumé sur l’allégation en
question.
Dans ses déterminations du 25 août 2017, A.________ a conclu
implicitement au rejet du recours déposé par L..
Le 4 septembre 2017, L. a répliqué.
Par acte du 6 septembre 2017, le Ministère public s’est
spontanément déterminé sur les écritures précitées et a produit des
pièces.
Le 19 septembre 2017, L.________ s’est encore déterminée.
E n d r o i t :
1.Interjeté dans le délai légal contre une décision du Ministère
public (art. 393 al. 1 let. a CPP), par une partie qui a qualité pour recourir
selon l’art. 382 al. 1 CPP en matière de retranchement de preuves tenues
pour obtenues illicitement (CREP 19 janvier 2015/41 consid. 1 ; CREP 18
février 2014/129 consid. 1) et dans les formes prescrites (art. 385 al. 1
CPP), le recours de L.________ est recevable.
2.1La recourante invoque d’abord une constatation incomplète et
erronée des faits.
2.2Selon l’art. 393 al. 2 CPP, le recours peut être formé pour
violation du droit, y compris l’excès et l’abus du pouvoir d’appréciation, le
-
10 -
déni de justice et le retard injustifié (let. a), pour constatation incomplète
ou erronée des faits (let. b) – la constatation des faits étant incomplète
lorsque des faits pertinents, dûment établis par les actes du dossier, n’ont
pas été pris en considération, et erronée lorsque des faits constatés sont
contredits formellement par les actes du dossier (Pitteloud, Code de
procédure pénale suisse [CPP], Commentaire à l’usage des praticiens,
Zurich/St-Gall 2012, n. 1153) –, ainsi que pour inopportunité (let. c).
2.3En l’espèce, la recourante soutient que le Ministère public
aurait méconnu le contexte dans lequel elle a procédé à l’analyse
nominale des ordinateurs de J.________ et d’A.________ et du serveur central
de l’entreprise, ainsi que le fait que certaines pièces dont il a ordonné le
retranchement avaient été adressées par ou à des employés ou
actionnaires de L.________, lesquels les auraient remis volontairement à la
recourante. Toutefois, même à supposer que de telles violations soient
établies, la Cour de céans a toute latitude pour compléter d’office les faits
à l’appui de sa décision, dès lors qu’elle dispose d'un pouvoir d'examen
complet en fait et en droit. On répondra ainsi ci-après aux divers griefs
que la recourante soulève dans son mémoire de recours.
3.La recourante invoque une violation des art. 328b CO (Code
des obligations; RS 220) et 13 LPD (loi fédérale du 19 juin 1992 sur la
protection des données ; RS 235.1).
3.2
3.2.1Aux termes de l’art. 141 CPP, les preuves administrées en
violation de l'art. 140 CPP – hypothèse non réalisée en l’espèce - ne sont
en aucun cas exploitables. Il en va de même lorsque le code dispose
qu’une preuve n’est pas exploitable (al. 1). Les preuves qui ont été
administrées d'une manière illicite ou en violation de règles de validité par
les autorités pénales ne sont pas exploitables, à moins que leur
exploitation soit indispensable pour élucider des infractions graves (al. 2).
Les preuves qui ont été administrées en violation de prescriptions d'ordre
sont exploitables (al. 3). Si un moyen de preuve est recueilli grâce à une
preuve non exploitable au sens de l'al. 2, il n'est pas exploitable lorsqu'il
-
11 -
n'aurait pas pu être recueilli sans l'administration de la première preuve
(al. 4). Les pièces relatives aux moyens de preuves non exploitables
doivent être retirées du dossier pénal, conservées à part jusqu'à la clôture
définitive de la procédure, puis détruites (al. 5).
Le code de procédure pénale ne règle pas la question des
preuves interdites recueillies non par l’autorité, auquel cas s’appliquent
les art. 140 et 141 CPP, mais par des particuliers. Selon le Tribunal fédéral,
les preuves obtenues illicitement par les personnes privées ne sont
exploitables que si, cumulativement, elles auraient pu être recueillies par
les autorités pénales et qu’une pesée des intérêts justifie leur exploitation
(TF 1B_22/2012 du 11 mai 2012 consid. 2.4; TF 6B_323/2013 du 3 juin
2013 consid. 3.4; TF 6B_983/2013 du 24 février 2014 consid. 3.2; JdT 2014
III 38). Tel n’est, par exemple, pas le cas d’une vidéo tournée sans
l’assentiment de la personne privée, de tels événements ne pouvant être,
au moment de leur commission, filmés par l’autorité pénale (TF
1B_22/2012 du 11 mai 2012 consid. 2.4).
3.2.2L’art. 328b CO prévoit que l'employeur ne peut traiter des
données concernant le travailleur que dans la mesure où ces données
portent sur les aptitudes du travailleur à remplir son emploi ou sont
nécessaires à l'exécution du contrat de travail; en outre, les dispositions
de la LPD sont applicables. La protection prévue à cette disposition
s’exerce non seulement pendant les rapports de travail mais également
après la fin de ceux-ci, sans limitation de temps (ATF 131 V 298).
Les données générées lors de l’utilisation d’Internet et du
courrier électronique sont généralement considérées comme des données
personnelles au sens de la LPD (cf. Préposé fédéral à la protection des
données et à la transparence, Guide relatif à la surveillance de l’utilisation
d’Internet et du courrier électronique au lieu de travail, Berne, édité en
septembre 2013, mais modifié en dernier lieu le 11 avril 2014
[http://www.edoeb.admin.ch/datenschutz/00628/00629/00634/
index.html?lang=fr], ch. 2 in fine). L’analyse de ces fichiers constitue un
-
12 -
traitement de données personnelles au sens de l’art 3 let. e LPD, à tout le
moins lorsqu’il n’y a pas eu d’anonymisation préalable (op. cit., ch. 3).
Quiconque traite des données personnelles ne doit pas porter
une atteinte illicite à la personnalité des personnes concernées (art. 12 al.
1 LPD). Personne n’est notamment en droit de traiter des données contre
la volonté expresse de la personne concernée sans motifs justificatifs (art.
12 al. 2 let. b LPD). Une atteinte à la personnalité est illicite à moins d'être
justifiée par le consentement de la victime, par un intérêt prépondérant
privé ou public, ou par la loi (art. 13 al. 1 LPD).
3.2.3Afin de protéger de manière adéquate le droit de l’employé au
respect de sa vie privée et de sa correspondance garanti par l’art. 8 CEDH
(Convention du 4 novembre 1950 de sauvegarde des droits de l'homme et
des libertés fondamentales ; RS 0.101), lorsqu’un employeur prend des
mesures pour surveiller les communications électroniques de ses
employés, il doit veiller à ce que ces mesures s’accompagnent de
garanties adéquates et suffisantes contre les abus. Pour apprécier si une
mesure donnée est proportionnée au but poursuivi et si l’employé
concerné est protégé contre l’arbitraire, il faut vérifier si l'employé a été
informé de la possibilité que son employeur puisse prendre des mesures
pour surveiller sa correspondance et ses autres communications, ainsi que
de la mise en place de telles mesures. Pour que ces mesures puissent être
jugées conformes aux exigences de l'art. 8 CEDH, la notification doit
indiquer clairement la nature de la surveillance et être faite à l'avance. Il
faut aussi vérifier l'étendue de la surveillance effectuée par l'employeur
ainsi que le degré d'intrusion dans la vie privée de l'employé. A cet égard,
il convient d'opérer une distinction entre la surveillance du flux des
communications et celle de leur contenu. Il importe également de se
demander si toutes les communications ou seulement une partie d'entre
elles ont été surveillées, et de déterminer si la surveillance a été limitée
dans le temps ou concernant le nombre de personnes ayant accès aux
résultats. Il faut en outre vérifier si l'employeur a indiqué des raisons
légitimes pour justifier la surveillance des communications et l'accès à leur
contenu même. La surveillance du contenu des communications
-
13 -
constituant une méthode nettement plus intrusive, elle requiert une
justification plus sérieuse. Il faut également vérifier s'il aurait été possible
de mettre en place un système de surveillance reposant sur des moyens
et des mesures moins intrusifs que l'accès direct au contenu des
communications de l'employé. Les autorités devraient apprécier à la
lumière des circonstances propres à chaque affaire si l'employeur aurait
pu atteindre le but qu'il poursuivait sans prendre directement
connaissance de l'intégralité du contenu des communications de
l'employé. Il faut encore vérifier les conséquences de la surveillance pour
l'employé concerné ainsi que l'utilisation qui a été faite par l'employeur
des résultats de l'opération de surveillance, et en particulier si ces
résultats ont servi à atteindre le but déclaré de la mesure en cause. Enfin,
il faut vérifier si le salarié a bénéficié de garanties adéquates, en
particulier lorsque les opérations de surveillance mises en œuvre par
l'employeur présentaient un caractère intrusif. Ces garanties devraient en
particulier permettre d'empêcher que l'employeur puisse accéder au
contenu même des communications concernées sans que l'employé n'ait
été préalablement averti d'une telle éventualité (arrêt du 5 septembre
2017 de la Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme
dans l’affaire Bᾰrbulescu c. Roumanie [requête n° 61496/08]).
3.3
3.3.1La recourante soutient que l’accès de l’employeur à la
messagerie professionnelle d’un employé serait dans tous les cas autorisé.
La recourante ne peut être suivie dans son raisonnement. On
ne saurait en effet exclure l’utilisation de la messagerie professionnelle
pour l’exercice de la vie privée sociale sur le lieu de travail. Les
communications électroniques d’un employé par le biais de la messagerie
professionnelle sont donc couvertes par le droit au respect de la vie privée
et de la confidentialité de la correspondance. L’employeur qui entend
surveiller les communications électroniques de son employé et avoir accès
à leur contenu doit respecter les principes juridiques applicables en la
matière.
-
14 -
3.3.2La recourante soutient pouvoir se prévaloir du consentement
de J., lequel lui aurait expressément indiqué que les documents et
informations recherchés se trouvaient sur les ordinateurs portables, le
serveur central de L. et les courriers électroniques.
Or, il n’est nullement établi que J.________ aurait donné son
consentement à la reconstitution des courriels incriminés qu’il avait
détruits. La société P.SRL a d’ailleurs agi exclusivement sur
mandat de la plaignante, soit sur instruction du seul ex-employeur, à l’insu
de l’employé. Il n’est pas établi non plus qu’un règlement d’entreprise
aurait autorisé ce genre de contrôle.
3.3.3La recourante soutient que le Ministère public aurait omis à
tort de tenir compte des courriers électroniques envoyés par ou à [...] et à
[...], employés de L.. Ces courriers auraient été remis à la
recourante avec leur accord et auraient donc été obtenus de manière
licite. Pour ce motif, les pièces 4/40, 4/43, 20/27 et 30/34 devraient être
maintenues au dossier.
On doit admettre avec la recourante qu’elle était légitimée à
connaître le contenu des messages qui ont été adressés à ou par des
représentants de la société L., à savoir, selon l’extrait du Registre
du commerce, [...], [...] et [...]. En conséquence, la pièce 4/43, soit un
courrier électronique de [...] à [...] du 29 septembre 2015, doit être
maintenue au dossier. Le recours doit donc être admis sur ce point et
l’ordonnance attaquée réformée dans ce sens.
En revanche, il ne résulte pas de l’extrait du Registre du
commerce qu’ [...], dont on ignore tout, soit un représentant de L..
La recourante ne fait référence à aucune pièce ni n’établit que le
prénommé aurait donné son accord pour que la recourante soit légitimée
à lire le contenu des messages résultant des pièces 4/40, 20/27, 20/34.
Par conséquent, il n’y a pas lieu d’ordonner le maintien de ces pièces au
dossier.
-
15 -
3.3.4La recourante soutient que ce serait à tort que le Ministère
public a retenu que la pièce 20/51 avait été obtenue illicitement, dès lors
que le courrier électronique en question aurait été envoyé en copie cachée
à [...], actionnaire de L..
Or, ici encore, la recourante n’établit pas que [...] aurait donné
son accord pour que la recourante soit légitimée à lire le contenu du
message litigieux. En outre, la pièce nouvelle produite par la recourante à
l’appui de son recours (p. 35/2/2) n’est pas dans la langue de la procédure,
alors que l’attention de la plaignante avait déjà été portée sur le fait que la
langue de la procédure était le français (art. 16 LVCPP [Loi vaudoise
d’introduction du Code de procédure pénale suisse du 19 mai 2009; RSV
312.01]) et que les pièces en langue étrangère dont elle souhaitait qu’il
soit tenu compte devaient être traduites (cf. P. 6). On peut donc se poser
la question de la recevabilité de cette pièce. Quoi qu’il en soit, celle-ci ne
permet pas en l’état d’établir que le courriel litigieux a été envoyé en
copie cachée à [...], dans la mesure où elle comporte des indications
techniques qui nécessitent une instruction. La décision de retrancher la
pièce 20/51 du dossier doit donc être confirmée.
3.3.5La recourante soutient que les pièces 4/30, 4/31 et 4/32 ne
constitueraient pas des fichiers électroniques obtenus de manière illicite,
dès lors qu’ils étaient présents sur le disque dur des ordinateurs portables
professionnels que L. avait mis à disposition de J.________ et
A.________ pour un usage professionnel.
En l’espèce, il n’apparaît pas que les pièces précitées
constituent des courriels ou des annexes à des courriels, dont l’accès est
protégé par un mot de passe. Il s’agit de correspondances adressées
certes à A.________ personnellement, mais dont on peut d’emblée
constater qu’elles concernent le domaine professionnel. On ne saurait dès
lors considérer que ces fichiers ont été obtenus illicitement. Les pièces
4/30, 4/31 et 4/32 doivent ainsi être maintenues au dossier. Le recours
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16 -
doit donc être admis sur ce point et l’ordonnance attaquée réformée dans
ce sens.
3.3.6Pour le surplus, la recourante soutient qu’en considérant
qu’elle n’était pas autorisée à accéder aux messages professionnels de
J.________ et d’A., sans procéder à la pesée des intérêts en
présence, le Ministère public aurait gravement méconnu le droit de
l’employeur de contrôler l’activité et les prestations de son personnel afin
de s’assurer que celui-ci exécute son travail avec diligence et fidélité (art.
321a CO) et aurait fait abstraction de l’obligation de rendre compte et de
restitution (art. 321b CO) à laquelle les prénommés étaient soumis vis-à-
vis de L.. La recourante soutient encore que l’analyse et
l’extraction des courriers électroniques des prévenus étaient justifiées par
l’intérêt prépondérant privé de L.________ à recouvrer l’intégralité de la
documentation et des informations concernant ses relations
commerciales. Elle avait en outre un intérêt privé prépondérant à
s’assurer que ni J.________ ni A.________ n’avait agi contre ses intérêts.
Enfin, la recourante soutient que l’analyse forensique des ordinateurs et
des courriers électroniques, professionnels et privés, des prénommés
respecterait le principe de proportionnalité.
En l’occurrence, s’agissant d’abord d’A., rien ne
permet de supposer que la recourante nourrissait des soupçons à l’égard
de son ex-employé lorsqu’elle a décidé d’accéder à sa messagerie. En
effet, dans son courrier du 10 juillet 2017, L. a expliqué les
éléments suivants : ensuite de la résiliation de son contrat de travail,
J.________ avait été invité à restituer les objets et documents appartenant à
L.________ dont il était encore en possession ; plusieurs mises en demeure
lui avaient été adressées, sans succès ; il était en particulier requis de
restituer un ordinateur portable appartenant à L.________ et plusieurs
exemplaires originaux d'accords de confidentialité et contrats signés par
L.________ avec des partenaires commerciaux ; de fait, c'était seulement le
lundi 14 mars 2016 qu'une partie des objets et documents en main de
J.________ avaient été restitués à L.________; dès lors, entre le 16 novembre
2015, date de la démission du prénommé, et le 14 mars 2016, soit
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pendant quatre mois, L.________ avait été privée d'une part conséquente
d'objets et de documents nécessaires à la bonne marche de l'entreprise ;
de plus, malgré la restitution par J.________ de certains documents et
objets, L.________ craignait que ce dernier ne lui ait pas restitué
l'intégralité de ce qui lui appartenait ; à titre d'exemple, L.________ n'avait
jamais retrouvé les exemplaires orignaux des accords de confidentialité et
contrats conclus par L.; J. avait affirmé ne pas être en
possession de ces documents pourtant signés alors qu'il dirigeait la
société ; dans ce contexte, L.________ craignait que d'autres documents
dont elle ignorait l'existence lui soient dissimulés par J.; en
parallèle, L. avait commencé à faire des découvertes concernant
des activités douteuses de J.; elle avait notamment découvert des
factures d'une société italienne V. dont elle ignorait l'existence ;
malgré plusieurs demandes adressées à J., L. n'avait pas
reçu de réponses aux demandes de renseignement à ce sujet l'amenant à
soupçonner que J.________ cherchait à lui cacher des informations ou
documents ; de fait, il s'était avéré par la suite que les factures de
V.________ avaient été payées sur un compte appartenant à J.________ et
son épouse et non pas à la prétendue société V.; c’était dans ce
contexte qu'une analyse des ordinateurs de J. et d’A.________
s’était avérée nécessaire ; L.________ avait en effet dû prendre toutes les
mesures nécessaires pour assurer la continuité de son activité malgré le
fait que J.________ refusait de lui remettre les documents encore en sa
possession. Sur la base de ce qui précède, force est de constater qu’il n’y
avait aucun élément préexistant à la découverte des fichiers qui aurait été
relatifs à une infraction commise par A.. Les prétendus
« troublants » courriers dont se prévaut la recourante dans son recours (P.
20/32, 20/34 et 20/25), concernant le développement du boîtier track-box
[...] par [...], ne permettent pas d’aboutir à une appréciation différente.
L’accès au contenu même des communications électroniques requiert une
justification plus sérieuse, soit des indices concrets. Des sentiments
vagues, des impressions ou le simple manque de confiance vis-à-vis d’un
employé ne suffisent pas. Il est donc exclu d’attribuer aux recherches
informatiques de la recourante le but légitime d’établir l’existence de
soupçons à l’encontre d’A.. Il s’ensuit, faute de motifs justificatifs,
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que les messages ainsi mis à jour ont été obtenus illicitement, soit en
violation de la LPD. Enfin, même à supposer que L.________ puisse faire
valoir un intérêt privé, les démarches qu’elle a entreprises à l’encontre
d’A.________ ne sont pas conformes à l’art. 8 CEDH, pour les mêmes motifs
que ceux exposés ci-après à l’égard de J., qui sont valables
mutatis mutandis pour A..
S’agissant ensuite de J., en pondérant les intérêts en
jeu, soit, d’une part, le droit du prénommé au respect de sa vie privée et
de sa correspondance et, d’autre part, le droit de la recourante à prendre
des mesures destinées à assurer le bon fonctionnement de l’entreprise, on
parvient à la conclusion que la surveillance des communications
électroniques de J., en particulier l’accès de L.________ au contenu
même des courriels qui avaient été détruits par le prénommé, n’est pas
conforme à l’art. 8 CEDH.
En effet, J.________ n’a jamais été informé du fait que L.________
puisse prendre des mesures pour surveiller sa messagerie privée ou
professionnelle. Le fait que les courriels professionnels puissent être
stockés sur un serveur ou archivés vers une adresse électronique ne
signifie pas que l’employeur ait signifié clairement à ses employés la
possibilité de prendre des mesures pour surveiller leur messagerie. La
notification doit être claire et faite à l’avance. Par ailleurs, L.________ ne
s’est pas limitée dans ses investigations. Elle a analysé le contenu de tout
ce qu’elle avait à disposition, sans même distinguer la messagerie privée
et professionnelle des prévenus. La recourante a motivé sa démarche
d’extraire le contenu de tous les courriels de J., au vu du refus de
ce dernier de restituer les objets lui appartenant, dont il était en
possession à son départ. En particulier, elle semble faire grand cas du
refus de J., pendant près de trois mois, de restituer un ordinateur.
Toutefois, il n’apparaît pas qu’une plainte pénale ait été déposée pour ces
faits. Il en va de même s’agissant des doutes allégués par la recourante en
lien avec des versements effectués en faveur de la société V.________.
Quoi qu’il en soit, cette société est sans lien avec les infractions
reprochées aux prévenus. A cela s’ajoute qu’une convention a été signée
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notamment par J.________ et L.________ le 15 juin 2016, soit avant la
reddition du rapport établi par P.SRL, dont il ressort que L.
renonce à toutes prétentions à l’encontre de J.________ et de son épouse
au titre des factures émises notamment par la société V.________ (p. 37/1,
p. 2). Dans ces circonstances, l’impression de la recourante que J.________
cherchait à lui dissimuler certaines activités, en se fondant sur le refus de
ce dernier de restituer les informations et documents requis, ne permet
pas de justifier des mesures aussi intrusives que l’accès à l’intégralité du
contenu des communications privées et professionnelles de J.,
retrouvées sur tous les ordinateurs utilisés par ce dernier, ainsi que sur le
serveur de L., sans que ce dernier n’ait été préalablement averti
de l’éventualité d’une telle démarche. L.________ aurait pu prévoir un
règlement d’entreprise autorisant ce genre de contrôle. Par conséquent,
L.________ n’a pas accompagné les mesures qu’elle a prises par des
garanties adéquates et suffisantes contre les abus, respectivement n’a
pas protégé de manière adéquate le droit de J.________ au respect de sa
vie privée et de sa correspondance garanti par l’art. 8 CEDH.
Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent, on doit
admettre avec le procureur que l’extraction des courriels de J.________ et
d’A.________ doit être qualifiée d’illicite.
Enfin, la recourante ne conteste pas, à juste titre, que
l’autorité pénale n’aurait pas pu, de son côté, recueillir ces informations, ni
que les infractions reprochées au prévenu ne sont pas des infractions
graves.
3.3.7Au vu de l’ensemble des considérations qui précèdent,
l’ordonnance de retranchement de pièces est bien fondée, à l’exception
du retranchement des pièces 4/30, 4/31, 4/32 et 4/43, qui doivent être
maintenues au dossier.
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4.En définitive, le recours doit être partiellement admis et
l’ordonnance attaquée réformée dans le sens des considérants qui
précèdent.
Les frais de la procédure de recours, constitués en l’espèce du
seul émolument d’arrêt, par 2’090 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [Tarif des frais de
procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010 ; RSV
312.03.1]), seront mis par neuf dixièmes, soit par 1'881 fr., à la charge de
la recourante, qui succombe dans une très large mesure (art. 428 al. 1
CPP), le solde étant laissé à la charge de l’Etat.
La recourante, qui a très partiellement obtenu gain de cause et
qui a procédé avec l'assistance d’un conseil de choix, a droit à une
indemnité pour les dépenses occasionnées dans la procédure de recours
au sens de l’art. 433 CPP, applicable par renvoi de l’art. 436 al. 1 CPP (TF
6B_1065/2015 du 15 septembre 2016 consid. 3.2). Dix heures d’activité
seront retenues, sur la base d’un tarif horaire de 300 fr. (art. 26a al. 3
TFIP), soit un montant de 3’000 fr., plus un montant correspondant à la
TVA – étant rappelé que si les indemnités au sens des art. 429 ss CPP ne
sont pas soumises à la TVA (art. 18 al. 2 let. i LTVA [loi fédérale régissant
la taxe sur la valeur ajoutée ; RS 641.20]), il convient de tenir compte du
fait que les honoraires payés par la partie à son avocat sont quant à eux
soumis à la TVA (CREP 19 mars 2015/91 consid. 3.1.2) –, par 240 fr. , soit
un total de 3'240 francs. Cette indemnité sera toutefois réduite de neuf
dixièmes dans la mesure où L.________ n’a que très partiellement obtenu
gain de cause sur son recours. C’est donc un montant de 324 fr. qui doit
être alloué à la recourante, à la charge de l’Etat (art. 428 al. 1 CPP ;
Mizel/Rétornaz, in : Kuhn/Jeanneret [éd.], Commentaire romand, Code de
procédure pénale suisse, Bâle 2011, n. 1 ad art. 436 CPP ; Schmid,
Schweizerische Strafprozessordnung, Praxiskommentar, 2e éd., Zurich St-
Gall 2013, n. 1 ad art. 436 CPP).
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21 -
Par ces motifs,
la Chambre des recours pénale
prononce :
I. Le recours est partiellement admis.
II. L’ordonnance du 14 juillet 2017 est réformée en ce sens que
les pièces 4/30, 4/31 et 4/32 et 4/43 sont maintenues au
dossier.
L’ordonnance est confirmée pour le surplus.
III. Les frais d’arrêt, par 2’090 fr. (deux mille nonante francs), sont
mis par neuf dixièmes à la charge de la recourante, soit par
1'881 fr. (mille huit cent huitante-et-un francs), le solde étant
laissé à la charge de l’Etat.
IV. Une indemnité de 324 fr. (trois cent vingt-quatre francs) est
allouée à L.________ pour la procédure de recours, à la charge
de l’Etat.
V. L’arrêt est exécutoire.
Le vice-président : La greffière :
Du
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos,
est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-Mes Jean-Christophe Diserens et Virginie A. Rodieux, avocats (pour
L.),
-M. J.,
-M. A.,
-Me Christine Sattiva Spring, avocate (pour X.),
-Ministère public central ;
-
22 -
et communiqué à :
-M. le Procureur du Ministère public central, division criminalité
économique,
par l’envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification
de l'expédition complète (art. 100 al. 1