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TRIBUNAL CANTONAL
KC13.052631-140384
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C O U R D E S P O U R S U I T E S E T F A I L L I T E S
Présidence de M. S A U T E R E L , président
Juges:MmesByrde et Rouleau
Greffier :MmeNüssli
Art. 82 LP, 106 al. 1 et 2 CPC
La Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,
statuant à huis clos en sa qualité d'autorité de recours en matière
sommaire de poursuites, s'occupe du recours exercé par Y.________ SÀRL,
à Monthey, contre le prononcé rendu le 23 janvier 2014, à la suite de
l’audience du 21 janvier 2014, par le Juge de paix du district de La Riviera-
Pays-d’Enhaut, dans la cause opposant la recourante à P.________ SÀRL,
à Vevey.
Vu les pièces au dossier, la cour considère :
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I.a) Le recours a été déposé dans le délai de dix jours à compter
de la notification de la décision motivée, conformément à l’art. 321 al. 2
CPC (Code de procédure civile du 19 décembre 2008; RS 272). Il est
motivé et contient des conclusions tendant implicitement à la réforme du
prononcé en ce sens que la décision est modifiée, sur le fond et sur les
dépens (art. 321 al. 1 CPC). Le recours est donc recevable formellement et
matériellement. En revanche, la pièce nouvelle déposée par la recourante
est irrecevable (art. 326 CPC) ; la cour de céans juge en effet la cause à
nouveau, mais dans l’état où elle se trouvait devant le juge de paix.
Déposée dans le délai imparti par un mandataire qui justifie de
ses pouvoirs, la réponse est également recevable.
b) Le recours porte sur la décision de mainlevée, d’une part, et
sur les dépens, d’autre part. Il convient d’examiner successivement ces
deux points.
II.a) Aux termes de l’art. 82 al. 1 LP (loi fédérale sur la poursuite
pour dettes et la faillite du 11 avril 1889, RS 281.1), le créancier dont la
poursuite se fonde sur une reconnaissance de dette constatée par acte
authentique ou sous seing privé peut requérir la mainlevée provisoire. Au
sens de l'art. 82 al. 1 LP, constitue une reconnaissance de dette
notamment l'acte sous seing privé, signé par le poursuivi d'où ressort sa
volonté de payer au poursuivant, sans réserve ni condition, une somme
d'argent déterminée, ou aisément déterminable, et échue (ATF 136 III 624,
c. 4.2.2, et 627 c. 2 et la jurisprudence citée). Est suffisante à cet égard
une déclaration du débiteur dont on peut déduire indubitablement qu’il
s’estime obligé à payer (Staehelin, in : Staehelin/Bauer/Staehelin (éd.),
Basler Kommentar, Bundesgesetz über Schuldbetreibung und Konkurs I,
Bâle 2010, n. 21 et 22 ad art. 82 LP, pp. 688 s. et les références citées).
Point n’est besoin que la forme écrite recouvre l’entier de la
reconnaissance de dette en tant que telle. Il s’ensuit qu’une
reconnaissance de dette peut être composée de plusieurs documents,
dont seule la reconnaissance de dette à proprement parler doit revêtir la
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forme écrite (ATF 136 III 627 c. 2 et 3.3 ; ATF 132 III 480 s. c. 4.1 ; ATF 126
III 126 c. 2 ; ATF 114 III 73 ; TF 5P.449/2002, 20 février 2003 ; Staehelin,
op. cit., n. 15 ad art. 82 LP, p. 686 et les références citées ;
Panchaud/Caprez, La mainlevée d'opposition, 2e éd., 1980, § 6 n° 6 et § 15
n° 1-3).
Savoir s’il existe une reconnaissance de dette s’interprète
selon le principe de la confiance, en se plaçant du point de vue du
destinataire de la déclaration de volonté (ATF 117 II 278 ; Staehelin, op. et
loc. cit.). Par voie de conséquence, les demandes de délais de paiement,
les propositions de paiement échelonné et/ou partiel, les demandes de
remise de dettes valent reconnaissance de
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dette si le montant dû ressort de ces actes ou d’actes écrits auxquels
ceux-ci se réfèrent (par ex. une facture ou une sommation) (Staehelin, op.
cit., n. 22 et les références citées).
Ainsi, un bulletin de livraison signé par l’acheteur sur lequel
est mentionné la marchandise livrée et son prix constitue une
reconnaissance de dette, si ce bulletin coïncide avec la facture
correspondante (Staehelin, op. cit., n. 23 ad art. 82 LP, p. 689 et la
référence citée). A cet égard, le fait que le titre ait été rédigé par le
poursuivant (ou un tiers) est sans pertinence; il suffit qu'il comporte la
signature du poursuivi (Staehelin, op.cit., n. 50 ad art. 82 LP, p. 697).
b) En l’espèce, la poursuivante n’a produit qu’une seule pièce
à l’appui de sa requête, qui constitue, d’après son libellé, une facture et un
bulletin de livraison. Cette pièce n’est revêtue d’aucune signature, et en
particulier pas de la signature d’un représentant de la poursuivie. Elle ne
constitue donc manifestement pas une reconnaissance de dette au sens
de l’art. 82 al. 1 LP, permettant d’obtenir la mainlevée de l’opposition. Sur
ce point, le recours est mal fondé.
Il appartiendra le cas échéant à la poursuivante, si elle s'y
estime fondée, d'ouvrir contre la poursuivie une action ordinaire, dans le
cadre de laquelle elle pourra faire valoir d'autres modes de preuves pour
établir le bien-fondé de sa créance.
III. a) Les frais comprennent les « frais judiciaires » et les
« dépens » (art. 95 al. 1 CPC). Les dépens comprennent notamment le
défraiement d’un représentant professionnel (art. 95 al. 3 let. b CPC). Sont
essentiellement visés par cette disposition les frais d’avocat mais aussi les
honoraires dus à un autre représentant professionnel au sens de l’art 68
CPC (Tappy, in Bohnet et alii (éd.), Code de procédure civile commenté, n.
26 ad art. 95 CPC). C'est en principe l'entier des frais liés à la consultation
d'un avocat ou d'un autre représentant professionnel qui est visé par la
notion de défraiement de l'art. 95 al. 3 let. b CPC (Tappy, op. cit., n. 30 ad
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art. 95 CPC). Conformément à l’art. 68 al. 2 let. b CPC, si le droit cantonal
le prévoit, les agents d’affaires brevetés sont autorisés à représenter les
parties à un titre professionnel dans les affaires soumises à la procédure
sommaire notamment.
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Selon l’art 36 al. 1 du Code de droit privé judiciaire du 12 janvier 2010
(CDPJ ; RSV 211.02), les agents d’affaires brevetés dûment autorisés à
pratiquer peuvent représenter les parties dans les causes qui leur sont
attribuées en vertu de la loi du 20 mai 1957 sur la profession d’agent
d’affaires brevetés (LPAg ; RSV 179.11) ou dans des lois spéciales. Selon
l’art. 2 al. 1 let. e LPAg, l’agent d’affaires breveté peut représenter les
parties ou les assister dans les affaires soumises à la procédure sommaire
en vertu de l'article 248 CPC, soit notamment dans les procédures de
mainlevée d’opposition (art. 251 al. 1 let. a CPC).
Le tribunal statue sur les frais en général dans la décision
finale (art. 104 al. 1 CPC). En vertu de l'art. 106 al. 1 CPC, les frais sont mis
à la charge de la partie succombante. Une partie succombe entièrement
au sens de cette disposition même si les prétentions de son adversaire
sont aussi rejetées dans une proportion minime, pour autant que celui-ci
obtienne gain de cause sur le principe de son action et sur l’essentiel des
montants réclamés (Tappy, op. cit., n. 16 ad art. 106 CPC et réf. citée).
Conformément à l'art. 105 al. 2 CPC, le tribunal fixe les dépens
selon le tarif. Les parties peuvent produire une note de frais. L'art. 96 CPC,
auquel renvoie l'art. 105 al. 2 CPC, dispose que les cantons fixent le tarif
des frais. Conformément à l'art. 37 al. 1 CDPJ, le Tribunal cantonal a arrêté
le 28 septembre 2010 le tarif des frais judiciaires civils (TFJC ; RSV
270.11.5) et le 23 novembre 2010 le tarif des dépens en matière civile
(TDC ; RSV 270.11.6), tous deux entrés en vigueur le 1
er
janvier 2011. En
matière de poursuite, une directive (no 31) a été édictée le 19 mars 2012
aux fins d’unifier la pratique des juge de paix en la matière, s’agissant
d’un contentieux de masse ; celle-ci prévoit, pour une valeur litigieuse
comprise entre 4'001 fr. et 8'000 fr. un émolument de 180 fr. et des
dépens de 600 fr. pour un agent d’affaires et de 800 fr. pour un avocat.
b) En l’espèce, au vu de la valeur litigieuse, l’avance de frais
de 180 fr. exigée de la poursuivante est conforme au TFJC et à la circulaire
précitée. Du reste, la poursuivante ne paraît pas en critiquer le montant,
mais le fait que cette avance ait été mise à sa charge. Or, comme on l’a
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vu, l’art. 106 al. 1 CPC prévoit de mettre les frais à la charge de la partie
qui a succombé, et en l’occurrence c’est la poursuivante
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qui a succombé, puisque sa requête de mainlevée a été rejetée. De ce
point de vue, la décision du premier juge n’est pas critiquable.
En revanche, la première juge a mis à la charge de la
poursuivante non seulement ses frais de justice, mais des dépens, en
défraiement du représentant professionnel de la poursuivie. Or, s’il
apparaît que l’intimée avait déjà mandaté l’agent d’affaires Philippe
Chiocchetti en première instance dès lors que les courriers et citation à
comparaître lui ont été adressés, ce dernier n’a toutefois déployé aucune
activité, n’ayant pas déposé de détermination, ni produit de pièces, ni
assisté à l’audience de mainlevée.
C’est donc à tort que la poursuivante a été condamnée à payer
600 fr. à la poursuivie. Le recours est bien fondé sur ce point.
IV.Au vu de ce qui précède, il y a lieu d’admettre partiellement le
recours et de réformer le prononcé en ce sens que le chiffre IV de son
dispositif est supprimé. Le prononcé est en revanche confirmé pour le
surplus.
Lorsqu’aucune des parties n’obtient entièrement gain de
cause, les frais sont répartis selon le sort de la cause (art. 106 al. 2 CPC).
En l’espèce, la recourante n’obtient gain de cause en
deuxième instance que sur les dépens de première instance - qui
représentent, sur le principe et dans leur montant, l’accessoire de la
décision. Les frais judiciaires de deuxième instance, par 360 fr., doivent
donc être répartis à raison de deux tiers pour la recourante et d’un tiers
pour l’intimée, qui devra donc restituer cette part à la recourante qui en a
fait l’avance.
L’intimée, qui obtient gain de cause sur le principal, ayant
procédé par un agent d’affaires, a droit à des dépens réduits d’un tiers
pour le défraiement de son représentant professionnel. L’art. 13 TDC
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prévoit, pour une valeur litigieuse située entre 2000 et 5’000 fr., une
indemnité comprise entre 150 et 600 francs. En l’espèce, il se justifie de
fixer un plein défraiement de l’agent d’affaires à 300 fr., qu’il y a lieu de
réduire d’un tiers, ce qui fait 200 francs. Il convient encore de déduire de
ce
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montant la restitution partielle de l’avance de frais faite par la recourante,
par 120 fr., de sorte que le montant final à verser par la recourante à
l’intimée à titre de dépens de deuxième instance s’élève à 80 francs.
Par ces motifs,
la Cour des poursuites et faillites du Tribunal cantonal,
statuant à huis clos en sa qualité d'autorité
de recours en matière sommaire de poursuites,
p r o n o n c e :
I. Le recours est admis partiellement.
II. Le prononcé est réformé en ce sens que son chiffre IV est
supprimé.
Il est confirmé pour le surplus.
III. Les frais judiciaires de deuxième instance, arrêtés à 360 fr.
(trois cent soixante francs), sont mis par 240 fr. (deux cent
quarante francs) à la charge de la recourante et par 120 fr.
(cent vingt francs) à la charge de l’intimée.
IV. La recourante Y.________ Sàrl doit verser à l’intimée P.________
Sàrl la somme de 80 fr. (huitante francs) à titre de dépens de
deuxième instance.
V. L'arrêt est exécutoire.
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Le président : La greffière :
Du 11 juin 2014
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, prend date de ce jour.
Il est notifié, par l'envoi de photocopies, à :
-Y.________ Sàrl,
-M. Philippe Chiocchetti, agent d’affaires breveté (pour P.________ Sàrl).
La Cour des poursuites et faillites considère que la valeur
litigieuse est de 4'117 fr. 50.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière
civile devant le Tribunal fédéral au sens des art. 72 ss LTF (loi du 17 juin
2005 sur le Tribunal fédéral – RS 173.110), cas échéant d'un recours
constitutionnel subsidiaire au sens des art. 113 ss LTF. Dans les affaires
pécuniaires, le recours en matière civile n'est recevable que si la valeur
litigieuse s'élève au moins à 15'000 fr. en matière de droit du travail et de
droit du bail à loyer, au moins à 30'000 fr. dans les autres cas, à moins
que la contestation ne soulève une question juridique de principe (art. 74
LTF). Ces recours doivent être déposés devant le Tribunal fédéral dans les
trente jours qui suivent la présente notification (art. 100 al. 1 LTF).
Cet arrêt est communiqué à :
-Mme le Juge de paix du district de La Riviera-Pays-d’Enhaut.
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La greffière :