Administrative detention for risk of absconding upheld

CREC jy10-023470-171ii/2010Kantonsgericht / Zivilrekurskammer03.09.2010Dismissed

Von Omnilex extrahiert

Omnilex-Zusammenfassung

O.________, an Algerian national subject to a removal order to Spain, appealed against a three-month administrative detention ordered by the Justice of Peace of Lausanne. He argued that the procedure was flawed, that removal was impossible because his family had gone to Belgium, and that detention was disproportionate. The cantonal chamber held that the first-instance hearing complied with the cantonal rules and the right to be heard, and that several concrete facts showed a risk of absconding: failure to depart, flight when police came to enforce removal, refusal to board a reserved flight, and statements showing unwillingness to return. The appeal was dismissed and the detention confirmed without costs.

Omnilex-Regeste

Art. 76 al. 1 let. b ch. 3 et 4 LEtr; art. 76 al. 4 LEtr; art. 80 al. 6 LEtr: detention administratif en vue de l’exécution du renvoi; risque de fuite et proportionnalité. Des indices concrets et concordants peuvent fonder le soupçon que l’étranger entend se soustraire à l’exécution du renvoi, notamment lorsqu’il ne respecte pas le délai de départ, se soustrait physiquement à l’exécution, refuse d’embarquer ou manifeste son refus de retourner dans l’État de destination. Le maintien en détention suppose en outre que les démarches de renvoi aient été entreprises et que l’exécution demeure envisageable dans un délai prévisible; elle n’est pas exclue du seul fait que la situation familiale commande un autre lieu de destination non couvert par la décision de renvoi.

Gesamter Gesetzestext

810 TRIBUNAL CANTONAL 171/II C H A M B R E D E S R E C O U R S


Arrêt du 3 septembre 2010


Présidence de M. D E N Y S , président Juges:MM. Giroud et Colombini Greffier :M. Perret


Art. 76 al. 1 let. b ch. 3 et 4, 76 al. 4, 80 al. 1 et 6 LEtr; 30 et 31 LVLEtr La Chambre des recours du Tribunal cantonal prend séance pour s'occuper du recours interjeté par O.________, actuellement détenu dans les locaux de l'Etablissement de Frambois, à Vernier, contre l'ordonnance rendue le 22 juillet 2010 par le Juge de paix du district de Lausanne dans la cause le concernant. Délibérant à huis clos, la cour voit :

  • 2 - E n f a i t : A.Par ordonnance du 22 juillet 2010, notifiée le 26 juillet suivant au recourant, le Juge de paix du district de Lausanne (ci-après : le juge de paix) a ordonné la détention dès le jour même pour une durée de trois mois, de O., né le [...] 1978, originaire d'Algérie, actuellement détenu dans les locaux de l'Etablissement de Frambois, à Vernier (I), et a transmis le dossier au Président du Tribunal cantonal pour qu'il désigne un avocat d'office à l'intéressé (II). Les faits suivants ressortent de l'ordonnance, complétée par les pièces du dossier (art. 31 al. 2 LVLEtr [loi du 18 décembre 2007 d'application dans le canton de Vaud de la législation fédérale sur les étrangers; RSV 142.11]) : O., ressortissant algérien né le [...] 1978, son épouse J., née le [...] 1988, et leur enfant T., né le [...] 2009, ont déposé une demande d'asile en Suisse les 3 novembre et 14 décembre 2009. Par décision du 11 mars 2010, entrée en force le 1 er avril suivant, l'Office fédéral des migrations (ci-après : ODM) a refusé d'entrer en matière sur cette demande, prononcé le renvoi des requérants vers l'Espagne et dit qu'ils devaient quitter la Suisse au plus tard le jour suivant l'échéance du délai de recours, faute de quoi ils s'exposaient à des moyens de contrainte. O. a été placé en détention préventive du 17 mars au 26 avril 2010 à la prison de la Croisée, à Orbe. Par convocation du 10 mai 2010, le Service de la population (ci-après : SPOP) a prié O.________, son épouse et leur enfant de se présenter à son guichet le 19 mai suivant en vue d'organiser leur renvoi, les informant qu'en cas d'absence injustifiée, des mesures de contrainte seraient exercées à leur égard. Les intéressés n'ont pas répondu à cette

  • 3 - convocation. Ils se sont présentés le 26 mai 2010 et ont indiqué ne pas avoir l'intention de retourner en Espagne. Un vol à destination de Madrid (Espagne) a été réservé à l'intention de O.________ et de sa famille pour le 22 juillet 2010. A la date prévue, les agents de police se sont présentés au Centre EVAM de Ste- Croix, où logeaient les intéressés, afin de procéder à leur renvoi. J.________ a accepté de les suivre et d'embarquer sur le vol réservé, accompagnée de son fils. O.________ s'est quant à lui enfui. Il a été interpellé plus tard dans la journée. Requis le 22 juillet 2010 par le SPOP de prononcer la mise en détention administrative de O., le juge de paix a tenu audience le jour même. Entendu en présence d'un interprète, le prénommé a contesté s'être enfui et s'est déclaré disposé à quitter la Suisse lorsqu'il serait en possession d'une somme d'argent que devait lui remettre un tiers pour financer son séjour en Espagne. Il a réclamé l'assistance d'un avocat. En droit, le premier juge a considéré que, tant par son comportement que par ses déclarations, O. avait démontré qu'il entendait se soustraire à l'exécution de la décision lui fixant un délai au 1 er

avril 2010 pour quitter la Suisse, attitude qui justifiait l'application de l'art. 76 al. 1 let. b ch. 3 et 4 LEtr [loi fédérale sur les étrangers du 16 décembre 2005; RS 142.20], les conditions de la détention étant adéquates, proportionnées et adaptées en vue d'assurer l'exécution de la décision de renvoi de l'intéressé, exécutable dans un délai prévisible. B.Par acte motivé du 3 août 2010, O.________, représenté par son conseil d'office, a recouru contre cette décision, concluant, avec suite de frais et dépens, à son annulation et à la levée de la mesure de contrainte prise à son encontre. Il a produit plusieurs pièces. Dans ses déterminations du 17 août 2010, le SPOP a conclu au rejet du recours. Il a produit des pièces dont il résulte que le recourant a

  • 4 - refusé d'embarquer sur un second vol réservé pour le 10 août 2010 et qu'un vol accompagné jusqu'à destination a été réservé à son intention pour le 2 septembre suivant.

  • 5 - E n d r o i t : 1.Le recours au Tribunal cantonal est ouvert contre la décision du juge de paix ordonnant la détention administrative (art. 80 al. 1 LEtr; art. 30 al. 1 LVLEtr). Il est de la compétence de la Chambre des recours (art. 71 et 73 LOJV [loi d'organisation judiciaire du 12 décembre 1979, RSV 173.01] et 20 al. 2 let. c ROTC [règlement organique du Tribunal cantonal du 13 novembre 2007; RSV 173.31.1]). Déposé en temps utile par le recourant, qui y a intérêt, le recours est recevable (art. 30 al. 2 LVLEtr). 2.La Chambre des recours revoit librement la décision de première instance, elle établit les faits d'office et peut ordonner à cet effet toutes les mesures d'instruction qu'elle juge utiles (art. 31 al. 1 et 2 LVLEtr). Elle peut en particulier tenir compte des faits postérieurs à la décision attaquée. Les pièces produites par les parties sont ainsi recevables. 3.Le Juge de paix du district de Lausanne, autorité compétente selon les art. 11 et 17 LVLEtr, a procédé à l'audition du recourant le 22 juillet 2010, soit dans les vingt-quatre heures dès le moment où il a été arrêté (art. 16 al. 1 LVLEtr). Un procès-verbal sommaire de cette audition, tenue en présence d'un interprète, a été dressé et les propos du recourant ont été résumés (art. 21 al. 2 LVLEtr). Le juge de paix a immédiatement rendu un ordre de détention et sa décision motivée a été expédiée pour notification le 23 juillet 2010, soit dans les nonante-six heures prescrites par l'art. 16 al. 1 LVLEtr, et effectivement reçue par le recourant le lundi 26 juillet suivant. Enfin, le recourant a été informé de son droit de demander la désignation d'un conseil d'office (art. 24 al. 2 LVLEtr). A sa requête, un conseil d'office lui a été désigné.

  • 6 - Par conséquent, la procédure suivie en première instance a été régulière, le droit d'être entendu du recourant ayant été respecté. 4.Selon l'art. 76 al. 1 let. b LEtr, lorsqu'une décision de renvoi ou d'expulsion de première instance a été notifiée, l'autorité compétente peut, afin d'en assurer l'exécution, mettre la personne concernée en détention, notamment si des éléments concrets font craindre que celle-ci entende se soustraire au renvoi ou à l'expulsion, en particulier parce qu'elle ne se soumet pas à son obligation de collaborer en vertu de l'art. 90 LEtr ou de l'art. 8 al. 1 let. a ou al. 4 LAsi [loi sur l'asile du 26 juin 1998, RS 142.31] (ch. 3) ou si son comportement permet de conclure qu'elle se refuse à obtempérer aux instructions des autorités (ch. 4). Ces deux chiffres décrivent des comportements permettant de conclure à l'existence d'un risque de fuite ou de disparition (Untertauchensgefahr) et peuvent donc être envisagés ensemble (Zünd, Kommentar Migrationsrecht, 2008, n. 6 ad art. 76 LEtr). Selon la jurisprudence, un risque de fuite existe notamment lorsque l'étranger a déjà disparu une première fois dans la clandestinité, qu'il tente d'entraver les démarches en vue de l'exécution du renvoi en donnant des indications manifestement inexactes ou contradictoires ou encore lorsqu'il laisse clairement apparaître qu'il n'est pas disposé à retourner dans son pays d'origine (ATF 130 II 56 c. 3.1; TF 2C_206/2009 du 29 avril 2009 c. 4.1). Enfin, l'exécution du renvoi doit être momentanément impossible (p. ex. faute de papiers d'identité), mais néanmoins envisageable dans un délai prévisible (ATF 130 lI 56 précité c. 1 p. 58; 125 II 369 c. 3a p. 374; 125 II 377 c. 2a p. 379). Cette dernière jurisprudence, qui découle du principe de proportionnalité, n'a pas perdu son actualité. En l'espèce, le recourant remplit les conditions de l'art. 76 al. 1 let. b ch. 3 et 4 LEtr. Il est dépourvu d'une autorisation de séjour et n'a pas respecté le délai de départ qui lui avait été imparti au 1 er avril 2010. En outre, alors que la police s'était présentée au centre EVAM de Ste-Croix pour l'exécution du renvoi, il s'est enfui "en pleine préparation des valises"

  • 7 - (cf. requête du SPOP au juge de paix du 22 juillet 2010). Son opposition à son renvoi tel que décidé par l'ODM s'est encore manifestée à l'audience du Juge de paix lors de laquelle il a déclaré qu'il ne serait disposé à se rendre en Espagne que lorsqu'il aurait obtenu de l'argent de la part d'un ami. Il a enfin refusé d'embarquer sur un vol réservé pour lui le 10 août

  1. Ces éléments constituent un faisceau d'indices concrets et suffisants de sa volonté de se soustraire au renvoi, de sorte que sa mise en détention est justifiée. 5.Le recourant invoque le fait que son épouse et son enfant, renvoyés en Espagne le 22 juillet 2010 sans lui, se sont ensuite rendus en Belgique. C'est dans ce dernier pays qu'il entend être renvoyé afin de ne pas être séparé de sa famille. La décision de renvoi prévoit cependant uniquement une expulsion à destination de l'Espagne et le recourant ne saurait se prévaloir du fait qu'il a choisi de ne pas s'y soumettre à la date précitée. Le SPOP a indiqué être disposé à procéder au renvoi du recourant vers la Belgique pour autant que ce dernier produise un document permettant de demander une réadmission auprès des autorités belges. Cette circonstance ne justifie pas en l'état une levée de la détention. 6.Les démarches nécessaires à l'exécution du renvoi ont été effectuées, un vol accompagné ayant été réservé pour le 2 septembre 2010, si bien que l'exigence de l'art. 76 al. 4 LEtr est respectée. L'exécution du renvoi ne s'avère au surplus pas d'emblée impossible pour des raisons juridiques ou matérielles (art. 80 al. 6 let. a LEtr a contrario). Le maintien en détention se révèle ainsi également justifié du point de vue de la proportionnalité.
  • 8 - 7.En conclusion, le recours doit être rejeté et l'ordonnance confirmée. L'arrêt peut être rendu sans frais.

  • 9 - Par ces motifs, la Chambre des recours du Tribunal cantonal, statuant à huis clos, p r o n o n c e : I. Le recours est rejeté. II. L'ordonnance est confirmée. III. L'arrêt est rendu sans frais. IV. L'arrêt motivé est exécutoire. Le président : Le greffier : Du 3 septembre 2010 Le dispositif de l'arrêt qui précède est communiqué par écrit aux intéressés. Le greffier : Du L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis clos, est notifié en expédition complète, par l'envoi de photocopies, à : -Me Thierry de Mestral (pour O.________), -Service de la population, Secteur Départs.

  • 10 - Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière de droit public devant le Tribunal fédéral au sens des art. 82 ss LTF (loi du 17 juin 2005 sur le Tribunal fédéral - RS 173.110). Ce recours doit être déposé devant le Tribunal fédéral dans les trente jours qui suivent la notification de l'expédition complète (art. 100 al. 1 LTF). Cet arrêt est communiqué, par l'envoi de photocopies, à : -Mme le Juge de paix du district de Lausanne. Le greffier :

Schlagwörter

administrative detentionrisk of abscondingremoval orderright to be heardproportionalityimmigration enforcement

Von Omnilex extrahiert

Kernrechtsfrage

Whether the appeal against the detention order was admissible

Extrahierter Entscheid

The appeal was admissible and could be examined on the merits.

Extrahierte Begründung

It was filed in time by a party with standing against a detention order, within the cantonal appeal system.

Kernrechtsfrage

Whether the first-instance detention procedure was regular and the right to be heard respected

Extrahierter Entscheid

The first-instance procedure was regular and the right to be heard was respected.

Extrahierte Begründung

The justice of peace heard the appellant within 24 hours, in the presence of an interpreter, recorded a summary minute, informed him of the right to appointed counsel, and appointed one at his request.

Kernrechtsfrage

Whether conditions for administrative detention under Art. 76 LEtr were met

Extrahierter Entscheid

The conditions for detention were met because concrete indications showed a risk of absconding and refusal to comply with removal instructions.

Extrahierte Begründung

The appellant had not left by the deadline, fled when police came to enforce removal, stated he would only leave once he had money, and later refused to board a reserved flight.

Kernrechtsfrage

Whether family circumstances required lifting the detention or changing the destination of removal

Extrahierter Entscheid

Family circumstances did not justify lifting the detention or altering the detention decision.

Extrahierte Begründung

The removal decision targeted Spain; the fact that the spouse and child later went to Belgium did not entitle the appellant to avoid removal to Spain, and a possible Belgian return depended on documents not yet produced.

Kernrechtsfrage

Whether the proportionality and foreseeability requirements for continued detention were satisfied

Extrahierter Entscheid

Continued detention remained proportionate and removal was still feasible within a foreseeable time.

Extrahierte Begründung

Removal steps had been taken, a escorted flight was booked, and the execution of removal was not objectively impossible for legal or material reasons.

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