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TRIBUNAL CANTONAL
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AP16.006264-CMD
C H A M B R E D E S R E C O U R S P E N A L E
Arrêt du 25 mai 2016
Composition : M. M A I L L A R D , président
MM. Krieger et Abrecht, juges
Greffière:MmeFritsché
Art. 86 al. 2 CP
Statuant sur le recours interjeté le 11 mai 2016 par F.________
contre l’ordonnance de refus de libération conditionnelle rendue le 29 avril
2016 par la Juge d’application des peines dans la cause n° AP16.006264-
CMD, la Chambre des recours pénale considère :
E n f a i t :
A.F.________ purge actuellement les peines privatives de liberté
suivantes :
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50 jours, peine prononcée le 14 mars 2013 par le Ministère
public de l’arrondissement de Lausanne pour infraction à la Loi fédérale
sur les étrangers ;
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-
100 jours, peine prononcée le 27 mars 2014 par le Ministère
public de l’arrondissement de Lausanne, pour infraction à la Loi fédérale
sur les étrangers ;
-
15 mois, sous déduction de 323 jours de détention avant
jugement et de 13 jours à titre de réparation pour tort moral,
correspondant à la partie ferme de la peine de 30 mois prononcée le 23
septembre 2015 par le Tribunal correctionnel de l’arrondissement de
Lausanne, pour blanchiment d’argent, infraction grave à la Loi fédérale sur
les stupéfiants et infraction à la Loi fédérale sur les étrangers.
F.________ exécute ses condamnations depuis le 23 septembre
- Il a atteint les deux tiers de ses peines le 1
er
mai 2016.
Le casier judiciaire suisse de F.________ mentionne encore une
condamnation prononcée le 16 novembre 2012 par le Ministère public de
Lausanne à une peine de 30 jours-amende avec sursis, pour infraction à la
Loi fédérale sur les stupéfiants et infraction à la Loi fédérale sur les
étrangers.
b) Dans sa saisine du 31 mars 2016, l’Office d’exécution des
peines (ci-après OEP) a proposé d’accorder la libération conditionnelle à
F.. Il s’est référé aux informations obtenues de l’Amt für Migration
und Integration du canton d’Argovie, qui a fait savoir qu’une procédure
d’asile était pendante auprès du Secrétariat d’Etat aux Migrations (SEM) et
qu’aucune décision en la matière n’avait encore été rendue. L’OEP a
relevé que l’intéressé exécutait pour la première fois une peine privative
de liberté, à tout le moins en Suisse, ce qui ne devait pas l’avoir laissé
indifférent. Il a ajouté que l’exécution des peines jusqu’à leur terme
n’amènerait guère de changement et que le solde de peine qui devrait
être exécuté en cas de révocation d’une libération conditionnelle ainsi que
la possibilité d’une révocation du sursis partiel accordé à F. par
jugement du 23 septembre 2015 du Tribunal correctionnel de Lausanne
étaient susceptibles d’exercer un certain effet de prévention sur le
condamné. Enfin, l’OEP a précisé que, dans l’intervalle, en cas de refus de
la demande d’asile et d’une décision de renvoi de l’intéressé de Suisse, il
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conviendrait d’ordonner l’élargissement anticipé au jour de sa prise en
charge par les autorités compétentes assurant son départ de Suisse (P. 3).
c) Le 19 avril 2016, F.________ a été entendu par la Juge
d’application des peines. Il a admis avoir travaillé illégalement et avoir
vendu de la cocaïne, mais a contesté l’avoir fait durant deux ans,
relativisant les quantités de drogues vendues et précisant qu’il n’avait
jamais vécu de ce « commerce » et que son argent provenait des emplois
qu’il occupait parfois dans des restaurants. Il a déclaré qu’il refusait de
quitter la Suisse en raison de problèmes de santé. Il a encore indiqué qu’à
sa libération, il pourrait obtenir un emploi dans une pizzeria où il avait
déjà travaillé au noir par le passé. Enfin, il a déclaré que sa peine lui avait
permis de réfléchir et qu’il était conscient du fait que presque 17 mois de
détention étaient actuellement suspendus dans le cadre du sursis partiel
qui lui avait été accordé.
d) Le 20 avril 2016, le Ministère public s’est intégralement
rallié au préavis de l’OEP et a émis un préavis favorable à la libération
conditionnelle de F..
B.Par ordonnance du 29 avril 2016, la juge d’application des
peines a refusé la libération conditionnelle à F. (I) et a laissé les
frais de cette ordonnance à la charge de l’Etat (II). Elle a considéré en
substance qu’en cas de libération, l’intéressé se retrouverait dans la
même situation que celle qui prévalait lors des faits qui lui avaient valu
ses condamnations, soit sans activité licite, ce qui faisait craindre une
récidive, notamment en matière de stupéfiants, de sorte que le pronostic
était défavorable.
C.Par acte du 11 mai 2016, F.________ a recouru contre cette
ordonnance, en concluant implicitement à sa libération conditionnelle.
Le 19 mai 2016, la Juge d’application des peines a renoncé à
se déterminer sur ce recours, en se référant intégralement aux
considérants de son ordonnance du 29 avril 2016.
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Le 23 mai 2016, le Ministère public a renoncé à déposer des
déterminations.
E n d r o i t :
1.1L’art. 26 al. 1 let. a LEP (Loi cantonale du 4 juillet 2006 sur
l’exécution des condamnations pénales ; RSV 340.01) dispose que, sous
réserve des compétences que le droit fédéral attribue expressément au
juge qui connaît de la commission d'une nouvelle infraction, le juge
d'application des peines prend toutes les décisions relatives à la libération
conditionnelle et statue dès lors notamment sur l’octroi ou le refus de la
libération conditionnelle.
En vertu de l’art. 38 al. 1 LEP, les décisions rendues par le juge
d'application des peines et par le collège des juges d'application des
peines peuvent faire l'objet d'un recours auprès de la Chambre des
recours pénale du Tribunal cantonal. La procédure est régie par les
dispositions prévues aux art. 393 ss CPP, par renvoi de l’art. 38 al. 2 LEP.
Le recours doit être adressé par écrit, dans un délai de dix
jours dès la notification de la décision attaquée (cf. art. 384 let. b CPP), à
l’autorité de recours (art. 396 al. 1 CPP).
1.2 En l’espèce, le recours a été interjeté en temps utile auprès de
l’autorité compétente et satisfait aux conditions de forme posées par l’art.
385 al. 1 CPP, de sorte qu’il y a lieu d’entrer en matière.
2.1 Le recourant fait valoir que sa demande d’asile est
pendante avec de bonnes chances de succès et qu’il pourrait travailler
légalement dans la construction, branche dans laquelle il aurait une très
grande expérience, ou dans une pizzeria à Lausanne pour laquelle il avait
déjà travaillé au noir (P. 7).
2.2Selon l'art. 86 al. 1 CP, l'autorité compétente libère
conditionnellement le détenu qui a subi les deux tiers de sa peine, mais au
moins trois mois de détention, si son comportement durant l'exécution de
la peine ne s'y oppose pas et s'il n'y a pas lieu de craindre qu'il ne
commette de nouveaux crimes ou de nouveaux délits.
Cette disposition renforce le principe selon lequel la libération
conditionnelle est la règle et son refus l'exception, dans la mesure où il
n'est plus exigé qu'il soit à prévoir que le condamné se conduira bien en
liberté (cf. art. 38 ch. 1 al. 1 aCP), mais qu'il ne soit pas à craindre qu'il
commette de nouveaux crimes ou délits. Autrement dit, il n'est plus
nécessaire qu'un pronostic favorable puisse être posé ; il suffit que le
pronostic ne soit pas défavorable (TF 6B_521/2011 du 12 septembre 2011
consid. 2.3 ; ATF 133 IV 201 consid. 2.2).
Le pronostic requis doit être posé sur la base d'une
appréciation globale, prenant en considération les antécédents de
l'intéressé, sa personnalité, son comportement en général et dans le cadre
des délits qui sont à l'origine de sa condamnation, son comportement au
travail ou en semi-liberté et, surtout, le degré de son éventuel
amendement ainsi que les conditions dans lesquelles il est à prévoir qu'il
vivra (TF 6B_521/2011 précité consid. 2.3 ; ATF 133 IV 201 précité consid.
2.3 ; Maire, La libération conditionnelle, in:
Kuhn/Moreillon/Viredaz/Bichovsky, La nouvelle partie générale du Code
pénal suisse, Berne 2006, p. 361 et les références citées). Tout pronostic
constitue une prévision au sujet de laquelle on ne peut exiger une
certitude absolue ; il faut donc se contenter d'une certaine probabilité, un
risque de récidive ne pouvant être complètement exclu (Maire, op. cit., pp.
361 s. ; ATF 119 IV 5 consid. 1b).
Lorsque les conditions susmentionnées sont réalisées, l'art. 86
al. 1 CP impose à l'autorité compétente d'ordonner la libération avant
terme.
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2.2 En l’occurrence, la condition objective de l'exécution des
deux tiers de la peine prévue par l'art. 86 al. 1 CP est réalisée depuis le 1
er
mai 2016. La condition relative au bon comportement du recourant en
détention est également remplie. Malgré un avertissement pour avoir tenu
des propos injurieux à une collaboratrice, le rapport de détention relève
que F.________ respecte les règles tant au niveau de son comportement
que de l’hygiène, qu’il se montre motivé dans les activités qui lui sont
proposées, s’adapte rapidement, accepte les remarques qui lui sont faites
lorsque son travail manque de précision et qu’il a entrepris des cours de
français (P. 3, annexe).
Seul est donc litigieux le pronostic sur le comportement futur
du condamné, que le premier juge a considéré comme défavorable.
A cet égard, avec l’OEP, la Cour de céans constate que
l’exécution des peines jusqu’à leur terme n’amènera guère de
changement. Ensuite, et surtout, le solde de peine qui devrait être exécuté
en cas de révocation d’une libération conditionnelle ainsi que la possibilité
d’une révocation du sursis partiel accordé à F.________ par le Tribunal
correctionnel de Lausanne le 23 septembre 2015 sont indéniablement
susceptibles d’exercer un certain effet sur le condamné, ce qui paraît
suffisant pour le dissuader de commettre de nouvelles infractions en
matière de stupéfiants bien qu’il n’ait pas fait preuve à cet égard d’une
prise de conscience impressionnante. F.________ a par ailleurs mentionné,
lors de son audition par le Juge d’application des peines, que sa détention
lui avait permis de réfléchir et qu’il était conscient du fait que presque 17
mois de peine privative de liberté étaient actuellement suspendus dans le
cadre du sursis partiel qui lui avait été accordé.
A cela s’ajoute qu’une procédure d’asile est pendante auprès
du Secrétariat d’Etat aux Migrations (SEM), sans toutefois que l’on puisse
dire si celle-ci a de bonnes chances de succès, comme l’affirme le
recourant, ou si elle est vouée à l’échec. Dans tous les cas, si F.________
devait être libéré, il bénéficierait au moins de l’aide d’urgence pendant la
durée de la procédure, ce qui lui assurerait un modeste revenu. Suivant
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l’issue de cette procédure d’asile, le prénommé pourrait ensuite travailler
légalement en Suisse, puisqu’il en a la volonté et apparemment la
possibilité.
Partant, contrairement à ce que soutient la Juge d’application
des peines dans son ordonnance du 29 avril 2016, le pronostic n’est pas
défavorable.
Il s'ensuit que la libération conditionnelle doit être accordée à
F.________. Le délai de mise à l'épreuve doit être fixé à un an dès la
libération effective du condamné, ce qui correspond au minimum légal
(art. 87 al. 1 CP).
- En définitive, le recours doit être admis et l'ordonnance
attaquée réformée dans le sens exposé ci-dessus.
Les frais de la procédure de recours, constitués en l'espèce de
l'émolument d'arrêt, par 770 fr. (art. 20 al. 1 TFIP [Tarif des frais de
procédure et indemnités en matière pénale du 28 septembre 2010; RSV
312.03.1]), seront laissés à la charge de l'Etat.
Par ces motifs,
la Chambre des recours pénale
prononce :
I. Le recours est admis.
II. L’ordonnance du 29 avril 2016 est réformée comme suit :
I.Accorde la libération conditionnelle à F.________ et lui
impartit un délai d’épreuve d’un an.
II.Laisse les frais de la décision à la charge de l’Etat.
III. Les frais de la procédure de recours, par 770 fr. (sept cent
septante francs), sont laissés à la charge de l’Etat.
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IV. L’arrêt est exécutoire.
Le président : La greffière :
Du
Le présent arrêt, dont la rédaction a été approuvée à huis clos,
est notifié, par l'envoi d'une copie complète, à :
-M. F.________,
-Ministère public central (et par fax),
et communiqué à :
-Mme la Juge d’application des peines,
-M. le Procureur cantonal Strada (et par fax),
-Office d’exécution des peines (réf. : OEP/PPL/134822/VRI/JR) (et par
fax),
-Direction de la Flughafengefängnis de Zürich,
-Migrationsamt Kanton Aargau,
par l’envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
pénale devant le Tribunal fédéral au sens des art. 78 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110). Ce recours doit être déposé
devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification
de l'expédition complète (art. 100 al. 1
LTF).
La greffière :