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TRIBUNAL CANTONAL
300
PE16.004742-ERY
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Composition : M. M A I L L A R D , président
MM. Krieger et Perrot, juges
Greffière:MmeVillars
Art. 31 CP ; 310 al. 1 let. a CPP
Statuant sur le recours interjeté le 29 mars 2016 par
X.________ contre l’ordonnance de non-entrée en matière rendue le 18
mars 2016 par le Ministère public de l’arrondissement de l’Est vaudois
dans la cause n° PE16.004742-ERY, la Chambre des recours pénale
considère :
E n f a i t :
A.Le 4 mars 2016, X.________ a déposé une plainte pénale contre
son frère A.M.________ pour abus de confiance, vol, escroquerie et gestion
déloyale.
1.1Les parties peuvent attaquer une ordonnance de non-entrée
en matière rendue par le ministère public (art. 310 CPP [Code de
procédure pénale suisse du 5 octobre 2007 ; RS 312.0]) dans les dix jours
devant l’autorité de recours (art. 310 al. 2, 322 al. 2 et 396 al. 1 CPP ; cf.
art. 20 al. 1 let. b CPP), qui dans le canton de Vaud est la Chambre des
recours pénale du Tribunal cantonal (art. 13 LVCPP [Loi d’introduction du
Code de procédure pénale suisse du 19 mai 2009 ; RSV 312.01] ; art. 80
LOJV [Loi d’organisation judiciaire du 12 décembre 1979 ; RSV 173.01]).
1.2Interjeté dans le délai légal auprès de l’autorité compétente
par la partie plaignante qui a qualité pour recourir (art. 382 al. 1 CPP), le
recours est recevable sous réserve de ce qui suit.
S’agissant d’éventuelles infractions aux art. 163 ss CP en lien
avec la faillite de la société G., X. n’a pas qualité pour
recourir. En effet, la qualité de partie est reconnue à la partie plaignante, à
savoir au lésé qui déclare expressément vouloir participer à la procédure
pénale comme demandeur au pénal ou au civil (art. 104 al. 1 let. b et 118
al. 1 CPP). Est considéré comme lésé toute personne dont les droits ont
été touchés directement par une infraction (art. 115 al. 1 CPP). Or, la
recourante n’expose pas en quoi elle aurait été lésée par les agissements
qu’elle reproche à son frère dans le cadre de la faillite de la société
G.________. Le recours est donc irrecevable sur ce point.
2.Aux termes de l'art. 310 al. 1 let. a CPP, une ordonnance de
non-entrée en matière est rendue immédiatement – c’est-à-dire sans
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qu’une instruction soit ouverte (art. 309 al. 1 et 4 CPP ; TF 1B_111/2012 du
5 avril 2012 consid. 2.1 ; Cornu, in : Kuhn/Jeanneret [éd.], Commentaire
romand, Code de procédure pénale suisse, Bâle 2011, n. 2 ad art. 310
CPP) – par le Ministère public lorsqu'il apparaît, à réception de la
dénonciation (cf. art. 301 ss CPP) ou de la plainte (Cornu, op. cit., n. 1 ad
art. 310 CPP) ou après une procédure préliminaire limitée aux
investigations de la police (art. 300 al. 1 et 306 ss CPP), que les éléments
constitutifs de l'infraction ou les conditions à l'ouverture de l'action pénale
ne sont manifestement pas réunis
(let. a), qu’il existe des empêchements de procéder (let. b) ou que les
conditions mentionnées à l’art. 8 CPP imposent de renoncer à l’ouverture
d’une poursuite pénale (let. c) (TF 1B_111/2012 du 5 avril 2012 consid. 2.1
; TF 1B_67/2012 du 29 mai 2012 consid. 2.2).
3.La recourante soutient que sa plainte du 4 mars 2016 n’est
pas tardive et requiert l’ouverture d’une instruction pénale en raison des
faits rapportés dans celle-ci. Elle fait valoir à cet égard qu’elle n’aurait eu
connaissance des versements et de l’absence de certains versements en
faveur de T.________ que le 2 mars 2016, à réception du courriel dans
lequel cette dernière faisant état de mouvements bancaires (P. 4/5), que
les comptes de la société J., dont elle était actionnaire, ne lui
aurait jamais été communiqués et que la consultation des comptes des
sociétés J. et G.________ permettrait de constater d’autres
infractions commises par son frère.
3.1Selon l’art. 31 CP, le droit de porter plainte se prescrit par trois
mois. Le délai court du jour où l’ayant droit a connu l’auteur de l’infraction.
Ce délai impératif de trois mois concerne uniquement les infractions
poursuivies sur plainte. Le délai institué par l'art. 31 CP étant un délai de
péremption, il ne peut être ni interrompu, ni prolongé (ATF 118 IV 325
consid. 2b). Selon la doctrine et la jurisprudence, le point de départ du
délai de plainte est le jour où le lésé a connaissance non seulement de
l'auteur de l'infraction, mais aussi des éléments objectifs et subjectifs de
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celle-ci (ATF 132 IV 49 consid. 3.2 in initio ; TF 6B_145/2010 du 11 mai
2010 consid. 1.3 ; Riedo, Der Strafantrag, thèse Fribourg,
Bâle/Genève/Munich 2004, pp. 444 ss).
3.2En l’espèce, la recourante a déposé une plainte pénale contre
son frère pour abus de confiance, vol, escroquerie et gestion déloyale.
Dans la mesure où A.M.________ est un proche de la plaignante au sens de
l’art. 110 al. 1 CP, toutes les infractions reprochées ne se poursuivent que
sur plainte (cf. art. 138 ch. 1 al. 4, 139 ch. 4, 146 ch. 3 et 158 ch. 3 CP).
La seule question à examiner est donc celle de savoir si le
dépôt de plainte de la recourante est intervenu dans le délai de trois mois
de l’art. 31 CP.
3.3A l’appui de sa plainte, la recourante a produit les relevés de
compte des années 2010 à 2015 de la société J., dissoute au mois
d’août 2015. A la lecture de ces documents, on constate, contrairement à
ce que soutient la recourante, qu’elle recevait régulièrement les relevés
de compte de la société J., lesquels faisaient état des mouvements
enregistrés sur le compte de la société. Il ressort de ces relevés que les
virements bancaires de la société J.________ ont cessé le 25 mars 2015,
que le dernier versement de cette société en faveur de T.________ a été
effectué le 12 janvier 2015, qu’un virement en faveur de la société
G.________ a eu lieu le 2 mars 2015 et qu’un virement en faveur
d’A.M.________ et de [...] a été fait le 25 mars 2015. Il appartenait dès lors
à la recourante, si elle avait des doutes sur la justification des opérations
effectuées sur le compte de la société J.________, de saisir sans attendre la
direction de la société aux fins d’obtenir les éléments comptables utiles et
de procéder aux vérifications que tout actionnaire d’une société peut faire.
Or, il ressort de la plainte de la recourante (P. 4) qu’elle avait constaté, au
mois de janvier 2014 déjà, que les 100 actions originales de son père
avaient disparus et que les anomalies comptables constatées concernent
des virements de 2014 et de 2015, le plus récent datant du 23 mars 2015.
La recourante a aussi admis dans sa plainte (P. 4 p. 4) qu’« il est pour le
moins frustrant de devoir à chaque virement douteux solliciter des
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explications auprès de mon frère, alors qu’en qualité d’actionnaire, j’aurais
été en droit de consulter une comptabilité ad hoc et non de devoir me
contenter de renseignements verbaux non vérifiables ». De plus, dans un
courrier adressé le 13 janvier 2016 à son frère (P. 4/12), la recourante
relevait expressément que « Depuis tant d’années et à de nombreuses
reprises, je t’ai demandé des justificatifs et des renseignements concer-
nant ta gestion des biens de notre père. ».
Il apparaît dès lors que la recourante avait effectivement une
connaissance objective non seulement de l’auteur présumé, mais aussi
des éléments constitutifs des infractions dénoncées plus de trois mois
avant le 4 mars 2016, date du dépôt de sa plainte (Dupuis et alii, Petit
commentaire du Code pénal, Bâle 2012, n. 4 ad art. 31 CP). Il en est ainsi
pour tous les actes de gestion de son frère, qu’il s’agisse de la justification
de virements bancaires, de la transformation de la signature collective en
signature individuelle d’A.M., de la vente du dépôt de leur père et
de la vente des tableaux de celui-ci, puisqu’il suffisait à la recourante de
solliciter les renseignements auxquels elle avait droit et que les
documents sur lesquelles elle se fonde datent de plus de trois mois avant
le dépôt de sa plainte.
Quant à d’autres éventuelles infractions, la recourante était la
mieux à même de documenter sa plainte, puisqu’elle était actionnaire de
la société et qu’elle avait, à ce titre, accès à tous les comptes de la société
J.. Elle ne démontre en tout cas pas que le droit panaméen dirait le
contraire (cf. art. 697 CO pour les sociétés de droit suisse).
Il s’ensuit que la décision du Ministère public de ne pas entrer
en matière sur la plainte de la recourante échappe à la critique. Envoyée
au Ministère public le 4 mars 2016, soit plus de trois mois après la
survenance des derniers faits reprochés à A.M.________, la plainte de la
recourante est manifestement tardive.
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4.En définitive, le recours, manifestement mal fondé, doit être
rejeté, dans la mesure où il est recevable, sans autres échanges
d’écritures (art. 390 al. 2 CPP) et l’ordonnance attaquée confirmée.
Les frais de la procédure de recours, constitués en l’espèce du
seul émolument d'arrêt (art. 422 al. 1 CPP), par 660 fr. (art. 20 al. 1 TFIP
[Tarif des frais de procédure et indemnités en matière pénale du 28
septembre 2010 ; RSV 312.03.1]), seront mis à la charge de la recourante,
qui succombe (art. 428 al. 1 CPP). Ils seront partiellement compensés avec
le montant de 550 fr. déjà versé par cette dernière à titre de sûretés
(art. 383 al. 1 CPP et 7 TFIP).
Par ces motifs,
la Chambre des recours pénale
prononce :
I. Le recours est rejeté dans la mesure où il est recevable.
II. L’ordonnance du 18 mars 2016 est confirmée.
III. Les frais d’arrêt, par 660 fr. (six cent soixante francs), sous
déduction du montant de 550 fr. (cinq cent cinquante francs)
versé à titre de sûretés, sont mis à la charge de la recourante
X..
IV. L’arrêt est exécutoire.
Le président : La greffière :
Du
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos,
est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-Mme X.,
-Me Habib Tabet (pour A.M.________),
-Ministère public central,
et communiqué à :
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-M. le Procureur de l’arrondissement de l’Est vaudois,
par l’envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification
de l'expédition complète (art. 100 al. 1