Présidence de M. C O L O M B I N I , président
Juges:M.Creux et M. Piotet, juge suppléant
Greffier :MmeGabaz
Art. 20 LSE; 33 CCT romande du second œuvre; 448 al. 4, 452 al.
1ter CPC
La Chambre des recours du Tribunal cantonal prend séance
pour s’occuper du recours interjeté par Y.________ SA, à Lausanne,
défenderesse, contre le jugement rendu le 4 juillet 2008 par le Tribunal
civil de l'arrondissement de l'Est vaudois dans la cause divisant la
recourante d’avec N.________, à Vevey, demandeur.
Délibérant en audience publique, la cour voit :
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2 -
E n f a i t :
A.Par jugement rendu le 4 juillet 2008, adressé le 28 octobre
2008 aux parties pour notification, le Tribunal civil de l'arrondissement de
l'Est vaudois a notamment dit qu'Y.________ SA est la débitrice d'N.________
de la somme de 99'403 fr. 20, avec intérêt à 5% dès le 1
er
septembre
2005 (I), que les frais de justice sont arrêtés à 2'750 fr. à la charge du
demandeur et à 2'820 fr. à la charge de la défenderesse (II), qu'Y.________
SA est la débitrice d'N.________ de la somme de 7'150 fr. à titre de dépens,
TVA en sus sur 4'400 fr., soit 4'000 fr. à titre de participation aux
honoraires de son conseil, TVA en sus, 400 fr. pour les débours de celui-ci,
TVA en sus, et 2'750 fr. en remboursement de ses frais de justice (III) et
que toutes autres ou plus amples conclusions sont rejetées (V).
La Chambre des recours fait sien dans son entier, sous réserve
des points développés au considérant 2 ci-dessous, l'état de fait du
jugement, dont il ressort ce qui suit:
"1.-Le 11 juillet 2003, N., demandeur, a été engagé par
Y. SA, défenderesse, comme collaborateur temporaire pour être
délégué auprès d'entreprises utilisatrices.
A la suite d'une incapacité de travail, le contrat temporaire
d'N.________ a été résilié pour le 23 décembre 2003.
Les derniers décomptes font état d'un salaire horaire global
(vacances et 13ème salaire compris) de Fr. 32.83.
Le demandeur a bénéficié de prestations de l'assurance
accident jusqu'au 20 juin 2004 au soir mais est resté atteint dans sa santé
au-delà en raison de la maladie. Pour la période ultérieure au 20 juin 2004,
il n'a pas perçu d'indemnités journalières de l'assurance-maladie.
Selon les pièces produites, l'incapacité de travail du
demandeur a été de 100 % du 21 juin 2004 au 31 janvier 2006, puis de 50
% du 1er février au 31 mai 2006.
N.________ a ouvert action contre Y.________ SA devant le
Tribunal de céans par demande du 21 octobre 2005, concluant au
versement d'un montant de Fr. 49'188.25 avec intérêt à 5 % l'an dès le
1er mars 2005; il a par la suite augmenté ses conclusions à Fr. 89'986.-,
les intérêts restant inchangés. Ce montant correspond aux indemnités
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3 -
perte de gain issues de la maladie qui, selon le demandeur, ne lui ont pas
été versées de par la faute de la défenderesse.
Par jugement du 15 juin 2006, dont la motivation a été
envoyée pour notification le 28 septembre 2006, le Tribunal de céans a
rejeté les conclusions du demandeur, en estimant qu'aucune faute ne
pouvait être imputée à la défenderesse; selon les considérants du
jugement, celle-ci n'était en effet pas dans l'obligation d'informer
l'employé de son droit de transfert en assurance individuelle.
Selon arrêt du 11 avril 2007, dont la motivation a été envoyée
le 16 juillet 2007, la Chambre des recours du Tribunal cantonal a annulé le
jugement du 15 juin 2006 et renvoyé au Tribunal de céans la cause pour
nouvelle instruction dans le sens des considérants (s'agissant du montant
du dommage) et nouveau jugement.
L'autorité de recours retient en résumé que l'article 48 OSE,
qui précise l'article 20 de la loi fédérale du 6 octobre 1989 sur le service
de l'emploi et la location de services (LES), couvre tous les domaines de
l'assurance perte de gain, notamment le droit de passer dans l'assurance
individuelle après la résiliation des rapports de travail, qui est un élément
de la couverture d'assurance. En l'espèce, l'article 33 de la Convention
collective de travail du second œuvre, conclue le 11 novembre 2000, est
applicable et renvoie aux articles 67 ss LAMal. Selon l'article 71 de cette
dernière, le droit de passer dans l'assurance individuelle est garanti. Il
s'ensuit qu'en n'offrant pas à N.________ le libre passage dans l'assurance
individuelle, la défenderesse a violé les obligations découlant de la CCT et
doit réparer le préjudice subi.
2.-Dans un mémoire complémentaire du 3 janvier 2007, la
défenderesse a conclu avec dépens au rejet des conclusions du
demandeur; elle allègue subsidiairement qu'N.________ ne subirait dans
tous les cas pas un dommage supérieur à Fr. 58'304.95.
Par déterminations du 12 février 2007, le demandeur a conclu
à ce qu'Y.________ SA soit reconnue sa débitrice d'un montant de Fr.
89'986.- avec intérêt à 5 % dès le 1er mars 2005. A l'audience
préliminaire, il a augmenté ses conclusions à Fr. 99'716.50 avec intérêts
identiques.
3.-L'audience de jugement a été appointée au 1er juillet 2008.
Le dispositif a été notifié le 4 juillet 2008. Il a la teneur
suivante:
" I.-Y.________ SA est la débitrice d'N.________ de la somme de Fr.
99'403.20 (nonante neuf mille quatre cent trois francs et vingt centimes)
avec intérêt à 5 % dès le 1er septembre 2005;
II.-les frais de justice sont arrêtés à Fr. 2'750.- (deux mille sept
cent cinquante francs) à la charge du demandeur et à Fr. 2'820.- (deux
mille huit cent vingt francs) à la charge de la défenderesse;
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4 -
III.-Y.________ SA est la débitrice d'N.________ de la somme de Fr.
7'150.- (sept mille cent cinquante francs) à titre de dépens TVA en sus sur
Fr. 4'400.-, soit Fr. 4'000.- à titre de participation aux honoraires de son
conseil TVA en sus, Fr. 400.- pour les débours de celui-ci TVA en sus et Fr.
2'750.- en remboursement de ses frais de justice;
IV.- si aucune demande de motivation du présent jugement n'est
présentée dans le délai légal, les frais prévus sous chiffre II.- ci-dessus
seront réduits à Fr. 2'500.- (deux mille cinq cents francs) à la charge du
demandeur et à Fr. 2'570.- (deux mille cinq cent septante francs) à la
charge de la défenderesse, les dépens prévus sous chiffre III étant en
conséquence réduits à Fr. 6'900.- (six mille neuf cents francs) TVA en sus
sur Fr. 4'400.-;
V.-toutes autres ou plus amples conclusions sont rejetées."
4.-La défenderesse a adressé une demande de motivation le 7
juillet 2008."
En droit, les premiers juges ont considéré que le calcul du
préjudice du demandeur devait se faire selon la formule suivante: salaire
horaire de base + 13
ème
salaire x horaire hebdomadaire conventionnel x
52 semaines, divisé par 365 jours, ramené à 80%. Ils ont en outre retenu
qu'en l'absence d'horaire hebdomadaire conventionnel, il fallait tenir
compte d'une durée hebdomadaire moyenne de travail de 41 heures. Ils
ont ainsi arrêté le préjudice du demandeur à 99'403 fr. 20, selon le calcul
suivant:
"Le salaire horaire global du demandeur était de Fr. 32.83. Son
salaire annuel était ainsi de Fr. 69'993.55 (41 heures x 32,83/heure x 52
semaines). Le salaire journalier est dès lors de Fr. 191.75 (salaire annuel /
365), dont 80 % correspond à Fr. 153.40.
Du 21 juin 2004 au 31 janvier 2006 (590 jours), l'incapacité de
travail était de 100 %. Compte tenu des deux jours de carence, le
demandeur aurait dû percevoir Fr. 90'199.20 (588 jours x Fr. 153.40)
d'indemnités.
Du 1
er
février au 31 mai 2006 (120 jours), période durant
laquelle l'incapacité de travail était de 50 %, l'indemnité aurait été de
Fr. 9'204.- (153.40 x 120 )".
2
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5 -
B.Par acte du 31 octobre 2008, Y.________ SA a recouru contre ce
jugement concluant, avec dépens, à sa réforme en ce sens que la
demande d'N.________ est rejetée.
Dans son mémoire ampliatif, la recourante a développé ses
moyens et confirmé ses conclusions.
L'intimé a conclu, avec dépens, au rejet du recours.
E n d r o i t :
1.Les art. 444, 445 et 451 ch. 2 CPC (Code de procédure civile
du 14 décembre 1966; RSV 270.11) ouvrent la voie du recours en nullité et
en réforme contre les jugements principaux rendus par un tribunal
d'arrondissement statuant en procédure accélérée.
Déposé en temps utile, par une partie qui y a intérêt, le
recours, exclusivement en réforme, est recevable (art. 458 et 461 CPC).
2.Saisie d'un recours en réforme dirigé contre un jugement
rendu par un tribunal d'arrondissement en procédure accélérée, la
Chambre des recours revoit librement la cause en fait et en droit, sur la
base du dossier de première instance, sans réadministration des preuves.
Elle développe donc son raisonnement juridique après avoir vérifié la
conformité de l'état de fait du jugement aux preuves figurant au dossier et
l'avoir, le cas échéant, corrigé ou complété au moyen de celles-ci. Les
parties ne peuvent toutefois articuler des faits nouveaux, sous réserve de
ceux résultant du dossier et qui auraient dû être retenus ou de ceux
pouvant résulter d'une instruction complémentaire selon l'art. 456a CPC
(art. 452 al. 1ter et 2 CPC; JT 2003 III 3). La Chambre des recours
n'ordonne une instruction complémentaire ou n'annule d'office le
jugement (art. 456a CPC) que si, au vu des éléments du dossier, elle
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6 -
éprouve un doute sur le bien-fondé d'une constatation de fait déterminée,
si elle constate que l'état de fait du jugement n'est pas suffisant pour juger
la cause à nouveau ou si elle relève un manquement des premiers juges à
leur devoir d'instruction, et cela à condition que les preuves figurant au
dossier ne permettent pas de remédier à ces vices (JT 2003 III 3 précité).
Au demeurant, vu le caractère exceptionnel que la loi confère
à l'instruction complémentaire et compte tenu de l'atteinte que l'ouverture
d'une telle instruction porte à la garantie de la double instance, le Tribunal
cantonal n'ordonne que des mesures d'instruction limitées, telle la
production d'une pièce bien déterminée au dossier ou l'audition d'un
témoin sur un fait précis; si les mesures à prendre sont plus importantes,
quantitativement ou qualitativement, il annule d'office le jugement (JT
2003 III 3 précité)
En l'espèce, l'état de fait du jugement est conforme aux pièces
du dossier et aux autres preuves administrées. Il convient toutefois de le
compléter comme il suit:
-
Le considérant 4 de l'arrêt de la cour de céans du 11 avril 2007 a la
teneur suivante:
"4.a) Le recourant soutient que l'intimée devait lui permettre,
après la résiliation des rapports de travail, de passer dans l'assurance
individuelle de [...] et l'informer de cette possibilité. Ne l'ayant pas fait,
elle est tenue de réparer le dommage qui en est résulté, savoir l'absence
de versement d'indemnités journalières pour cause de maladie.
b) Selon l'article 20 alinéa 1
er
de la loi fédérale du 6 octobre
1989 sur le service de l'emploi et la location de services (ci-après : LSE; RS
823.11), lorsqu'une entreprise locataire de services est soumise à une
convention collective de travail étendue, le bailleur de services doit
appliquer au travailleur celles des dispositions de la convention qui
concernent le salaire et la durée du travail. Cette règle n'a pas été
modifiée par la novelle entrée en vigueur le 1
er
avril 2004. Le Message
indique que cette disposition est une réponse aux virulentes critiques que
soulevaient l'inapplicabilité des conventions collectives étendues aux
travailleurs temporaires et le climat de concurrence défavorable pour les
employeurs et les associations de travailleurs qui découlait de cette
différence de traitement. Il précise que la restriction aux conditions de
salaire et à la durée du travail se justifie par le fait que, dans les
conventions collectives, les partenaires sociaux conviennent souvent de
prestations inhabituelles pour la location de services en raison de la
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7 -
structure particulière du contrat de travail (Feuille Fédérale [FF] 1985 III
589).
Le Tribunal fédéral a relevé, en se fondant sur les travaux
parlementaires, qu'il convenait de ne pas donner une interprétation stricte
aux termes "salaire" et "durée du travail", car en refusant l'application aux
travailleurs intérimaires de toutes les dispositions d'une convention
collective étendue concernant les conditions de travail, le législateur a
surtout voulu éviter que ces travailleurs puissent se prévaloir de
dispositions qui, par leur nature, sont étrangères à leur statut et dans un
souci de praticabilité. Dans ces circonstances, l'interprétation de l'Office
fédéral de l'industrie, des arts et métiers et du travail (Ofiamt) selon
laquelle le salaire comprenait celui en cas d'empêchement de travailler dû
à une maladie, à un accident, à l'invalidité, au service militaire ou civil,
interprétation approuvée par la doctrine, devait être confirmée. Cette
interprétation était en effet conforme au texte et à la systématique de la
loi, les articles 324a et 324b du Code des obligations du 30 mars 1911 (ci-
après : CO; RS 220), qui prévoyaient le régime dérogatoire de l'assurance
perte de gain, ayant trait à un salaire. En outre, cette interprétation était
conforme au but de la loi. En effet, le régime de la protection du travailleur
contre la perte de gain en cas d'incapacité de travail était inclus dans les
coûts salariaux. Or, c'est pour rendre loyales les conditions de concurrence
sur ce plan que le législateur a entendu obliger le bailleur de services à
respecter les dispositions des conventions collectives étendues concernant
le salaire. Il sautait aux yeux, selon le Tribunal fédéral, que s'il était loisible
au bailleur de services d'accorder au travailleur des droits inférieurs à
ceux prévus par la convention collective de travail s'agissant du salaire en
cas d'empêchement de travailler, cela provoquerait une sous-enchère
salariale nuisible aux employeurs qui appliquent la convention collective à
leur propres travailleurs (Arrêts du Tribunal Fédéral Suisse [ATF] 124 III
126, c. 1b/bb).
L'article 48a alinéa 1
er
lettre f de l'ordonnance du 16 janvier
1991 sur le service de l'emploi et la location de services (ci-après OSE; RS
823.111), entré en vigueur le 1
er
janvier 1999 – soit postérieurement à
l'ATF 124 III 126 - a repris l'interprétation de l'Ofiamt, puisqu'il dispose que
les dispositions concernant le salaire sont les dispositions régissant le
salaire en cas d'empêchement du travailleur sans faute de sa part, selon
l'article 324a CO, notamment pour cause de maladie, accident, invalidité,
service militaire, service de la protection civile, mariage, naissance, décès,
déménagement, soins à un membre de la famille malade.
La lettre g de cette disposition précise que sont des règles
régissant le salaire, celles réglant la part des primes à l'assurance-maladie
(assurance pour perte de gain selon l'article 324a alinéa 4 CO). L'intimée
en déduit que seules les dispositions des conventions collectives étendues
relatives à la part des primes de l'assurance-maladie perte de gain
s'appliquent aux travailleurs temporaires. On ne saurait la suivre dans
cette interprétation. Cette disposition n'exclut pas expressément les
autres domaines de l'assurance perte de gain et elle apparaît comme un
ajout, ces autres domaines étant toujours couverts par l'article 48 alinéa
1
er
lettre f OSE. En effet, au regard du but de la LSE, l'octroi de la
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couverture d'assurance prévue par une convention collective étendue,
mais à un taux de participation aux primes de l'employeur inférieur à celui
prévu par la convention collective, serait de nature à fausser la
concurrence, les frais du bailleur de services étant alors inférieurs à celui
de l'employeur qui applique la convention collective. On ne voit pas
pourquoi, au regard du but de la LSE, il se justifierait, pour garantir une
concurrence loyale, de ne déclarer applicable aux travailleurs intérimaires
que les dispositions des conventions collectives relatives à la participation
de l'employeur aux primes d'assurance et de laisser aux entreprises de
location de services une latitude complète pour définir la couverture
d'assurance, soit notamment le taux d'indemnisation et la durée de la
couverture, éléments qui ont également une influence déterminante sur
les coûts de cette assurance pour l'employeur. Quant au droit de passer
dans l'assurance individuelle après la résiliation des rapports de travail,
qui est un élément de la couverture d'assurance, il n'apparaît pas que son
application soit impraticable du fait de la structure particulière du contrat
de location de services. Le Tribunal fédéral a d'ailleurs considéré que ce
droit, lorsqu'il était prévu par une convention collective de travail étendue,
était couvert par l'article 20 LSE (ATF 124 III 126 précité, c. 3). Il y a donc
lieu d'admettre que ce droit est ainsi compris dans la définition de l'article
48a alinéa 1
er
lettre f OSE.
Il convient donc d'examiner la réglementation conventionnelle
qui a été étendue.
c) Selon l'article 33 chiffre 1 CCT, qui a été étendu, le
travailleur est assuré contre la perte de gain résultant de la maladie et de
la maternité. Les conditions d'assurance doivent être au moins
équivalentes à la LAmal (art. 67 ss). La lette c de cette disposition, qui a
été également étendue, dispose que dans le canton de Vaud, les
dispositions particulières d'application relatives à l'assurance de
l'indemnité journalière en cas de maladie sont applicables (annexe V).
L'article 5 de cette annexe V, qui a été étendu, prévoit que la
couverture d'assurance est acquise après un mois d'occupation dans
l'entreprise. En cas d'incapacité de travail durant ce premier mois,
l'employeur est astreint au paiement du salaire selon les normes du CO.
L'article 9 de ladite annexe, qui a été étendu, dispose que le
travailleur assuré doit être informé sur ses droits de passage dans une
autre assurance ou dans l'assurance individuelle de l'assureur gérant
l'assurance collective de l'entreprise. Un exemplaire des conditions
d'assurance doit être remis au travailleur. La prime de l'assurance
individuelle est calculée d'après l'âge d'entrée dans l'assurance collective.
Selon l'article 71 alinéa 1er de la loi fédérale du 18 mars 1994
sur l'assurance-maladie (ci-après : LAmal; RS 832.10), qui fait partie du
titre 3 comprenant les articles 67 et suivants, lorsqu'un assuré sort de
l'assurance collective parce qu'il cesse d'appartenir au cercle des assurés
défini par le contrat ou parce que le contrat est résilié, il a le droit de
passer dans l'assurance individuelle de l'assureur. Si, dans l'assurance
individuelle, l'assuré ne s'assure pas pour des prestations plus élevées, de
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9 -
nouvelles réserves ne peuvent être instituées; l'âge d'entrée déterminant
dans le contrat collectif est maintenu.
Il ressort donc de cette réglementation que le travailleur
soumis à cette convention a un droit de passage dans l'assurance
individuelle et qu'il doit être informé de ce droit.
d) En l'espèce, le recourant a travaillé plus d'un mois pour
l'intimée. Celle-ci était en conséquence tenue de conclure en sa faveur
une assurance-perte de gain permettant son passage dans l'assurance
individuelle à l'échéance du contrat cadre du 11 juillet 2003 et de
l'informer de ce droit. En signant avec l'assureur [...] un contrat excluant
expressément ce droit de passage, l'intimée a violé les obligations
découlant de la CCT. Selon la jurisprudence, elle doit répondre de ces
violations en application de l'article 97 CO et réparer le dommage subi,
soit les prestations que le travailleur aurait reçues de la compagnie
d'assurance pour la réalisation du risque considéré (ATF 124 III 126, c. 4;
ATF 115 II 251, c. 4 et références). Peu importe à cet égard que le droit
aux prestations litigieuses soit né après la fin des rapports de travail,
puisque ce droit aurait trouvé son fondement dans le contrat d'assurance
individuelle que le recourant aurait pu conclure si l'intimée avait respecté
ses obligations.
Le recourant a allégué le calcul de son dommage aux chiffres
23 à 31 de sa demande. L'intimée a contesté en grande partie ces
allégués et il n'apparaît pas que l'instruction ait porté sur ce point. Le
recourant effectue en page 7 de son mémoire de recours un calcul dont
les résultats diffèrent légèrement de ceux de la demande. L'intimée ne
s'est pas déterminée sur ce calcul. Au vu de ces éléments et afin de
garantir aux parties la double instance quant à l'appréciation des faits, il
convient d'annuler d'office le jugement en application de l'article 456a
alinéa 2 CPC."
-
Selon les certificats médicaux du Dr [...] des 29 octobre 2004, 2 février et
3 mai 2006, N.________ a été en incapacité de travail à 100% dès le 1
er
juin
2004, puis à 50% dès le 1
er
février 2006 (cf. pces 22, 23 et 24 des
bordereaux des 28 mars et 6 juin 2006).
-
Il ressort de l'expertise du Dr [...] du 9 mai 2005, adressée à l'Office AI
(cf. pce 9, pp. 7 et 11, du bordereau du 21 octobre 2005), qu'N.________
"ne peut plus avoir d'activité lourde telle que peintre en bâtiment. En
revanche, dans une activité sédentaire ou semi-sédentaire, sa capacité de
travail est de 50%, comme le signale le Dr [...] dans son rapport du
14.12.2004". Cette expertise mentionne encore ce qui suit:
"1. Etat au terme du délai de carence, à savoir novembre 2004
(anamnestiquement)
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10 -
En novembre 2004 l'état de ce patient ne lui permettait pas d'avoir un
quelconque rendement dans des activités que ce soit.
C'est depuis le début 2005 que l'on peut estimer sa capacité de travail à
50%.".
L'état de fait ainsi complété permet à la cour de céans de
statuer en réforme.
3.Selon l'art. 448 al. 4 CPC, lorsque le Tribunal cantonal
prononce la nullité d'un jugement, il détermine dans quelle mesure le
jugement est annulé. Il lui appartient de donner à ce sujet des directions à
l'autorité de renvoi. La jurisprudence accorde au principe de l'autorité
attachée aux considérants de l'arrêt de renvoi la qualité de règle
essentielle de la procédure au sens de l'art. 444 al. 1 ch. 3 CPC (JT 1989 III
17 et références; JT 1974 III 55). Par cette notion, la doctrine et la
jurisprudence entendent que si l'arrêt de renvoi statue sur certains points
de la contestation et ne renvoie que sur d'autres, l'autorité de renvoi ne
pourra pas se prononcer sur les premiers qui ont été définitivement
tranchés. De même, si l'arrêt de renvoi prononce l'annulation totale,
l'autorité de renvoi ne peut revenir sur des points déjà résolus par les
considérants de l'arrêt de renvoi, mais doit au contraire se conformer à
ceux-ci. L'autorité de renvoi n'est libre de sa décision que sur les points
qui n'ont pas été tranchés par l'arrêt de renvoi ou dans la mesure où elle
se fonde sur des faits complémentaires établis postérieurement à cet arrêt
(Poudret, Commentaire de la loi fédérale d'organisation judiciaire, vol. II,
1990, n. 1.3.2 ad art. 66 OJF, p. 598 et références, cité par
Poudret/Haldy/Tappy, Procédure civile vaudoise, 3
ème
éd., Lausanne 2002,
bibliographie ad art. 448 CPC, p. 676). Les considérants de l'arrêt de
renvoi lient également les parties et l'autorité de recours (Poudret, op. cit.,
n. 1.3.3 ad art. 66 OJF, p. 599).
En l'espèce, le jugement entrepris a été rendu ensuite de
l'arrêt de renvoi de la cour de céans du 11 avril 2007. Il en ressort que le
demandeur a travaillé plus d'un mois pour la défenderesse et que dès lors,
celle-ci était contrainte de conclure en sa faveur une assurance-perte de
gain permettant son passage dans l'assurance individuelle; elle devait en
-
11 -
outre l'informer de ce droit. Cependant, en violation des obligations
découlant de la convention collective de travail romande du second
œuvre, la défenderesse n'a pas souscrit à une telle assurance, de sorte
qu'elle devait réparer le dommage en découlant pour le demandeur. Faute
d'instruction suffisante sur ce point en première instance, la cour de céans
n'a en revanche pas été en mesure d'effectuer le calcul du dommage et a
ainsi renvoyé la cause aux premiers juges pour qu'ils instruisent et
statuent sur ce point.
4.La recourante soutient préliminairement que les parties ont
été liées par plusieurs rapports de travail distincts, soit autant que de
"missions" selon la terminologie par elles utilisée (cf. mémoire de recours,
p. 7 et ss). Elle étaye cette argumentation par une jurisprudence du
Tribunal fédéral des assurances en matière d'assurance-chômage (ATF
117 V 248 et 119 V 49, c. 2b).
Le grief soulevé par la recourante conteste le raisonnement de
la cour de céans tel que développé dans son arrêt de renvoi du 11 avril
-
12 -
ss; Revue Fribourgeoise de Jurisprudence [RFJ] 1993 p. 306; Blätter für
Zürcherische Rechtsprechung [ZR] 1988 n. 71).
On peut sans doute en juger différemment pour le service de
placement ou service de l'emploi. C'est d'ailleurs dans ce contexte
particulier qu'ont été rendus les arrêts du Tribunal fédéral des assurances
précités. Dans ce cas, il faut alors admettre que des contrats-chaînes
peuvent se succéder sans interruption notable et constituer autant de
contrats de travail distincts (ATF 119 V 46, c. 1c). Or, in casu, la
couverture prévue par le renvoi de l'art. 20 LSE (Loi fédérale du 6 octobre
1989 sur le service de l’emploi et la location de services; RS 823.11) à
l'art. 33 litt. c de la Convention collective de travail romande du second-
œuvre (ci-après: CTT), qui renvoie lui-même à son annexe V ch. 5, dépend
clairement d'une activité minimale d'un mois au sein de l'entreprise. En
outre, le texte clair de la CCT parle d'occupation dans l'entreprise et
écarte l'hypothèse d'une incapacité à être occupé dans l'entreprise dans le
premier mois (ch. 5 de l'annexe V précité).
En l'occurrence, entre la vision dissociée des rapports de
travail de la recourante et la vision unitaire de l'intimé, il faut trancher
pour la dernière. En effet, si chaque rapport de travail est spécifique, la
couverture accidents et maladie est assurée globalement par le contrat-
cadre et non pas par chaque contrat de mission individualisé. Pour cette
partie du contrat, soit la garantie contractuelle en cas d'empêchement de
travailler, il faut considérer le contrat-cadre dans son ensemble et non
chaque mission individuellement. Cette vision est confortée par le fait que
les contrats de mission ne contiennent pas de garantie de l'incapacité de
travail spécifique à la mission, ce qui aurait justifié une vision dissociée
telle que soutenue par la recourante. Certes, le contrat-cadre prévoit un
terme à la couverture lorsque "cesse" la mission, mais celle-ci n'apparaît
pas, pour le délai d'un mois, dans la CCT. Ce texte prévoit en effet "un
mois d'occupation dans l'entreprise", ce qui vise en l'occurrence la
recourante, et non les entreprises où l'intimé est placé. Ce texte, rendu
impératif par l'art. 20 LSE, n'autorise ainsi pas la recourante à dissocier les
périodes de missions, soit juillet, août, septembre et octobre 2003, en
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évitant de les additionner entre elles, puisque, toutes ensemble, elles
constituent autant de temps d'occupation dans l'entreprise, soit Y.________
SA.
C'est ainsi que l'art. 4.7 du contrat-cadre conclu entre les
parties étant le cas échéant partiellement contraire au droit impératif (art.
20 LSE), l'intimé, qui a été occupé plus d'un mois "effectivement" chez la
recourante, doit pouvoir bénéficier de la couverture prévue par le ch. 5 de
l'annexe V précité, comme en a déjà jugé la cour de céans en 2007.
5.La recourante soutient encore que l'intimé n'était pas un
"travailleur assuré" au sens de la CTT et de son annexe V lors de l'accident
du 4 septembre 2003, car il n'était que dans sa quatrième semaine de
travail. Cette allégation ne peut cependant être suivie car elle contredit la
vision unitaire de la couverture telle que décrite au considérant 3 ci-
dessus, le mois d'occupation effective étant écoulé lors du sinistre. Il en va
de même de l'accident du 12 octobre 2003, quand bien même il est
survenu la veille d'une entrée en service de mission. Au demeurant, son
caractère causal n'est assurément pas exclusif, puisqu'il n'a fait qu'aviver
les séquelles de l'accident de septembre 2003.
6.La recourante conteste en outre que l'intimé ait souffert d'une
affection due à une maladie. Elle considère en effet que les incapacités de
travail de l'intimé résultent d'un accident, comme le démontre la
déclaration d'accident LAA remplie à la suite de l'événement du 4
septembre 2003 et le certificat médical intitulé "certificat médical
d'accident" établi après l'événement du 12 octobre 2003. En conséquence,
le risque accident étant exclu du champ d'application de l'annexe V à la
CTT, la question du droit au paiement d'indemnités journalières ou du libre
passage dans l'assurance individuelle ne se pose pas.
La recourante ne peut être suivie dans son raisonnement. En
effet, par décision du 10 juin 2004, la SUVA a mis fin à la couverture
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accident de l'intimé en considérant que les troubles qui subsistaient
étaient dus à la maladie. Ce document ne lie pas la cour de céans, la
preuve de son inexactitude pouvant être apportée par les parties.
Toutefois, à défaut de contre-preuve, il faut admettre en l'espèce que
cette décision établit avec présomption d'exactitude le facteur des
troubles en cause, soit la maladie (cf. art. 9 CC [Code civil suisse du 10
décembre 1907; RS 210], applicable à titre supplétif).
A ce sujet, la recourante soutient plus particulièrement encore
que cette causalité avec la maladie aurait dû être démontrée dès octobre
2003 et non seulement avec la seule décision de la SUVA. Le certificat
médical le plus complet (pce 25 du bordereau du 6 juin 2006) indique
toutefois que les cervicalgies sont "clairement antérieures à juin 2004",
l'auteur précisant que ces troubles dégénératifs peuvent rester
asymptomatiques pendant longtemps et que "le traumatisme (ne) soit
(qu') un révélateur et non pas la cause des douleurs". Il paraît dans cette
mesure qu'il existe un lien de causalité adéquate entre l'incapacité pour
cause de maladie et son "révélateur" que sont les sinistres de septembre
et octobre 2003, même si en soi ils n'ont constitué que des accidents
déclarés comme tels. Il faut de plus relever que la notion de "maladie"
visée dans l'assurance collective facultative (art. 71 LAMal [Loi fédérale du
18 mars 1994 sur l’assurance-maladie; RS 832.10]) est celle de
l'assurance sociale, qui peut couvrir les séquelles d'un accident en
l'absence de couverture accident (Longchamp, Conditions et étendue du
droit aux prestations de l'assurance-maladie sociale, thèse Lausanne,
2004, p. 123 ss). La maladie paraît ainsi établie en décembre 2003, lors de
la résiliation des rapports de travail entre les parties.
La recourante ne peut pas non plus prendre appui sur des
extraits du rapport médical de 2005 (pce 9 du bordereau du 21 octobre
septembre 2005.