402
TRIBUNAL CANTONAL
AI 70/14 - 154/2015
ZD14.014237
C O U R D E S A S S U R A N C E S S O C I A L E S
Composition : MmeB R É L A Z B R A I L L A R D , présidente
Mme Thalmann et M. Merz, juges
Greffier :M. Cloux
Cause pendante entre :
W.________, à [...], recourant, représenté par Me Guy Longchamp, avocat à
Saint-Sulpice,
et
OFFICE DE L'ASSURANCE-INVALIDITÉ POUR LE CANTON DE VAUD, à
Vevey, intimé.
Art. 15 LAI
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2 -
E n f a i t :
A.Le 13 août 2012, W.________ (ci-après : l’assuré ou le
recourant), ressortissant italien né en 1991, sans formation
professionnelle, a rempli et signé une demande de prestations AI pour
adultes et a transmis ce document à l’Office de l’assurance-invalidité pour
le canton de Vaud (ci-après : l’OAI ou l’intimé), alléguant souffrir de phobie
sociale, d’addiction à Internet et de phobie des insectes.
Le 23 novembre 2012, le Dr B., spécialiste en
psychiatrie et psychothérapie traitant l’assuré depuis le 6 août 2012, a
établi un rapport dans lequel il a posé les diagnostics avec effet sur la
capacité de travail de troubles anxieux phobiques, d’agoraphobie avec
trouble panique et de phobies sociales, relevant ce qui suit :
"(...) Patient âgé de 21 ans, il est fils unique. (Réd. : Ses) parents se
sont divorcés en 2006, ce qui d’après lui a péjoré ses angoisses. Il se
décrit comme un enfant qui a été gâté par ses parents et que
subitement il s’est trouvé désécurisé à leur séparation d’autant plus
qu’il se sentait rejeté par ses paires. Depuis il ne parvient plus à
s’engager socialement. En novembre 2007, il quitte définitivement
les études (gymnase) à l’issu (sic) d’avènement d’une forte crise de
panique, W. devait présenter un exposer (sic). Depuis il ne
sort plus de chez lui, il habite avec son père (réd. : qui) lui-même a
des troubles psychologiques. Il passe la majorité de son temps sur
interne (recte : Internet). Ses achats les faits par internet et se fait
livrer à la maison.
En s’instruisant sur internet sur sa maladie, il prend la décision de
me contacter étant le psychiatre le plus proche. Il est suivi à raison
d’une fois par semaine. Il refuse toutes prises de médicaments,
parlant de produits chimiques et qu’il ne connait (sic) pas leurs
effets secondaires.
Constat médical
Patient âgé de 21 ans, faisant son âge. Il est dans une mise et une
tenue correctes. Il est vigile et bien orienté aux différents modes.
Pas de mise en évidence de troubles du registre de la schizophrénie.
Tension et agitation anxieuses perceptibles, les moins (recte :
mains) moites. Sur la défensive et il a de la peine à masquer son
irritabilité. Il ne tolère aucune intervention d’une tierce personne
dans sa thérapie ni d’informer ses parents ou de surcroit (sic) les
inviter à un entretien. Humeur est fluctuante, tristesse éprouvée,
pas d’idéation suicidaire. Adoption de conduite d’évitement ayant
conduit à un isolement social total.
Pas de trouble de l’appétit, le sommeil est désorganisé. Prise de
toxique cannabis 2 à 3 joints par semaine.
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3 -
(...)"
Dans un avis médical du 30 novembre 2012, le Dr Z.,
spécialiste en médecine interne générale au Service médical régional de
l’assurance-invalidité (ci-après : le SMR), s’est déterminé sur la situation
de l’assuré. Relevant que le Dr (...), spécialiste en psychiatrie et
psychothérapie auprès du SMR, soupçonnait un trouble schizoïde, le
Dr Z. a préconisé la mise en œuvre d’une expertise psychiatrique.
Il ressort ce qui suit d’une communication interne de l’OAI du
24 janvier 2013 relative à la conduite de l’expertise à venir :
"(...) de plus au vu de sa pathologie, le Dr Z.________ nous informe
que nous ne pouvons pas exiger de lui qu’il se rende au rendez-vous
avec les transports publics. Nous pouvons donc lui proposer un
moyen de transport privé (véhicule, taxi, etc) qui sera mis à notre
charge.
(...)"
L’expertise a été conduite par le Dr Q., spécialiste en
psychiatrie et psychothérapie, qui a rendu son rapport le 27 juin 2013.
Retenant une capacité de travail entière dans une activité adaptée d’un
point de vue strictement psychiatrique, il a relevé ce qui suit :
"(...) 1.9 ANTÉCÉDENTS PSYCHIATRIQUES ET EXTRAITS DU DOSSIER
W. déclare avoir consulté de Dr B., psychiatre FMH,
pour que le diagnostic de "phobie sociale" soit posé, nous dit-il.
D’autre part, ayant lu sur Internet que des gens souffrant de
problèmes comme lui avaient droit à une rente AI, il déclare avoir
appris qu’il devait consulter un médecin pour valider ses démarches,
raison de sa consultation auprès du Dr B..
W.________ n’exprime aucune motivation à aller mieux, ou à quoi que
ce soit. Le Dr B.________ lui aurait prescrit des médicaments : des
neuroleptiques et des antidépresseurs, nous dit-il. L‘assuré ayant
consulté différents forums et sites Internet, il aurait décidé de ne pas
les prendre, vu les effets secondaires graves que cela pouvait
entraîner.
(...)
3.2 SYNTHESE DES TESTS PSYCHOMETRIQUES
W.________ a réalisé les tests psychométriques dans un temps de
passation normal. Il existe une très mauvaise concordance entre les
tests d’hétéro- et auto-évaluation, globalement tous surcotés.
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4 -
Le Hamilton 17 items plaide pour une symptomatologie dépressive
légère, alors que le Beck 21 donne un score pour une
symptomatologie dépressive très sévère. Par contre, le facteur
dépression du SCL-90R est sub-pathologique.
Cette discordance inter auto-évaluations, compte tenu même de la
construction de ces échelles psychométriques, va en général dans le
sens d’une tendance à la dramatisation et à l’amplification des
symptômes.
Le Hamilton anxiété indique une anxiété mineure, alors que le
facteur anxiété état du Spielberger est élevé, et le facteur anxiété
traits fortement élevé. Le facteur anxiété du SCL-90R est
pathologique, mais sans plus.
Cette discordance importante entre les scores du test de Spielberger
et le facteur anxiété du SCL-90R suggère la encore l’amplification et
la majoration des difficultés.
LE SCL-90R donne des scores pathologiques à fortement
pathologiques pour tous les facteurs, à l’exception d’hostilité et
traits psychotiques. Par contre, le facteur traits paranoïaques est
fortement élevé.
Globalement, ces tests psychométriques suggèrent une certaine
tendance à la dramatisation. Il est difficile d’en tirer des conclusions
beaucoup plus précises, en raison de leur manque de spécificité.
W.________ a refusé de réaliser les tests de Young après l’entretien.
(...)
3.3 EXAMEN CLINIQUE DU 25 AVRIL 2013
W.________ se présente de façon ponctuelle au rendez-vous. Nous
avons contrôlé sa carte d’identité. Il s’agit d’un homme de taille
moyenne, habillé dans un style d’adolescent, duquel se dégage une
très mauvaise odeur corporelle. Il met beaucoup de temps à réaliser
les tests psychométriques que finalement il n’arrivera pas à
terminer.
Le contact visuel est mauvais, W.________ ne nous regarde jamais
dans les yeux. En même temps, lorsqu’il évoque ses problèmes,
subjectivement, il suscite peu de vibrations chez l’interlocuteur.
Frappe la passivité, le peu de tonus et une forme importante de
complaisance face à ses difficultés. L’assuré a l’air surtout très
immature.
Nous ne relevons pas de foetor éthylique, il est vigile, orienté dans
les 3 modes. L’examen neuropsychologique est dans les normes.
L’intelligence est normale. Jugement et raisonnement sont
conservés.
Il n’y a pas de dépressivité marquée, dans le sens d’une anhédonie,
aboulie, apragmatisme.
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5 -
On relève plutôt une hypersomnie ; il dort 7 à 10 h par nuit, avec
des inversions du rythme nycthéméral. L’appétit est conservé,
même s’il aurait semble-t-il perdu du poids depuis 4 ans. La libido
est décrite comme faible, peu investie, W.________ n’est pas
intéressé à surfer notamment sur les sites pornographiques.
W.________ se sent en sécurité à la maison et ne présente alors
guère d’anxiété. Nous ne mettons pas en évidence de suicidalité.
Du point de vue anxieux, les crises anxieuses sont situationnelles et
ne surviendraient qu’à l’extérieur, lorsqu’il se trouve confronté aux
regards d’autrui. W.________ affirme avoir peur d’être jugé. Il
déclare : "j’ai une anxiété de performance". Cela se manifeste par
une tachycardie, des sentiments de manquer d’air...
W.________ déclare boire occasionnellement un verre. Il n’y a pas de
tabagisme. Il n’y a pas de prise de substances illicites annoncée, si
ce n’est un joint une fois à l’occasion.
W.________ ne présente pas de troubles alimentaires, en particulier
anorexie – boulimie.
Il n’existe pas de signes florides de la lignée psychotique, en
particulier délire, hallucinations, troubles formels ou logiques de la
pensée.
Au niveau somatique, W.________ n’a pas de doléances majeures au
premier plan.
3.4 PERSONNALITE :
D’emblée, le contact est très perturbé avec W.________ qui présente
certains signes "d’autisme". A priori, il est relativement méfiant,
peine à rentrer en contact avec son interlocuteur. L’assuré est plutôt
fuyant, sans qu’il donne le sentiment d’être véritablement anxieux,
mais surtout méfiant, manifestement implicitement un fort contrôle
de ce qui pourrait survenir dans l’interaction avec l’expert.
Le discours se veut assez relationnel, logique, avec une importante
émotion. W.________ tend à vouloir démontrer qu’il ne peut, qu’il ne
veut et qu’il ne pourra rien faire et qu’il a le droit à une rente
invalidité. Il en ressort un sentiment d’inauthenticité, "d’appris",
comme s’il récitait une liste de "symptômes" lus sur le Net. On
relève donc des troubles importants de la fonction symbolique.
L’assuré paraît inapte à fonctionner sur le mode de la
représentation. Il a des recours à des exemples concrets pour
traduire sa pensée, comme si l’identification des objets dépendant
pour lui de l’action exercée sur eux.
Son caractère argumenteur de formulation, renvoie à un mode de
pensée du registre paranoïaque. Les glissements vers une forme de
pseudo-logique sont réguliers et débouchent sur des interprétations
plaquées, glanées au détour de ses consultations d’Internet, et
valent pour un discours relativement froid, peu élaboré. Ces
raisonnements "soi-disant logiques" lui servent à relier entre eux des
événements et des situations évidents. Face aux contradictions,
W.________ paraît entêté et rigide.
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6 -
On note une existence qui est marquée par la prépondérance d’une
vie intérieure vide de sens, un goût pour les spéculations abstraites,
une attitude d’originalité caractéristique des bizarreries du
comportement. On note une symbiose étrange, notamment avec
son père, avec mise à distance de la figure maternelle. On retient
chez W.________ une pauvreté affective importante, avec une
hypersthésie à autrui, un sentiment finalement d’insécurité dans la
relation aux autres avec une rétention des émotions.
Globalement, W.________ donne le sentiment d’éviter par méfiance
les relations sociales extérieures, avec une tendance à l’isolement, à
la nonchalance et globalement à l’apragmatisme sexuel pour lequel
il n’a d’ailleurs aucune demande ou intérêt évident. L’assuré a une
forme d’entêtement, d’esprit de contradiction.
Le tout vaut pour une personnalité du registre schizoïde et une
certaine immaturité, chez un sujet d’intelligence tout à fait normale,
voire peut-être même supérieure à la moyenne.
4.DIAGNOSTICS
4.1.0 DIAGNOSTICS SELON LE DSM-IV-TR
Axe I Eventuelle attaque de panique
Axe II Personnalité de type (pré)-psychotique, avec composante
schizoïde
Axe III (réd. : pathologie somatique, qui échappe au domaine de
l’expert)
Axe IVIsolement psychosocial et professionnel
(...)
4.1.1 DIAGNOSTICS AYANT UNE REPERCUSSION SUR LA CAPACITÉ DE
TRAVAIL
• ---
4.1.2 DIAGNOSTICS SANS REPERCUSSION SUR LA CAPACITÉ DE TRAVAIL
• Eventuelle attaque de panique
• Personnalité de type (pré)-psychotique, avec composante
schizoïde
5.DISCUSSION
W.________ est un homme fils unique, né dans une famille
apparemment marquée par un père sensible, qui a développé une
schizophrénie du registre paranoïde, pour laquelle il est au bénéfice
d’une rente d’invalidité à 50 %. L’assuré a conservé le sentiment
d’un père aimant et attentif, qui aurait été abandonné par son
épouse en raison de ses troubles psychiques. Il semble exister une
relation qui oscille entre la fusion avec la figure maternelle et une
attitude de méfiance, presque pseudo-paranoïaque, avec mise à
distance à son égard. Cette dynamique entraîne une forte angoisse
fusionnelle, presque persécutrice, qui s’exprime par son manque de
pulsion libidinale en général.
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7 -
Dès enfant, W.________ indique des signes de dysfonctionnement
relationnel : problèmes de socialisation, bizarrerie du comportement
probable, une existence qui semble déjà marquée par la
prépondérance d’une "vie intérieure vide de sens"
(...)
Le long entretien que nous avons eu avec W., le bilan des
tests psychométriques que nous lui avons fait passer, et la lecture
attentive du dossier en notre possession, nous permettent de porter
les conclusions suivantes.
D’un point de vue psychopathologique, la période d’adolescence
et de transition à l’âge adulte, semble à l’origine des problèmes de
décompensation anxieuse, que W. appelle "attaques de
panique". Cela indique que les mécanismes adaptatifs et défensifs
par lesquels il se protège de tout élément vécu comme anxiogène,
sont de nature fortement archaïque chez lui : la projection, les
interprétations, le déni, l’évitement. Fondamentalement, W.________
semble confronté à un type d’angoisse de type anéantissement,
persécution, destruction. Les relations interpersonnelles ou relations
objectales montrent une tendance à la relation de type utilitaire et
fonctionnel, avec une bonne part de méfiance, de mise à distance.
L’assuré semble dans l’ensemble incapable de se relationner à
autrui. En effet, les relations objectales semblent peu investies, peu
différenciées. W.________ laisse peu de place à d’autres sujets ou
personnes, cherchant surtout à les éviter, ou alors vivant autrui
comme potentiellement persécuteur.
On peut retenir chez W.________ une personnalité de type pré-
psychotique, avec une composante schizoïde marquée, et
infantile.
En d’autres termes, il existe un point de rupture majeur dans sa
biographie qui se situe au moment de l’adolescence, avec un retrait
de la vie sociale et professionnelle, ainsi que des attitudes
d’opposition et d’entêtement.
Plus globalement, W.________ peut ressentir une certaine irritabilité,
car il semble s’être persuadé ou a décidé qu’il devait être mis au
bénéfice d’une rente invalidité, car il vit une existence de grande
oisiveté, soumise aux lois du plaisir immédiat, sans accepter les
contraintes du réel. L’assuré annonce d’emblée avoir consulté un
psychiatre pour valider sa demande de rente invalidité, tel qu’il a pu
le lire sur Internet. D’ailleurs, souvent les symptômes de phobie
sociale – diagnostic qui semble faire l’impasse sur le fonctionnement
profond de l’assuré – semblent être sortis tout droit de textes lus sur
le sujet sur la toile.
Cette immaturité va de pair avec une forme de toute-puissance,
comme si tout lui était dû et qu’il se soustrayait à toute contrainte
du réel et à toute ambition autre que celle qu’il a déjà décidé pour
lui et qu’il démontre avec soin dans sa lettre manuscrite élaborée
adressée à l’assurance invalidité, du 21.08.2012.
De surcroît, sûr de lui-même, W.________ n’entend se soumettre à
aucun traitement pharmacologique, non que cela – de notre point de
vue – puisse être mis seulement sur le compte de la personnalité
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singulière de cette personnalité, mais du fait que ses démarches
n’ont qu’un seul but : démontrer qu’il ne peut rien faire.
Si le trouble de la personnalité schizoïde représente certainement un
handicap adaptatif, celui-ci dépasse chez l’assuré les simples
conséquences de cette problématique. Les mécanismes de défense
d’allure paranoïaque indiquent que W.________ est hyper-vigilant au
rôle d’autrui comme à son propre rôle – celui de malade et de futur
invalide. Cette forme de désinvolture, d’intolérance aux frustrations,
de méconnaissance de son propre rôle et de se penser en symétrie
par rapport à autrui, globalement d’avoir une représentation
"immature" de la représentation de soi, puisqu’il ne s’oblige à se
confronter à aucune contingence du réel.
CAPACITE DE TRAVAIL
L’appréciation de la capacité de travail est difficile dans cette
situation. On sait que W.________ a échoué – par manque de
motivation ou par anxiété, difficile de savoir – deux formations ces
dernières années. Il semble avoir "définitivement posé les plaques".
De notre point de vue, il n’y a pas de pathologie aigue, que ce soit
une schizophrénie, un état dépressivo-anxieux majeur qui justifie
une incapacité de travail complète.
W.________ devrait probablement bénéficier d’une aide au placement
ou d’une formation professionnelle adaptée à sa personnalité, mais
tel n’est pas son vœu à l’heure actuelle. En ce sens, un tel projet
paraît irréaliste.
A ce titre, les tests psychométriques sont éloquents, puisqu’ils sont
tous massivement surcotés. Le contenu du discours de W.________
suggère une tendance très importante à la dramatisation.
Au niveau médical, nous ne pouvons que conclure à la poursuite de
la prise en charge du Dr B., étant entendu qu’il est à
craindre que W. interrompe cette prise en charge si sa
demande de prestation invalidité lui est refusée.
Nous estimons que pour l’heure, si le trouble de la personnalité est
important, il ne saurait justifier une incapacité de travail. Notre
expérience nous apprend que des patients schizoïdes peuvent
réaliser une activité professionnelle, surtout s’ils disposent d’un bon
niveau intellectuel, comme l’assuré.
(...)"
Le Dr Z.________ a établi un avis médical le 8 juillet 2013,
relevant que selon l’expert Q.________, l’assuré était tout à fait capable, en
dépit de son trouble de personnalité, d’avoir une activité comportant peu
de contacts interpersonnels, l’intéressé étant toutefois peu motivé et
ayant décidé de ne pas travailler.
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9 -
Par communication du 10 juillet 2013, l’OAI a informé l’assuré
qu’une orientation professionnelle aurait lieu afin de déterminer ses
possibilités de réinsertion professionnelle, un entretien devant être fixé
ultérieurement.
Répondant par lettre du 15 juillet 2013, l’assuré a exposé qu’il
ne se rendrait pas à l’entretien car cela générait de l’anxiété et du stress
et dégradait sa qualité de vie, estimant avoir le droit de vivre dans la
sérénité et qu’il n’était pas exigible de lui qu’il doive participer à un tel
entretien, "vu le mal être physique et psychique que cela impliquerai
(sic)".
Par avis du 22 juillet 2013, l’OAI a indiqué que l’entretien
prévu pouvait également se dérouler dans un endroit proche du domicile
de l’assuré ou au domicile de ce dernier.
Le 5 août 2013, l’assuré a formé opposition contre la
communication du 10 juillet 2013, reprenant pour l’essentiel les
arguments développés dans son courrier du 15 juillet 2013.
Répondant le 9 août 2013, l’OAI a répété que l’entretien
d’orientation professionnelle pouvait avoir lieu dans un lieu proche du
domicile de l’assuré ou à son domicile.
Par lettre du 19 août 2013, l’assuré a accepté que l’entretien
ait lieu à son domicile.
L’assuré a été convoqué par avis du 9 septembre 2013 à un
entretien prévu le 27 septembre 2013 à l’adresse de [...] à [...] très proche
de son domicile. L’assuré ne s’est pas rendu à cet entretien, sans en
aviser l’OAI ni répondre à ses appels.
Par courrier du 5 octobre 2013, l’assuré a expliqué avoir dû
faire demi-tour lors de son arrivée près des locaux prévus pour l’entretien,
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10 -
étant "dans un état de tension et de panique élevé", le fait de rentrer chez
lui et de rester seul apaisant cette souffrance.
L’assuré a réitéré ses explications par lettre du 27 novembre
2013, soulevant par ailleurs divers points dans le rapport de l’expert
W.________ à titre d’"erreurs, négligence et manquement" qui retireraient
selon lui toute crédibilité à l’expertise conduite. L’expert aurait ainsi
retenu à tort que l’assuré disposait d’un permis de conduire. Il ne lui aurait
en outre pas spécifié l’annexe 1 des lignes directrices de qualité des
expertises psychiatriques dans le domaine de l’assurance-invalidité, ni
n’aurait dressé un status psychiatrique selon le système exigé par ces
lignes directrices. L’expert aurait par ailleurs indiqué à tort que l’assuré
avait refusé un test de Young, ce test ne lui ayant pas été proposé.
L’assuré s’est en outre plaint du fait que seule la synthèse des tests
psychométriques figurait dans le rapport d’expertise. Dans la mesure où
ce rapport indiquait à tort qu’il disposait d’un permis de conduire, l’assuré
s’est demandé si le rapport se rapportait à une autre expertise conduite
par le Dr Q.. L’assuré soutient encore que l’expert se serait
contredit sur la conduite des tests psychométriques, exposant d’abord
qu’ils avaient été effectués dans un temps normal, avant d’écrire que ce
temps avait été "particulièrement long" puisque les tests n’avaient pas été
terminés. S’agissant de son refus de suivre un traitement
pharmacologique, l’assuré a fait valoir que les médicaments qui lui avaient
été proposés contenaient des principes actifs pouvant engendrer une
torsade de pointe sans qu’ils présentent toutefois une efficacité justifiant
un tel traitement. L’assuré a enfin contesté l’appréciation de l’expert selon
laquelle ses attaques de panique seraient "éventuelles". Il a conclu que
des mesures de réadaptation n’étaient pas possibles dans son cas.
L’OAI – par le Dr Z. et l’un de ses juristes – s’est
déterminé par courrier du 24 février 2014, estimant que l’expertise du
Dr Q.________ bénéficiait d’une pleine valeur probante et précisant que les
lignes directrices en matière d’expertises psychiatriques n’étaient que des
recommandations non contraignantes.
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11 -
Répondant par courriel du 4 mars 2014, l’assuré a fait valoir
que l’expert Q.________ avait commis des erreurs de méthodologie et a
contesté ses constatations dans les termes suivants :
"(...) L’expert mentionne une composante pré psychotique de la
personnalité, ce qui veut dire que je serais dans une phase de
transition vers un état psychotique, il ne retient aucun élément
névrotique malgré que (réd. : ce) soit souvent le cas, (entrée dans
une schizophrénie de manière insidieuse, à début pseudo névrotique
avec repli autistique), ce qui serait d’ailleurs plus logique avec mes
plaintes, et les affirmations de mon médecin, ainsi que l’incurie qu’il
mentionne à mon sujet et le fait que ma vie est stéréotypée. Il ne
(réd. : retient) ni aboulie ni apragmatisme, nous ne savons pas sur
quelle base, effectivement j’ai du mal à planifier ma journée ne
serait ce que pour effectuer quelques tâches ménagères, je ne fait
(sic) rien de pragmatique pendant la journée du moins quelque
chose avec un but précis etc..., un diagnostique (sic) différentiel
aurait pu être schizophrénie simple ou les symptômes négatifs
sont au premier plan, avec une absence de délire, ou avec parfois
des manifestations (réd. : subtiles) d’automatisme (réd. : mental),
cela reste à clarifier.
L’expert ne peut pas affirmer des choses qui (réd. : valident) de
facto les critères d’une personnalité donnée en l’occurrence
schizoïde et ne pas la coder sous Axe II, puisque des dysfonctions
(réd. : causées) par cette personnalité sont bien présentes chez moi,
du fait que je suis isolé socialement et professionnellement, ce qui
en fait une personnalité dite pathologique, ce
dysfonctionnement est sévère puisqu’il touche tous les domaines
de la vie, l’expert doit coder sous Axe II le code et le trouble de
la personnalité en question avec évaluation de la sévérité,
c’est la personnalité qui est schizoïde et la composante qui est
prépsychotique. (le fait d’établi une sorte de continuum entre
certaines personnalités et des entités psychiatriques de type
psychotique n’est pas du registre de la nosographie américaine je
crois, je ne suis pas (réd. : sûr) de cela).
Si tel est le cas je vous (réd : rappelle), qu’un retrait ou (réd : repli)
(claustration admise par l’expert) mais également la névrose que
j’ai, mais qui n’est pas reconnue, dans le cas d’une personnalité
schizoïde prépsychotique, peut constituer l’ultime défense face à la
psychose, ainsi quand on touche à la défense (réd : cela) peut
produire un effondrement psychotique et aggraver mon état de
santé, je vous (réd : prie) de bien vouloir en être conscient.
De plus malgré que les éléments concernent le registre
environnemental et psychosocial, qui doivent être (réd. : codés) sous
Axe IV, ils doivent être (réd. : codés) sous Axe I sous une
dénomination particulière, si ils présentent un intérêt clinique
majeur, si je ne m’abuse c’est le cas pour le divorce de mes parents
selon l’expert, j’ajouterais également les troubles psychotiques de
mon père, puisqu’(réd. : ils) on engendré le divorce de mes parents,
mon isolement (réd. : psychosocial), et mes attaques de panique
puisque l’expert les mentionne.
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12 -
Je vous (réd. : rappelle) que l’expert se contredit, sur la durée de
passage des tests psychotechniques, et le fait que j’ai fini ou non les
tests, cela remet en doute la valeur de l’expertise je le (réd. :
rappelle), soit j’ai fini les tests dans un temps normal, soit je
les (réd. : ai) pas fini dans un temps anormalement long.
L’expert ne mentionne pas la durée de l’entretien en minutes c’est
(réd. : flou) et pas précis (réd. : cet) entretien (réd. : a duré) au bas
(réd. : mot) 30 min.
L’expert n’a pas développé, codé, et quantifié l’Axe 5, comme il se
doit selon DSM VI-TR Diagnostique et statistique avec L’échelle GAS
indice 0 à 100 (Global Assesment Scale).
(...)
Je revendique toujours mes troubles anxieux, une dépendance à
internet, ainsi qu’une personnalité schizoïde pathologique à
caractère sévère, comme le précise l’expert de manière non
complètement correcte, et une personnalité évitante, ainsi que des
perturbations hyper (réd.: imaginatives), cela me pousse à rester
chez moi (réd. : claustré), d’ailleurs l’expert avoue que je reste la
(réd. : plupart) du temps chez moi (réd. : claustré), et que j’effectue
des sorties toujours pareil au terrain de football près de chez moi, ce
qui correspond sur le plan sémiologique à une claustration
passive (réd. : partielle) avec sortie stéréotypée que l’on
retrouve dans le repli autistique et l’apragmatisme, on
retrouve la stéréotypie comportementale dans plusieurs troubles
psychiques, les (réd. : diagnostics) différentiels (réd. :n’ont) pas été
développés de manière suffisance selon moi. (exemple : Trouble
envahissant du développement qui figure comme (réd. :diagnostic
différentiel de la personnalité schizoïde, d’autant plus que l’expert
parle d’autisme, ex : Syndrome Asperger, ce qui (réd. :aurait dû)
attirer son attention et au moins le pousser à exclure les critères
pour les troubles du spectre autistique avec cohérence qu’il, selon la
méthodologie d’exclusion des critères (réd. :décrite) dans le manuel
DESM IV-TR diagnostique et statistique chose qu’il (réd. :n’a pas
faite)
(...)"
Par décision du 5 mars 2014, l’OAI a informé l’assuré qu’une
orientation professionnelle pour déterminer ses possibilités de réinsertion
professionnelle aurait lieu dans ses locaux, précisant que cette
communication (recte : décision) ne mettait pas un terme à la procédure
et que son doit à d’éventuelles autres prestations serait encore examiné.
B.Par acte du 4 avril 2014, W.________, désormais assisté de
l’avocat Guy Longchamp, a recouru contre cette décision, concluant
principalement à sa réforme en ce sens qu’une rente totale d’invalidité lui
est accordée à compter du 1
er
août 2013, intérêts en sus à 5% l’an.
Subsidiairement, il a conclu à l’annulation de la décision et au renvoi de la
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13 -
cause pour nouvelle instruction et nouvelle décision. A l’appui de ces
conclusions, le recourant a fait valoir que l’expertise du Dr Q.________
n’était pas probante, se référant à ses précédents arguments et relevant
que cet expert était critiqué pour son déni des maladies psychiques, et
qu’en dépit de sa bonne volonté, ses troubles de santé psychique
justifiaient l’octroi d’une rente entière, ou à tout le moins l’abandon de la
mesure d’orientation professionnelle envisagée. Le recourant a requis la
mise en œuvre d’une expertise psychiatrique "complète, actualisée et
conforme à la jurisprudence et aux lignes directrices établie (sic) par la
société suisse de psychiatrie".
Le recourant a requis d’être mis au bénéfice de l’assistance
judiciaire. Par décision du 5 mai 2014 (AJ14.014239), le Juge instructeur a
rejeté cette requête, faute d’indigence.
L’intimé s’est déterminé sur le recours par réponse du 18 juin
2014, proposant le rejet du recours. Il a renvoyé au courrier qu’il avait
adressé au recourant le 24 février 2014 et relevé que l’orientation devait
permettre de déterminer les activités envisageables au vu des limitations
fonctionnelles de l’intéressé ainsi que les mesures à mettre en place pour
l’aider à mettre en valeur sa capacité de travail. L’intimé a maintenu que
l’examen d’un éventuel droit à la rente était prématuré.
Répliquant le 20 novembre 2014, le recourant a maintenu ses
conclusions, se prévalant d’un rapport établi par le Dr B.________ le 13 août
2014, qui a la teneur suivante :
"(...) W.________ est suivi régulièrement à ma consultation depuis le
06.08.2012 pour des troubles psychiatriques complexes lui
interdisant l’accomplissement d’un rôle normal dans la société, qui
se traduit par un déficit d’adaptivité à la vie ordinaire et une
incapacité à entrer en relation avec autrui. Il vit depuis le divorce de
ses parents à l’âge de ses 15 ans, chez son père, rentier AI à 50%
pour maladie psychique chronique.
W.________ mène une vie en solitaire, avec un père souffrant d’une
maladie psychique dont il n’a que partiellement conscience. Vie
routinière, ritualisée au rythme du repas qu’ils partagent, le plus
souvent le même "les pâtes", sans aucune notion d’affectivité ou
d’échange de dialogue. W.________ n’a aucune relation sociale, il
-
14 -
passe la plupart de son temps sur internet entre 5 à 10 heures par
jour, il l’utilise comme moyen d’accéder au monde extérieur, de
manière anonyme sans devoir à interagir socialement, ce qu’il
redoute particulièrement.
Il présente une faible estime de soi, en un état constant de tension,
et tout éventuel contact avec l’extérieur est perçu comme
particulièrement angoissant et éprouvant. Il alterne entre activité
sur le web et la "fuite" dans l’imaginaire "rêverie diurne" et il
n’effectue aucune (réd. : tâche) en dehors de chez lui. Impossibilité
pour lui d’aller faire des commissions, prendre un bus ou d’aller
s’attabler sur une terrasse, pas même en ma compagnie dans le
cadre d’une thérapie comportementale. L’idée même qu’il ait une
tierce personne lors de l’entretien thérapeutique n’est plus
admissible. Expression d’une forte angoisse pouvant mener à une
rupture du suivi thérapeutique. La seule évolution très
progressivement favorable est le fait d’avoir instauré une sortie de
marche d’une heure, actuellement à 2 fois par semaine, qu’il (réd. :
maintient) tant bien que mal. Cependant, sorties devenues
stéréotypées, sans aucune interaction avec l’extérieur, toujours
dans les mêmes conditions : casquette, lunette et écouteurs, faisant
le même parcours et retour à domicile.
L’échelle actuelle d’Évaluation globale du fonctionnement (EGF),
objective une incapacité de fonctionner dans presque tous les
domaines. Une expertise faite en date du 25.04.2013 à la demande
de l’AI est perçue par le patient comme une entrave à ses droits à
une prestation. Depuis, il est convaincu et de façon inébranlable être
dépossédé de ses droits. Cependant, le suivi psychothérapeutique a
pu être maintenu, sans qu’il ait de grande prétention à une reprise
d’une vie sociale dans le moyen terme. Mais dans l’objectif de
limiter une décompensation grave au cas où l’équilibre précaire du
système actuel père-enfant serait en difficulté. Dans (réd. : une)
telle éventualité, W.________ a déjà anticipé (réd. : de) recourir au
suicide par assistance au cas où il manquerait de finance pour
survivre.
(...)"
Dans sa duplique du 17 décembre 2014, l’intimé a confirmé sa
position, exposant que le rapport du Dr B.________ n’apportait aucun
élément objectif que l’expert aurait ignoré ni n’attestait d’une aggravation
de l’état de santé du recourant depuis le mois d’avril 2013.
Cette écriture a été transmise par avis du 22 décembre 2014
au recourant, pour information.
E n d r o i t :
-
15 -
1.a) Sous réserve des dérogations expresses, les dispositions de
la LPGA (loi fédérale sur la partie générale du droit des assurances
sociales du 6 octobre 2000; RS 830.1) s’appliquent à l’assurance-invalidité
(art. 1 al. 1 LAI [loi fédérale sur l'assurance-invalidité du 19 juin 1959; RS
831.20]).
b) Les décisions sur opposition et celles contre lesquelles la
voie de l'opposition n'est pas ouverte sont sujettes à recours (art. 56
LPGA) devant le tribunal du domicile de l’office concerné (art. 69 al. 1 let.
a LAI), qui statue en instance unique (art. 57 LPGA). Dans le canton de
Vaud, cette compétence échoit à la Cour des assurances sociales du
Tribunal cantonal (art. 93 let. a LPA-VD [loi vaudoise sur la procédure
administrative du 28 octobre 2008; RSV 173.36]).
c) L’acte de recours, qui doit contenir un exposé succinct des
faits et des motifs invoqués, ainsi que les conclusions (art. 61 let. b LPGA),
doit être déposé dans les trente jours suivant la notification de la décision
sujette à recours (art. 60 al. 1 LPGA).
En l’espèce le recours – qui remplit les conditions légales de
forme – a été déposé le 4 avril 2014, soit le trentième jour après le
prononcé de la décision litigieuse du 5 mars 2014, de sorte qu’il est en
principe recevable.
2.A titre préliminaire, on rappellera que l’invalidité n’est
reconnue que pour autant qu’à l’issue des mesures de réinsertion
exigibles, une perte totale ou partielle de la capacité de gain demeure
(art. 8 al. 1 cum art. 7 al. 1 LPGA ainsi que l’art. 16 LPGA). Il en découle le
principe "la réinsertion avant la rente", qui prévoit qu’avant la mise en
œuvre de mesures de réinsertion, une rente ne peut être octroyée que si
l’assuré, en raison de son état de santé, n’est pas (encore) capable d’être
réinséré (ATF 121 V 190 consid. 4a). Selon l’art. 28 al. 1 let. a LAI, dans sa
version en vigueur depuis le 1
er
janvier 2008, l'assuré a droit à une rente si
sa capacité de gain ou sa capacité d'accomplir ses travaux habituels ne
peut pas être rétablie, maintenue ou améliorée par des mesures de
-
16 -
réadaptation raisonnablement exigibles. Cette disposition vise à ancrer la
priorité de la réinsertion sur la rente de manière encore plus forte dans la
loi et de restreindre l’accès à la rente (ATF 137 V 351 consid. 4.2). Les
prestations de rente doivent dès lors uniquement entrer en action lorsque
(plus) aucune mesure de réadaptation exigible n’entre en ligne de compte
(TF 9C_99/2010 du 6 décembre 2010 consid. 3.1). Le droit à la rente n’a
dès lors pas à être examiné et une rente ne peut pas être prononcée,
aussi longtemps que des mesures de réadaptation entrent en
considération (pour le tout : cf. TF 9C_108/2012 du 5 juin 2012
consid. 2.2.1 et les autres réf. cit.).
3.Dans la procédure juridictionnelle administrative, ne peuvent
être examinés et jugés, en principe, que les rapports juridiques à propos
desquels l'autorité administrative compétente s'est prononcée
préalablement d'une manière qui la lie, sous la forme d'une décision (ATF
131 V 164 consid. 2.1; ATF 125 V 413 consid. 1a; TF 9C_195/2013 du 15
novembre 2013 consid. 3.1). Pour des motifs d'économie de procédure, la
procédure juridictionnelle administrative peut être étendue à une question
excédant l'objet de la contestation, pour autant que celle-ci remplisse
certaines conditions non réalisées en l’espèce (ATF 130 V 501 consid. 1.2;
ATF 122 V 34 consid. 2a et réf. cit.).
L’objet du litige porte en l’espèce sur l’exigibilité d’une mesure
d’ordre professionnel octroyée au recourant, l’intimé n’ayant à ce jour pas
tranché la question du droit à la rente. Dans ces conditions et
conformément aux principes exposés au considérant précédent, la
conclusion en réforme du recourant, par laquelle il demande l’octroi d’une
rente, est irrecevable.
4.a) En vertu de l’art. 8 al. 1 LAI, les assurés invalides ou
menacés d'une invalidité (art. 8 LPGA) ont droit à des mesures de
réadaptation pour autant qu’elles soient nécessaires et de nature à
rétablir, maintenir ou améliorer leur capacité de gain ou leur capacité
d'accomplir leurs travaux habituels (let. a) et que les conditions d'octroi
des différentes mesures soient remplies (let. b).
-
17 -
L'assuré auquel son invalidité rend difficile le choix d'une
profession ou l'exercice de son activité antérieure a droit à l'orientation
professionnelle (art. 15 LAI). Ce droit suppose que l'assuré capable de
choisir une profession ou une nouvelle orientation professionnelle est
empêché de faire ce choix par la survenance d'une atteinte à la santé,
parce que ses connaissances relatives aux aptitudes, capacités
professionnelles et possibilités ne suffisent pas pour pouvoir choisir une
profession adaptée au handicap ou une nouvelle orientation dans une telle
profession (ATF 114 V 29 consid. 1a; TF 9C_236/2012 du 15 février 2013
consid. 3.5 et les autres réf. cit.).
Entre en considération tout handicap physique ou psychique
propre à réduire le nombre des professions et activités que l'assuré
pourrait exercer, compte tenu des dispositions personnelles, des aptitudes
exigées et des possibilités disponibles, ou à empêcher l'exercice de
l'activité déployée jusqu'à présent (ATF 114 V 29 consid. 1a; cf. ég. TFA I
154/76 du 22 novembre 1976 consid. 2 in RCC 1977 p. 203). L'octroi d'une
orientation professionnelle suppose que l'assuré soit entravé, même de
manière faible, dans sa recherche d'un emploi adéquat à la suite de
problèmes de santé (TFA I 11/99 du 15 octobre 1999 consid. 6). Sont
exclus les handicaps insignifiants qui n'ont pas pour effet de provoquer un
empêchement sérieux et qui, par conséquent, ne justifient pas
l'intervention de l'assurance-invalidité (ATF 114 V 29 consid. 1a; Meyer-
Blaser, Zum Verhältnismässigkeitsgrundsatz im staatlichen Leistungsrecht,
Berne 1985, pp 156 ss). L'orientation professionnelle doit guider l'assuré
vers l'activité dans laquelle il aura le plus de chances de succès, compte
tenu de ses dispositions et de ses aptitudes. Parmi les mesures qui
peuvent entrer en ligne de compte figurent notamment les entretiens
d'orientation, les tests d'aptitudes ou encore les stages d'observation en
milieu ou hors milieu professionnel (TFA I 552/86 du 27 novembre 1987
consid. 4a in RCC 1988 p. 191; cf. ég. Meyer, Bundesgesetz über die
Invalidenversicherung, 2
e
éd., Zurich 2010, ad art. 15 LAI p. 174; pour le
tout TF 9C_534/2010 du 10 février 2011 consid. 3.2).
-
18 -
Les mesures de réadaptation ne sont pas soumises par la loi à
la condition d’un degré d’invalidité défini. Le droit à une mesure
particulière nécessite qu’elle soit apte à remplir son but de réadaptation
(TF 9C_905/2014 du 15 février 2015 consid. 2.2). Certains auteurs
considèrent que l’orientation professionnelle ne remplit cette condition
que si l’assuré se montre subjectivement disposé à sa mise en œuvre
(Meyer, op. cit., ad art. 15 p. 175; Meyer/Reichmuth, Bundesgesetz über
die Invalidenversicherung, Zurich 2014, n. 5 ad art. 15 LAI).
b) Quoi qu’il en soit, également selon les auteurs précités,
l'assuré a l’obligation de participer activement à la mise en oeuvre de
toutes les mesures raisonnablement exigibles contribuant soit au maintien
de son emploi actuel, soit à sa réadaptation à la vie professionnelle ou à
l'exercice d'une activité comparable (travaux habituels), en particulier aux
mesures d’ordre professionnel (art. 7 al. 2 let. c LAI). Est réputée
raisonnablement exigible toute mesure servant à la réadaptation de
l'assuré, à l'exception des mesures qui ne sont pas adaptées à son état de
santé (art. 7a LAI).
En vertu de l’art. 21 al. 4 LPGA – applicable en cas de violation
des obligations découlant de l’art. 7 LAI par le renvoi de l’art. 7b al. 1 LAI –
, les prestations peuvent être réduites ou refusées temporairement ou
définitivement, notamment si l'assuré se soustrait ou s'oppose, ou encore
ne participe pas spontanément, dans les limites de ce qui peut être exigé
de lui, à une mesure de réinsertion professionnelle raisonnablement
exigible et susceptible d'améliorer notablement sa capacité de travail ou
d'offrir une nouvelle possibilité de gain. Une mise en demeure écrite
l'avertissant des conséquences juridiques et lui impartissant un délai de
réflexion convenable doit lui avoir été adressée. Les traitements et les
mesures de réadaptation qui présentent un danger pour la vie ou pour la
santé ne peuvent être exigés.
Cette procédure doit également être respectée en cas de
suppression de l’orientation professionnelle qui a déjà été mise en œuvre,
-
19 -
celle-ci étant une prestation de l’assurance-invalidité en faveur de l’assuré
(Meyer/Reichmuth, loc. cit.).
5.a) Conformément au principe de la libre appréciation des
preuves (art. 61 let. c LPGA), le juge est tenu de procéder à une
appréciation complète, rigoureuse et objective des rapports médicaux en
relation avec leur contenu (ATF 132 V 393 consid. 2.1); il doit examiner
objectivement tous les documents à disposition, quelle que soit la
provenance, puis décider s'ils permettent de porter un jugement valable
sur le droit litigieux. S'il existe des avis contradictoires, il ne peut trancher
l'affaire sans indiquer les raisons pour lesquelles il se fonde sur une
opinion plutôt qu'une autre (ATF 125 V 351 consid. 3a; pour le tout TF
9C_398/2014 du 27 août 2014).
b) Une expertise médicale peut notamment être mise en
œuvre, aux conditions de l’art. 44 LPGA. L’OFAS – qui peut donner des
instructions aux organes d’exécution (art. 64 al. 1 LAI cum art. 72 al. 1
LAVS) – a édicté les conditions suivantes en la matière dans sa Circulaire
sur la procédure dans l’assurance-invalidité (CPAI), dont la version
pertinente dans le cas d’espèce est celle en vigueur du 1
er
janvier au
31 décembre 2014. Ces instructions lient l’administration, mais pas le
juge, qui les applique toutefois dans la mesure où elles sont compatibles
avec le texte de la loi (ATF 129 V 68 consid. 1.1.1).
L’expertise doit ainsi fournir les données médicales
nécessaires à l’appréciation du droit aux prestations, en particulier les
atteintes à la santé et leurs répercussions sur la capacité de travail dans
les activités professionnelles exercées jusque-là ou dans d’autres activités
professionnelles appropriées. Elle doit également renseigner, sur les
possibilités de réadapter l’assuré et sur la question de savoir si, du point
de vue médical, la mise oeuvre d’une réadaptation est raisonnablement
exigible (CPAI, ch. 2074.1).
c) Sur mandat de l’OFAS, la Société suisse de psychiatrie
d’assurance a en outre émis des lignes directrices de qualité des
-
20 -
expertises psychiatriques dans le domaine de l’Assurance-invalidité
(accessibles sur la plateforme www.ai-pro-medico.ch, rubrique "Instruction
par l’AI", sous-rubrique "Procédure"). Celles-ci sont des recommandations,
dont il est possible de s’écarter dans certains cas fondés (Introduction p.
4, "Rôle des lignes directrices").
S’agissant de la méthodologie à suivre par l’expert, les liges
directrices préconisent, en introduction (p. 4), le recours à une pluralité
d’instruments dans le but de formuler une appréciation scientifiquement
fondée du diagnostic et de l’évaluation selon les critères de la médecine
des assurances (par ex. concernant la capacité de travail). L’examen de
base comprend l’analyse du dossier, l’investigation, l’examen clinique
ainsi que des instruments spécifiques. Suivant l’indication et les
compétences de l’expert, d’autres moyens d’investigation sont réservés.
Dans la structure de l’expertise psychiatrique, les lignes
directrices prévoient, sous chiffre 4.3.1 (p. 8), qu’un examen psychiatrique
clinique complet est obligatoire, y compris un status "selon le système
AMDP", ainsi qu’une description de la personnalité.
Sous chiffre 4.3.2, les lignes directrices recommandent en
outre, à titre d’examens complémentaires psychiatriques (p. 14 in fine), le
recours à des questionnaires diagnostics (auto-appréciation ou
appréciation par un tiers), l’examen clinique restant toutefois la base pour
juger de la plausibilité des résultats obtenus lors des tests psychologiques.
d) Cela étant il ne suffit pas, pour remettre en cause la valeur
probante d’une expertise médicale, de prétendre que l'expert aurait dû
logiquement présenter des conclusions différentes; il appartient d'établir
l'existence d'éléments objectivement vérifiables – de nature clinique ou
diagnostique – qui auraient été ignorés dans le cadre de l'expertise et qui
seraient suffisamment pertinents pour remettre en cause le bien-fondé
des conclusions de l'expert ou établir le caractère incomplet de son
ouvrage. Cela vaut également lorsqu'un ou plusieurs médecins ont émis
-
21 -
une opinion divergeant de celle de l'expert (TF 9C_268/2011 du 26 juillet
2011 consid. 6.1.2 et les arrêts cités).
6.a) Dans le cas d’espèce, l’expert Q.________ a estimé que
l’intéressé ne présentait pas d’incapacité de travail malgré un trouble de
la personnalité important. L’intimé, se fondant sur un avis médical du
8 juillet 2013, en a déduit une pleine capacité de travail, mais dans un
environnement nécessitant peu d’interaction personnelle. Le recourant
conteste cette appréciation, émettant divers reproches à l’encontre de
l’expertise.
b) Il fait d’abord grief à l’expert de n’avoir pas respecté les
lignes directrices de la Société suisse de psychiatrie d’assurance, celles-ci
prévoyant l’établissement d’un status complet selon le système AMDP. Il
relève en outre diverses inexactitudes (titularité d’un permis de conduire,
refus de se soumettre à un test) ou contradictions (durée des tests
psychométriques) dans le rapport d’expertise.
Les arguments du recourant portent sur la méthode choisie
par l’expert. Toutefois ce dernier, pour autant qu’il remplisse sa mission
(cf. à cet égard CPAI ch. 2704.1, supra consid. 5/b), est en principe libre
dans la conduite de l’expertise.
Le recourant n’avance en l’espèce aucun élément clinique ou
diagnostique (qui sont seuls pertinents, cf. supra consid. 5/d) que l’expert
aurait omis de prendre en compte et qui soit susceptible d’affecter les
conclusions de ce dernier. Ces conclusions sont en l’occurrence fondées
sur l’étude des pièces du dossier, un examen clinique circonstancié (la
durée exacte de cet examen n’est pas pertinente : cf. TF 9C_386/2010 du
15 novembre 2010 consid. 3.2 et réf. cit.) et les résultats de tests prenant
en compte des éléments d’auto- et d’hétéro-évaluation. L’expert a ainsi
évalué la situation de manière exhaustive.
On rappellera en outre que les lignes directrices de la Société
suisse de psychiatrie d’assurance ne constituent que des
-
22 -
recommandations et permettent expressément que l’on s’en écarte dans
des cas justifiés (cf. supra consid. 5/c). Le recourant ne peut dès lors rien
en tirer dans le cas d’espèce.
S’agissant des erreurs et contradictions relevées par le
recourant, elles ne se rapportent pas à des éléments médicaux, mais au
quotidien du recourant ou au déroulement de l’expertise. Il n’apparaît
cependant pas que ces éléments aient une influence sur les conclusions
de l’expert, le temps requis pour compléter les tests psychométriques
n’ayant en particulier aucune influence sur les résultats relevés, ni sur leur
appréciation comparée.
c) Le recourant expose encore plusieurs diagnostics (en
particulier schizophrénie simple, claustration passive ou, même s’il les
mentionne de façon moins affirmative, des troubles autistiques) que
l’expert aurait dû retenir selon lui. Ce faisant, il oppose cependant sa
propre appréciation à celle de l’expert, ce qu’il n’est pas habilité à faire
(cf. supra consid. 5/d).
Il en va de même des écrits du Dr B.________, qui contredisent
pour l’essentiel les constatations de l’expert sans apporter d’éléments qui
n’auraient pas été pris en compte. Le recourant a au demeurant révélé à
l’expert que c’était dans le but de "valider" sa propre appréciation qu’il
avait consulté ce praticien, de sorte que les constatations de ce dernier
doivent être prises avec réserve en raison d’un risque important
d’instrumentalisation. En effet, le recourant était préalablement très bien
renseigné sur les symptômes qu’il estimait propres à lui ouvrir un droit à la
rente.
7.Cela étant, l’expert a retenu que le recourant disposait d’une
capacité de travail lui permettant d’exercer une activité adaptée à son
trouble de la personnalité. Bien que la question litigieuse ne soit, à ce
stade, pas expressément celle de la capacité de travail (cf. supra
consid. 2), ces constatations permettent néanmoins d’admettre que le
recourant peut, dans une mesure raisonnablement exigible, se soumettre
-
23 -
à des mesures d’ordre professionnel, sous forme d’une orientation
professionnelle. Rien ne permet de surcroît de dire, à la lecture du rapport
d’expertise, que celles-ci pourraient aggraver l’état de santé du recourant
(cf. art. 21 al. 4 in fine LPGA). Des difficultés lors de relations
interpersonnelles justifient au contraire l’octroi d’une orientation
professionnelle, le recourant – qui n’a jamais exercé d’activité –
remplissant à cet égard les conditions de l’art. 15 LAI (cf. supra
consid. 4/a), à tout le moins s’agissant d’un premier entretien
d’orientation.
Concernant l’accord du recourant à la mise en œuvre de cette
mesure, on relèvera que le recourant s’est déclaré disposé à collaborer
avec l’intimé, la présente procédure faisant suite à des divergences
d’opinions avec l’expert. Cette question étant désormais close, on
retiendra en l’état les déclarations du recourant. Si celles-ci devaient se
révéler inexactes, il appartiendra à l’intimé d’avertir le recourant des
conséquences de son refus de collaborer, en lui impartissant un délai de
réflexion suffisant (art. 21 al. 4 LPGA, cf. supra consid. 4/b in fine), à
l’instar de ce qui prévaut pour toutes les autres prestations de l’assurance-
invalidité.
8.Au vu de ce qui précède, la Cour dispose de tous les éléments
nécessaires pour connaître de l’affaire, de sorte que la réquisition du
recourant tendant à la mise en œuvre d’une expertise judiciaire doit être
rejetée (appréciation anticipée des preuves; ATF 140 I 285 consid. 6.3.1 et
les nombreux arrêts cités).
9.a) En définitive, le recours doit être rejeté dans la mesure de
sa recevabilité et la décision de l’intimé du 5 mars 2014 doit être
confirmée.
b) Les frais judiciaires, fixés à 400 fr., sont mis à la charge du
recourant qui succombe (art. 69 al. 1
bis
LAI).
-
24 -
Vu le sort du recours, le recourant ne peut au demeurant pas
prétendre à l’octroi de dépens (art. 61 let. g LPGA; art. 55 al. 1 LPA-VD).
Par ces motifs,
la Cour des assurances sociales
p r o n o n c e :
I. Le recours est rejeté, dans la mesure de sa recevabilité.
II. La décision rendue le 5 mars 2014 par l’Office de l'assurance-
invalidité pour le canton de Vaud est confirmée.
III. Les frais judiciaires, fixés à 400 fr. (quatre cents francs), sont
mis à la charge de W..
IV. Il n’est pas alloué de dépens.
La présidente : Le greffier :
Du
L'arrêt qui précède, dont la rédaction a été approuvée à huis
clos, est notifié à :
-Me Guy Longchamp (pour W.),
-Office de l'assurance-invalidité pour le canton de Vaud,
-Office fédéral des assurances sociales,
par l'envoi de photocopies.
Le présent arrêt peut faire l'objet d'un recours en matière de
droit public devant le Tribunal fédéral au sens des art. 82 ss LTF (loi du 17