532 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
2rmft lie(egten fth.1umß fein, rooimrd) biefe bel' Jtonfurßmaife
ent30gen unh oamit baß 58ermögen be Jtonturfiten 3um m:ad)teH
bel' 'll1nffe liefd)ränft tlcrbe. m:un fei hurd) ben et J.)annten taal
bertrag für bie '.territorien bel' 58ertragnft(li1ten bel' runbfa bel'
inneit beß Jtonturfe nIß berliinblid) erfliirt. müffe alfo im
58erfenr öroifd)en ben lieiben iinhern gan3 gIeid) genaUen werben
roie im internen 58erfenr bel' d)weia. :nie iefigen Iiiuliiger
iitten inre orberung im Jtonfur in ffih1nel)en anaumelben unb
im affe bcr cftreitung im JtoUofation6berfa9ren gertenb au
mad)en. :ner Umftanb, baß bel' mft nid)t angefoel)tcn wurbc,
fei irrelebanl i benn bie 58erfügung be (ubien3riel)terilmte lei
bom rreft burd)auß unabniingig unh ein feIliftiinbifics :nertel,
bas ba9cr aud) für fid) allein angefoel)ten luerben fönne; -
in rwägung:
?menn aud) bie med)lnöffnung6berfftgung einerfeitß bom treft
unh bem baall gefef)affenen etreiliungsforum aonangtg tft unb
(tnberfeit bie ortfenun9 bel' ctreioung unb Umltlilnblung be
rrefte in bie 113fänbung ermögUef)t, unb wenn iie bager (lUd)
. mit bem (rreft unb ber etreibung ftent unb fiiUt, fo tft bocQ
int'e red)tlid e ebeutllng in teiner 1!15eife, 58el'mögen be eI)ulb
nerß felbel' au ber9aften, fonbern lebigUeI) bie ):equiediarfeit ber
in etreiliung gefenten orberung aus3ufl'l'ed)en. :ner med)t
öffnungnriel)ter l)at benn auel) nnel) ben jeine Jtognition umfd)rd;
henben eibgenöffifd en :normen - 5ct)Jt (rt. 81 für bie befini;
tibe unb rt. 82 61. 2 für bie prol,liforifd e !)(eel)tnöffnung --
bie Bufiijitgfeit unb ültigfeit ber ell'eioung unb eine beren
rnnb age bUbenben rreftc6 niel)t n(tel)3unrüfen; bie rage, wo
ber d)ulbner lielangt luel'ben fönne unb wdd)e 58ermögenßftücft'
mit :Bejd lag lielegt merben fönnen, fpieIt barnad) oei feinem nt
fel)eibe feine moUe; bel' med)t6öffnung6rief)ter fann innbefl)nbere
aud nid)t untel'fuel)en, 06 mit unh etreibung ba im 58er;
l)ältniß 3u einem aU61 lärtigen 5tant ftaat6l,lerttagliel) fanftionierte
rin3i:p bel' inl)eit unb ttraftibfretit be Jtllnfurfe6 berfenen.
9(ael) bem f er lorgel)o6enen ?mcfen ber med t6öffnung fann ntd t
ilnerfanut urrhen, bau bie angefoel)tene, nid)t bie 58oUftrecfung,
fonbern bie .requierliarfeit einer U:orberung befd)lagenbe 58erfügung
beß ubieu3rid ters in Bütiel) lief) ag eine "fonitige 58erfügung"
im 'Sinne bel' Übminfnnft mit a )ern i)on 1834 barjteUt, wo
H. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. No 88.
'tuntel' bem rreft analoge 'll1nunal)men unb bieUeiel)t auel) nod
fo!d e 58erfügungen 3u l.Ierftegen finb, bie, wie bie etl'ei iung unb
5.ßfänbung, bie burd ben Illmft bemirfte efd)ragnal)me fortrül)ren.
Unb e.6 folgt baraus, bau bie meel)t6Qffnung nid t au bem ge;
nannten Stnatnbertrage, ben fie niel)t bedent unb gar nid)t bel';
lenen tonnte, angefod)ten werben fann, fonbern baj3 bie nfeel)tung
(tU bem efiel)t unfte un3ufliffiger :pe3inlbOUftrecfung gegen ben
rreft, bieUeiel)t auel) nod) gegen bie etreibung unb 113fiinbung
3u riel)ten tft; -
erhnnt:
SDer mefur.6 wirb aligeroiefen.
II. Auslieferung. -Extradition.
Vertrag mit Russland. -TraUe avec la Russie .
88. Arret du 13 juillet 1908, dans la cause Wa.ssllieft'.
-Art. 6 du traite; art. 10 al. 1 loi fed. Bur l'extradition
aux Etats etrangers: delit politique ou deUt ayant un
caractere preponderant du deUt commun ? (Meurtre d'un
fonctionnaire de police en Russie, en execution d'une decision
du parti socialiste-revolutionnaire russe.)
A. -Par note verbale du 12/25 fevrier 1908, la Legation
imperiale de Russie
ä. Berne a, d'ordre de son gouvernement
et sur 111 base de l'art. 3 du traite d'extradition russo-suisse
du
17/5 novembre 1873, demand au Conseil federall'extra-
dition
du sujet russe Victor Platonovitch Wassilieff, amnte ä.
'Geneve, et accuse d'avoir premedite et accompli le meurtre du
MaUre de police de Pensa, Kandaonrow, le 26 janvier 1906.
A l'appui de la demande d'extradition, la Legation impe-
,fiale
a produit: trois ordonnances du Juge d'instruction ponr
Jes affaires de haute importance
pres le Tribunal d'arrondis-
sement de
Pensa, -les deux prernieres datees du 26 jan-
vier
1906, la troisieme du 13 janvier 1908; -diverses decla-
534 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. I V. Abschnitt. Staatsverträge.
rations du Gouvernement russe presentees sous forme deo
notes verbales; copie d'articles de diverses lois de l'empire;
et, enfin, copie d'un
office du Premier Departement du Minis-
tere
de la Justice au Deuxieme Departement du Ministere des
Affaires
etrangeres. Les documents et articles de lois en langue
russe
etaient accompagnes d'une traduction franQaise. De ces
pieces il y a lieu d'extraire ce qui suit:
Wassilieff, ar1'ete le 26 janvier 1906, tout de suite ap1'es le
crime dont iI est accuse, a reconnu et1'e affilie au camp
volant de l'organisation de combat
du parti socialiste revolu-
tiOlmaire russe et a avoue etre l'auteur du meurtre de Kan-
daourow. Il fnt mis en etat d'accusation par ordonnance du
meme
jour, sous l'inculpation des crimes prevus aux art. 126
du Code criminel et 1453 du Code peDal.
Varticle 126 du Code criminel est ainsi cont;;u: " Tout
individu affilie a une association qui s'est formee dans
le but de changer Ia forme du gouvernement etabli en
Russie ou de commettre des crimes a l'aide des explo-
sifs ou des engins explosibles, sera puni des travaux forces
de huit ans au plus ou de Ia deportation. -L'art. 1453
du Code penal dispose : A l'une des peines edictees par l'art.
" 1452 (privation de tous les droits, travaux forces pour lec
temps de quinze a vingt ans ou a perpetuite), sera condamne
le coupable d'un meu1'tre commis avec p1'emeditation ou avec
l'intention de donner la mort .... 3° quand, pour commettre
le crime, l'assassin se met en embuscade quelconque pour
attendre sa victime ou l'attire dans un lieu ou il pourra
plus facilement attenter a sa vie; etc. -Par ordre du,
Ministere de I'Interieur l'affaire fut soustraite a la juridiction
ordinaire et renvoyee au Tribunal militaire, ce qui avait pour
effet d'entrainer l'application du code
penal militaire, dont
I'art. 279
porte: Quiconque en temps de guerre aura tue
avec intention ... sera puni de Ia privation de tous les droits
et de la peine de mort. Cet ordre du Ministere se fonde
sur les dispositions suivantes des Reglements sur Ies mesures
pour Ia protection de l'ordre de
l'Etat et du repos public,
annexes
a. l'art. 1 er (remarque 2) du Reglement sur la preven-
II. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. No 88.
tion des crimes (Tome XIV du Corps des lois, edition 1890) :
Art.
4: Dans les cas OU les manifestations et l'activite cri-
'1 minelIes de personnes complotant contre l'ordre de l'Etat
et Ie repos public prennent dans les endroits separes un
ca1'actere tellement menaQant qu'elles appellent la necessite
de mesures particulieres dans le but tl'obtenir la cessation
de ces manifestations, ces endroits sero nt declares, par Ia
voie ci-dessous mentionnee, en etat exclusif (etat qualifie
dans Ia traduction d'autres pieces comme etat de protection
renforcee). -Art.
5: La decIaration d'un endroit en etat
exclusif entraine ap1'es elle: 1
l'extension de la sphere
des devoirs et des limites du pouvoir des institutions
administratives existantes, pour Ia protection de l'ordre de
l'Etat et du repos public; ou l'imposition de ces devoirs.
extraordinaires et la remise de ce pouvoir aux organes du
gouvernement temporairement etabli dans ce but; 2° l'ag-
gravation de la responsabilite des personnes privees, de
meme que des autorites administratives, pour le non-accom-
plissement des devoirs qui leur seraient imposes pendant
l'etat exclusif. -Art. 17: Des gouverneurs generaux
et, dans les gouvernements qui ne leur sont pas soumis, du
Ministere de l'Interieur, il depend: 1
de renvoyer les
affaires separees concernant les crimes prevus par les Iois
criminelles generales a l'examen du Tribunal militaire,
quand ils reconnaissent cela necessaire dans le but de pro-
" teger l'ordre et le repos public, pour juger ces affaires
) d'apres les lois de Ia guerrre.
B. -Au cours de l'instruction, Wassilieff, soumis a obser
vation medicale, s'echappa. Lorsque sa presence a Geneve lui
fut
signaIee, le Juge d'instruction pour les affaires de haute
importance
pres le Tribunal d'arrondissement de Pensa rendit
r
en date du 13 janvier 1908, une ordonnance relatant les faits
ci-dessus
et po1'tant en outre ce qui suit: Prenant en consi-
) deration que le noble Victor Wassilieff est prevenu non seu-
lement de crime politique, mais encore de crime au sens
general, de meurtre premedite d'un magistrat, et notam-
ment du maUre de police de Pensa, lequel crime est puni
536 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
C onformement a l'art. 1453 du Code penal, a l'art. 17 du
Reglement sur l'etat de protection renforcee et a l'art. 279
livre XXII du Recueil des reglements militaires, de la priva-
"
tion de tous Ies droits et de la peine de mort; que pOur
un crime pareil, conformement a l'art. 3 de Ia Convention
sur l'extradition conclue par Ia Russie avec la Suisse, Was-
silieff doit etre extrade au Gouvernement, le J uge d'ins-
truction astatue ... de solliciter l'extradition. "
Le Departement federal de Justice et Police ayant, par
note verbale du 6 mars
1908, releve que l'inculpe avait ete
renvoye, en 1906, par devant les tribunaux militaires, sie-
geant comme tribunaux ( 'exception, et ayant annonce subor-
donner, en tout etat de cause, l'extradition demandee a une
declaration du Gouvernement imperial analogue acelIes qui
avaient ete remis es en des cas precedents, Ia Legation de
Russie a produit successivement
aux autorites federales les
documents dont ci-apres l'enumeration
et des extraits :
a) Note verbale de la Legation imperiale de Russie des
15/28 mars
1908: Eu se referant a Ia note verbale du
6 mars, la Legation imperiale de Russie a l'honneur d'in-
... former le Departement fMeral de Justice et Police que le
ressortissant russe Victor Wassilieff, accuse de l'assassi-
nat du chef de police Kandaourow a Pensa, sera traduit, en
cas d'extradition, devant les tribunaux ordinaires du lieu
du crime et ne sera pas poursuivi pour un crime politique
... quelconque commis avant son extradition ou pour une infrac-
"
tion connexe a un deUt de cette nature. "
b) Note verbale de la Legation imperiale de Russie des
30 mai/1Z juin 1908: Si son extradition est accordee, il
" (Wassilieff) sera juge par les tribunaux ordinaires, et pour
) seul crime d'homicide, n'entrainant pas la peine de mort.
c) Copie d'un office du Premier Departement du Ministere
de la Justice adresse le
23 mai (vieux style) 1908 sous
N° 5232 au Deuxieme Departement du Ministere des Aflaires
etrangeres, remise au Departement federal de Justice et
Police avec la note verbale
du 30 mai/12 juin 1908: Le
Gouvernement imperial ne demande l'extradition que pour
H. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N° 88.
traduire Wassiliefl devant les tribunaux ordinaires et seu-
:/ lement du chef de meurtre n'entrainant pas Ia peine de
mort. En outre, le Gouvernement imperial s'est engage a
ne poursuivre Wassilieff pour aucun autre erime commis
par lui anterieurement a son extradition eventuelle. :I
C. -Incarcere a Geneve, Wassiliefl a reconnu qu'etant
membre du camp volant de l'organisation de combat du
parti socialiste
revolutionnaire russe il avait, ensuite d'une
decision prise
et a l'aide d'un revolver qui lui avait eM remis
par son parti, mis a mort le maUre de police de Pensa,
Kandaourow, le 26 janvier 1906. Il a declare qu'il ne con-
naissait pas
meme sa victime; que, personnellement, il n'avait
aucun sentiment de haine, de vengeanee
ou de cupidite a
assouvir; le 26 janvier 1906 il attendit Kandaourow sur une
route
Oll celui-ci devait passer et, lorsqu'il eut ete informe par
un signal, fait au moyen d'un mouchoir, par d'autres conju-
res qui connaissaient le Maitre de police, que e'etait bien
ce dernier qui arrivait en traineau, il accomplit sa mission.
TI a declare que son acte etait un erime politique et qu'il
s'opposait
a l'extradition.
Dans les memoires divers
et les consultations juridiques
presentes a l'appui de Ia these de Wassilieff par son conseil, il
. a ete allegue en resume ce qui suit: Pour juger du caractere
d'un acte
il fant le replacer dans son cadre; il importe done
deo rappeler, avant tout, retat politique et social de la Russie
en
1905-1906, l'autocratie, l'absence de stabilite des lois,
le
defaut de responsabilite des fonctionnaires, l'intervention
du parti socialiste-revolutionnaire russe, son röle, son
pro-
gramme, sa tactique, les greves generales de 1905, les insur-
rections ayant eclate dans tont l'empire et ayant e16 eniin
snivies dn manifeste du Tsar, du 17/30 octobre 1905,
octroyant certaines libertes. Mais les privilegies de l'an-
cien
regime fomenterent une reaction; on organisa des pro-
vocations, des massacres par des bandes noires, qui ame-
,nerent l'insurrection sur tout Ie territoire russe; le gouver-
nement
en porte Ia responsabilite. -A Pensa, le 18/31
,octobre 1905, le Maitre de police Kandaourow dementait la
538 A. Staatsreehtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
realite du manifeste du Tsar, datant de Ia veille, bien qu'il en
eilt connaissance. Ayant a sa disposition des pouvoirs dicta-
toriaux,
qui furent encore etendus plus tard par Ia proclama-
tion de
Fetat de protection renforcee, Ie 5/1 novembre
1905, Ie Maitre de police fit un usage brutal et feroce de ses
prerogatives. Le 19 octobre /1
er novembre 1905, entre autres,
comme la population de Pensa manifestait pacifiquement sa
joie
au sujet de la decision du Tsar, il fit charger Ia foule
et massacrer par ses cosaques des jeunes gens, des femmes
et
des enfants inoffensifs. Il infligea des tortures morales et
physiques aux nombreux detenus politiqnes qu'il avait fait
emprisonner arbitrairement. Kandaourow n'etait pas
Ie seul
a commettre des actes de barbarie; le general-adjudant
Sakaroff, le general Litvinoff, le gouverneur Khvostoff prati-
quaient, dans le gouvernement de Pensa, les memes atrocites.
C'est pour mettre fin a cette situation abominable et contre
laquelle
il n'y avait pas d'autre remMe possible, que le parti
socialiste-revolutionnaire
dtkida la suppression de ces re-
presentants
du gouvernement, qui tous furent successivement
executes. C'est dans le cadre immense de ces agitations re-
volutionnaires et de ces bouleversements insurrectionnels que
s'est
deroule le drame auquelle nom de Wasililieff est mele.
La doctrine et la legisiation se servent de deux criteriums,
I'un objectif, l'autre subjectif, pour reconnaitre
si nn fait
constitue un crime politique
ou un crime de droit commun.
Le criterium objectif
reside dans la qualitS officielle de
Ia victime ou dans les circonstances de temps et de lieu
dans lesquelles
Ie fait s'accomplit, ou dans le resultat que le
fait
meme devait produire; le criterium subjectif reside dans
l'intention de l'agent
et dans Ie but poursuivi par sou acte
visant au renversement de l'ordre politique
ou social etabli,
ou a la legitime defense contre les actes du gouvernement
contraires
a la legalite ou aux principes generaux de la
justice ou de l'equite. Si l'on examine l'acte faisant l'objet
de l'accusation
a Ia lumiere de cette methode experimen-
tale, on voit qu'en fait il a ete accompli en pleine periode
d'insurrection, sur l'ordre de l'organisation de combat dlL
H. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N° 88.
'Parti socialiste-revolutionnaire, contre Kandaourow, MaUre
de police, et le principal agent de repression du Gouverne-
IDent russe a Pensa,; il a ete accompli dans un but de legitime
defense, contre les exactions et les atrocites ordonnees et
commises par ce haut fonctionnaire, qui avait commande
des massacres
et inflige des tortures aux prisonniers politi-
ques; cette infraction tendait intentionnellement au renver-'
sement de l'ordre politique etabli, par l'affaiblissement de ses
organes, et en tous cas, par voie de legitime dMense, a la
suppression de pratiques contraires non seulement
a la jus-
tice
et a l'equite, mais encore aux notions les plus elemen-
taires
d'humanite. L'existence de toutes ces circonstances
Tesulte en particulier de
Ia proclamation du comite du parti
socialiste-revolutionnaire russe de Pensa
du 4 fevrier 1906
et
d'une declaration du meme comite du 26 fevrier 1908.
Le Gouvernement russe a reconim lui-meme ce caractere
nettement politique, puisqu'il a ordonne de substituer la
ju-
ridiction d'exception du tribunal militaire a la juridiction
des tribunaux ordinaires,
et decide l'application de l'art.126
uu Code criminel concernant les crimes politiques et de
1'art. 17
du Reglement sur l'etat de protection renforcee, ap-
plicable au cas d'effervescence insurrectionnelle, et l'entree en
vigueur de
Ia Ioi martiale. La pretention du;Gouvernement russe
d'obtenir l'extradition en considerant, actuellement, l'execu-
tion de Kandaourow
comme un meurtre ordinaire, relevant des
tribunaux ordinaires, et en enlevant
a ce crime tout caractere
politique, est inadmissible en fait
et en droit; pour en arriver la,
il faudrait depouiller le prevenu de sa qualite de membre du
parti socialiste-revolutiol1naire et de l'organisation de combat,
supprimer la
decision du comite de ce parti et les ordres
qu'il a
donnes a Wassilieff, oublier I'etat d'effervescence in-
surrectionnelle de Pensa, faire abstraction de l'intention de
l'inculpe de concourir au renversement
de 'ordre politique
etabli, en supprimant les representants les plus feroces du
pouvoir. Admettre une pratique de
ce genre aboutirait a la
suppression de
Ia garantie donnee par le traite et Ia loi
:suisse aux criminels politiques.
540 A. Staatsrechtliche Entscheidnngen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
Si meme l'acte de Wassilieff n'est pas un crime politique-
pur, il Mneficie de l'art. 6, al. 1 du traite, parce que, d'apres
la jurisprudence du Tribunal federal suisse, il faut com-
prendre sous l'expression de crimes et delits politiques, non
seulement les delits purement politiques (haute trahlson, sedi-
tion, etc.), mais el1core les crimes ou delits qui revetAnt un
earactere politique predominant (arret Belenzow du 18 juillet
1906,
RO 32 I p. 531). Or, pour se eonvaincre que l'acte de
Wassilieff a ce earaetere, il suffit de rappeleI' que le Ministere
de l'Interieur a juge necessaire en 1906 de renvoyer l'affaire
devant le Tribunal militaire, appliquant
la loi martiale, eela
en vertu
du ( Reglement pour les mesures a prendre pour
la sauvegarde de l'ordre dans l'Etat
et de la tranquillite
publique
", et que l'acte d'accusation dresse le 15 fevrier
1906 par
le eommandant des troupes de la circonscription
militaire de Kazan portait que:
le noble Victor Platonowitch
" Wassilieff,
äge de 20 ans, est aecuse de ce que, apparte-
" nant a l'organisation de combat du parti soeialiste-revolu-
tionnaire visant au renversement de l'etat gouvernemental
" actuel, il a, de concert avec d'autres membres du dit
parti, premp.dite de tuer le MaUre de police de Pensa,
Monsieur Kandaourow, pour les actes de ce dernier accom-
plis dans l'exercice de ses fonctions.
Le prevenu a enfin pretendu beneficier de l'amnistie votee
ä. I'unanimite par la premiere Douma pour tous les crimes
politiques
commis anterieurement au 27 avril 1906, decision
qui n'a pas ete ratiMe par le Tsar, mais qui devrait de-
ployer toute son efficacite a teneur du droit public suisse,
etant donne que celui-ci reconnait Ie droit du parlement d'ac-
cOl'der Ia gnlce et de prOlloncer I'amnistie.
D. -Le Ministere de Ia Justice russe, auquel les memoires
de
Wassilieff ont ete communiques, apres avoir rappele que la
demande d'extradition
etait limitee par les declarations du
Gouvernement imperial, a fait, entre autres, les remarques sui-
vantes: La formation de bandes en vue de perpetrer des actes
de terrorisme ne peut, en elle-meme, donner un caractere poli-
tique
aux assassinats commis on organiRes par ces bandes. Ces
11. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N° 88
TI est inexact que l'assassinat ait ete commis en pleine
periode d'insurrection; si tel avait
ete le cas, c'est I'etat
de
siege qui aurait ete prononce, tandis que Pensa n'a ete
decIare
qu'en etat de defense renforcee, ce qui est moins
grave;
on met dans cet etat special les localites Oll se ma-
nifeste l'activite criminelle de gens complotant contre l'ordre
de l'Etat
et le repos public. Lorsqu'une 10caHte est en etat
de defense renforcee, tons les crimes de droit commun pen-
vent etre renvoyes devant le tribunal militaire, pour autant
que cela
paraU indispensable pour le maintien de l'ordre et
de la securite publique, et non pas seulement les crimes di-
riges contre l'Etat. -Le Maitre de police de Pensa est su-
bordonne au gouverneur, il oecupe une fonction absolument
subalterne; ehaeun peut, en outre, en cas d'abus de pouvoir,
avoir recours contre lui au Proeureur
du Tribunal. -L'acte
d'accusation
et ses concIusions ont ete dresses alors que
Wassilieff etait accuse, d'une part, de l'assassinat de Kanda-
ourow,
delit de droit commun, et, d'autre part, de faire partie
d'une
societe visant au renversement de l'ordre etabIi de
l'Empire,
delit politique. Il n'y avait, a l'epoque, aucune ne-
cessite de separer ces deux chefs d'accusation absolument dis-
tincts.
Mais du moment que, par sa fuite a l'etranger, l'accuse
s'est soustrait
a sa responsabilite en tant que criminel d'Etat,
Ia distinction s'imposait, et eHe a ete faite. On ne peut, des
lors, tirer aucun argument des ordonnances de 1!J06.
E. -Le Procureur General de la Confederation, appele a
se prononcer sur la demande d'extradition, a declare, le 2
avri11908, que Je dossier, tel qu'il etait constitue a ce mo-
ment-la. ne lui permettait pas de prendre de conclusions
definitives.
TI s'est borne a dire que, s'il resultait des faits qui
seraient etablis,
que le crime avait un caractere politique pre-
dominant, l'extradition devrait etre refusee.
-542 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
Statuant sur ces f'aits et considerant en droit :
- -D'apres l'ordonnance du 13 janvier 1908 du Juge
d'iustruction pour
iles aftaires de haute importance pres le
Tribunal d'arrondissement de Pensa, l'extradition de Was si-
lieft etait demandee du chef de meurtre, crime prevu a l'art.
du Code penal russe, Ie prevenu devant etre traduit,
en application de l'art. 17 des Reglements sur les mesures
pour Ia protection de l'ordre de
l'Etat et du repos pubIic,
devant un tribunal militaire appliquant la loi martiale.
C'est
en l'espece l'art. 279 livre XXII du Recueil des reglements
militaires
qui eut ete applicable; cet article prevoit la peine
de mort.
-Ensuite des observations du Departement federal
de Justice et Police, le Gouvernemeut russe a modifie sa de-
mande, et il resulte des declarations ci-dessus reproduites
qu'en cas d'extradition Wassilieff ne pourra
etre traduit que
devant les tribunaux ordinaires et sous la seule prevention
du meurtre de Kandaourow, crime pouvant entrainer
la pri-
vatiou de tous les droits et Ia peine des travaux forces pour
le temps de
15 a 20 ans ou a perpetuite ; il ne sera pas
poursuivi
pour un crime politique quelconql1e commis avant
son extradition ou pour une infraction connexe
a un delit de
cette nature , ni pour aucun crime par Iui commis ante-
rieurement a son extradition eventuelle .
Rien dans le traite d'extradition de 1873 ni dans Ia loi
federale d'extradition de 1892 ne s'oppose a ce que la de-
mande d'extradition soit ainsi posterieurement modifiee dans
un sens restrictif,
et c'est dans les limit es de ees restrietions
qu'il
y a lieu d'examiner la demande en l'espece.
Au vu des declarations qui precedent, de l'art.1453 du Code
penal russe et de l'art. 251 du Code penal de Geneve, domi-
eile de Wassilieff en Suisse, il n'est pas douteux que les
conditions posees aux art. 3 du traite russo-suisse et 3, 7,
9 et 10, al. 3, de la loi federale d'extradition ne soient ac-
quises en la cause.
D'autre part, en
ce qui eoncerne les conditions de for..
me
posees par Fart. 8 du traite, il y a lieu de remarquer que
la question de savoir si le texte de l'art. 17 des Reglements
H. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. No 88.
sur les mesures pour la protection de l'ordre de l'Etat et du
repos publie,
et celui de l'art. 279 livre XXII du Recueil des
reglements militaires, auraient du etre joints a Ia demande
d'extradition, ne presente plus
d'interet, puisque la demande
ne s'appuie plus sur ces dispositions. (Voir d'ailleurs
RO 33
I p. 185 Keresselidze.)
Dans ces
conditiou's, l'extradition doit etre accordee a
. ,
moms que, eomme Wassilieffle soutient, son acte ne rentre
dans
1a categorie des crimes et delits politiques prevus par
l'art. 6 du traite d'extradition de 1873 et l'art. 10, al. 1, de
la
Ioi federale.
Wassilieff a pretendu, en outre, il est vrai, pouvoir se mettre
au benefice de l'amuistie qu'aurait votee Ia Douma, pour tous
les crimes politiques commis anterieurement au 27 avril1906 .
mais, ainsi que le memoire de son
defenseur 1e reconnait lui
meme, eette decision est sans force en Russie, puisqu'eUe
n'a pas ete ratiMe par Ie Tsar. Il ne s'agit, du reste, pas la.
d'un motif d'opposition a l'extradition tire du traite ou de Ia
loi, mais de Ia question de savoir si une poursuite penale est
admissible en l'espece; or cette question ne peut etre re-
solue que par les autorites de l'Etat requerant lui-meme. Le
Tribunal
federal n'a done pas la competence de l'examiner.
2.
-On ne saurait serieusement pretendre que l'acte
dont WassiIieff
est accuse, soit un crüne politiqfte pur, c'est-
ä,-dire un crime dirige uniquement contre l'Etat; en effet, le
meurtre est, dans son
assence et par sa forme meme, en tant
que dirige contre la vie d'uu homme, un erime de droit eom-
mun; ce ne
so nt que des circonstances etrangeres a racte
lui-meme qui peuvent lui donner le caractere d'un crime
politique relatif. Mais le Tribunal
federal a, dans sa juris-
prudence constante
(RO 32 I p. 538 Belenzow, et 33 I p. 187
Keresselidze), admis que les traites, et en particulier le traite
russo-suisse, ne limitent pas I'exception faite en faveur des
crimes
et delits politiques, aux infractions politiques pures;
il a, au contraire, toujours juge qu'il y avait lieu d'etendre
l'exception aux infractions qui,
bien que figurant dans l'enu-
meration faite a 'art.. 3 du traite et bien qu'apparaissant ainsi,
AS 3i I -1908 36
544 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
en soi comme des infractions de droit commun, revetent:
cependant le caractere de delit politique , a raison des cir-
eonstances dans lesquelles elles ont
ete commises. Cette-
extension n'est cependant pas illimitee: chaque fois qu'il
s'est trouve en face d'un delit comp!exe de ce genre, le
Tribunal federal a librement apprecie lesquels l'emportaient,
des
elements de criminalite de droit eommun ou des ele-
ments de criminalite politique, et iI n'a mis au benefice de
l'exeeption de I'art. 6 du traite que les crimes
et delits
ayant un caractere politique predominant.
Cette interpreta-
tion du traite est conforme a l'art. 10, a1. 2, de la loi fede-
rale qui dit textuellement: L'extradition sera aceordee,
alor meme que le coupable alleguerait un motif ou un but
politique, si le fait pour lequel elle
est demandee eonstitue
principalement un delit commun. Le Tribunal federal appre-
ciera librement, dans chaque cas particulier, le caractere de
l'infraction, selon les faits de la cause.
Il faut donc, au regard de cette jurisprudence constante,
qu'il n'y a aueun motif d'abandonner,
exami r si l'acte-
commis par Wassilieff revet un caractere pohtIque predo-
rninant.
3. -C'est a tort, il y a lieu d'en faire immediatement la
remarque, que Wassilieff a invoque le fait que le Gouverne-
ment
russe aurait lui-meme reconnu le caractere politique pre-
dominant du crime, en renvoyant le prevenu devant un tri-
bunal d'exception et en l'accusant, -ainsi que cela ressort
de l'acte d'accusation
redige par le commandant des troupes
de
la circonscription militaire de Kazan le 15 fevrier 1906 et
produit par le prevenu, -de ce que : q. appartenant a l'or-
ganisation de combat du parti socialiste-revolutionnaire, visant
au renversement de
l'etat gouvernemental actuel, tl a, de eon-
cert avec d'autres membres du dit parti, premMite de tuer
le MaUre de police de Pensa, Kaudaourow, pour des actes
de ce dernier accomplis dans l'exercice de ses
fonctions.
Il faut, d'abord, relever que c'est en se pla ;ant au point da
we suisse et au regard du droit snisse, sans tenir compte du
droit du pays requerant, que le Tribunal federal doit appre-
H. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. No 88.
eier si un deIit a un caractere politique predominant. (RO 17
p. 456 Malatesta, 27 I p. 68 Jaffe"i.) -En second lieu, il im-
porte de remarquer qu'au debut, lorsque l'acte d'accusation
ci-dessus rapporte a
ete dresse,le 15 fevrier 1906, Wassilieff
etait renvoye devant les tribunaux russes sous un double chef
de prevention: d'une part, pour meurtre, crime
de droit
commun,
reprime par l'art. 1453 du Code penal russe et
, ,
d'autre part, pour affiliation a une association creee dans le
but de chan ger la forme du gouvernement etabli en Russie
,
delit politique reprime par 1'art. 126 du Code criminel. Or,
l'extradition n'est plus demandee que pour le premier de
ces deIits; Wassilieff beneficie pour l'autre du droit d'asile
suisse, en vertu des art. 9
et 10 de Ia loi federale et des
declarations requises du Gouvernement russe
par les auto-
rites federales,
et la distinction qui n'avait pas de raison
d'etre en 1906, s'impose a present. -Enfin, un troisieme
argument doit encore
etre pris en consideration : Il est bien
evident que, pour etablir l'existence d'un
delit politique,
au point de vue suisse,
on peut invoquer, au meme titre que
tout autre fait,
le texte primitif des ordonnances de renvoi
rendues
et de l'acte d'aecusation - dresse contre Wassilieff
en Russie. Mais ces documents ne portent pas ce que la
defense pretend y trouver. Du texte primitif ne resutte
qu'une chose, e'est que les autorites russes d'instruetion et
d'accusation ont lie le meurtre de Kandaourow au delit d'af-
filiation
ä. une association formee dans le but de changer la
forme
du gouvernement; cette jonction ne prouve pas que le
meurtre put amener la realisation du but poursuivi par le parti
auquel Wassilieff se ralliait,
ni meme que le erime etIt ete
commis dans l'espoir d'atteindre ce but, ce qui etait precise-
ment le point essentiel a etablir, ainsi qu'on le verra plus loin.
La principale question a juger est donc celle de savoir si
le meurtre de Kandaourow,
MaUre de police de Pensa, doit,
au regard des
circonstances dans lesquelles il a ete commis,
etre considere, ainsi que Wassilieff le pretend, comme un
delit ayant un caractere politique predominant, c' est-a-dire
comme un
deUt politique relatif.
546 A. Staatsrechtliche Entscheidnngen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
4. pour juger ceUe question, pour determiner si un
acte criminel complexe constitue un delit politique relatif, il
faut faire application des prinnipes gene 'aux posns. par Ia
doctrine, principes que le Tnbunal federal a SUlvnS ?ans
une jurisprudence constante. -A tenenr de ees prmcIpes,
un acte ne peut etre eonsidere comme revetant le. earac-
tere
d'un delit politique relatif, que s'il a ete commIS dans
le but
de nreparer ou d' assurer la reussite d'un delit politi-
que pur,
cnest-a tUre d'un acte criminel dnrige contre l'orna
nisation politique ou sociale de l'Etat. (V Ir, pour l doctrme
generale et specia1ement pour Ia doctnne frnll(;alSe, Pan-
dectes franc;aises : Vo Extradition, Nos 370 et SUlV., spec. 376,
378, 386.) LAl UtASCH resume ces princip:s en. es terme.s
(traduction) :
La caracteristique du dnht pOhtIqu,e. relatlf
... reside en ceci, que l'autenr n'accompht pas 1e dehtcom-
mun, qui coexiste avec le crime politique, p r l'accom-
... plir, ni pour produire le resultat que ce deht commun
entraine immediatement, il ne tue pas pour tuer qttel-
, qn'nn ... ; le but que I'acte vise, epasne .les resuI;ats i
mediats qui suffisent pour determmer 1 eXIstence d un deht
,
commun' ce but reside dans I'execution ou la preparation
l' .
d'un acte criminel dirige contre l'existence ou orgamsa-
, tion politique d'un Etat ... (Auslieferungspflicht n As!l-
recht, p. 294.) -11 ne suffit pas que le but POU:'SUIVl r.evete
un caractere
politique au sens etendu et llnprecns. de
ce terme c'est-a-dire qu'il soit le but d'un partl pohtIque
queleonqne existal1t dans l'Etal. En effet, le but officiel d'un
parti peut, dans certains cas,
servil' de manteau aux pas-
sions les plus miserables
et les plus reprehensibles. Le efns
d'extradition et l'octroi de l'asile qu'il implique, De se JUStl-
fient que lo;sque !'auteur du crime a place on ideal plus
haut lorsqu'il a pu esperer que son acte auraIt pour conse-
quence une amelioration de l'organisation politique ou so-
dale de l'Etal. Ce n'est qu'alors que, grace au but eleve
poursuivi par le criminel, son acte se presente sous un jour
plus favorable, circonstance
qui peut aller jusqu'a excuser le
deUt de droit commun dont l'accuse s'est rendu coupabl
e
.
11. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N° 88.
LAMMASCH, dans son ouvrage deja eite (p. 295), dit a ce sujet
(traduction) :
Mais il ne faut pas donner aux mots de bttl
... politique une portee vague et gem1rale ; il faut prendre ces
.. termes dans leur sens clair et precis. Ces mots suppuseDt
l'intention de commettre ou de preparer un delit politique
.. au sens restreint, c'est-a-dire un delit politique pur.
Mais pour que l'asile puisse etre accorde et l'extradi-
tion refusee, une seconde condition doit elre reniplie: ainsi
que le Tribunal
federal l'a deja juge le 7 mai 1907 dans l'af-
faire Kilatschitski
(RO 33 I p. 406 et 407), il faut qu'il y ait
nn
rapport direct entre le crime commis et le but poursuivi
par un parti, de modifier l'organisation politique ou sociale de
I'Etat; il ne suffit pas que
ce rapport soit plus ou moins per-
ceptible, i1 doit etre clair et net. -C'est a l'accuse, qui s'op-
pose
a l'extradition, qu'incombe la charge d'etabIir des faits
dont le juge puisse deduire l'existence de
ce rapport direct et
conclure que le but poursuivi etait reellement un but pure-
ment politique. S'il resulte des preuves apportees que le
but politique
etait lointain, si lointain que l'auteur De pou-
vait raisonnablement pas supposer que son acte aurait
ou
pourrait avoir un effet politique direct, perceptible egalement
pour les tiers, tout motif d'accorder l'asile disparait. -
Plus le rapport existant entre l'acte criminel en lui-
... meme et l'entreprise politique projetee est lointain
. . '
.. moms aUSSI cet acte parait en general de nature a pre-
... parer Ia realisation de cette entreprise, et moins il peut
etre considere comme un delit politique. Par exemple
' le pillage de caisses publiques, opere dans l'intention
de ne faire usage du produit du vol qu'apres plusieurs
annees, n'est plus a notre avis un delit politique. Seul un
fanatisme qui ne tient compte de rien et ne merite des
10rs aucune consideration, pourrait pretendre appliquer ici
... le principe que Ia fin sanctifie ou tout au moins justifie les
" moyens." (Voir VON BAR, Zur Lehre von der Ausliefe-
rung,
Gerichtssaal, 1882, p. 500.) -C'est evidemment en
s'inspirant de ces principes qu'en octobre 1872
deja, avant
la conclusion
du traite d'extradition russo-suisse actuellement
MB A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
en vigueur, le Conseil federal a extrade a Ia Russie le nomme
Netchaieff, qui etait poursuivi pour incitation au meurtre et
s'etait oppose a l'extradition en soutenant qu'il n'avait commis
son crime que parce qu'il craignait que Ia victime ne trahit
l'existence d'un complot revolutionnaire, donc dans
un but
pnrement politique. (Voir
Journal de droit international
priVli, 1880, p. 76.)
Il Y a enfin une troisieme condition a remplir:. lorsque
meme le but final poursuivi est un but politique, au sens
etroit du terme,
1'6Iement de droit commun peut, eependant,
eneOl'e l'emporter sur le earactere politique du delit, a raison
de l'atrocite
du moyen employe pour atteindre le but vise.
Cet element
doit incontestablement elre pris en considera-
tion; c'est
Ia la volonte du Iegislateur suisse, teIle qu'elle
ressort des travaux preparatoires de
Ia loi fMerale d'extra-
dition;
il suffit pour s'en convaincre de lire Ie message du
Conseil f6deral du 9 juin 1890. (Feuille officielle federale,
1890, vol. III, p. 215 et suiv.) Ce message repousse, il est
vrai,
Ia these adoptee par l'Institut de droit international, dans
sa reunion d'Oxford, en
1880, aux termes de laquelle aucun
assassinat, aueun incendie, ancun
vol ne devrait etre exeepte
de l'extradition
a raison seulement de l'intention poIitiqne
de
son auteur; il repousse aussi l'opinion presentee par
LAMMASCH non seulement comme Ia sienne propre, mais en-
eore
eomme celle de Ia plupart des auteurs, suivant Ia quelle
pour le moins tout
assassin devrait etre extrade. (Voir en
outre
RENAUlT, Joumal de dr'oit international pr'ive, 1880,
p. 78.) -Mais si le message n'a pas fait sienne cette maniere
de voir, e'est qu'il n'a ,pas voulu declarer que eertains
erimes de droit
commun seraient, en tout etat de cause et
sans exception possible, exclus de l'immunite accordee
aux
delits politiques; il a voulu laisser la porte ouverte aux
exceptions, rares il est vrai, mais qu'on peut concevoir,
4'. Oll les interHs en jeu ont plus de prix pour l'humanite
que Ia vie d'un individu . Ce n' est que dans ces limites
que
Ie Conseil federal a admis qu'un assassinat put avoir le
caractere preponderant d'un delit politique et etre considere
comme deUt politique relatif. Il n'est pas douteux que, des
Ir. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N. 88.
motifs invoques par lui a l'appui de l'art. 10 actuel de la
loi
federale d'extradition, il ne decoule que 1e Conseil
federal
condamne et reprouve les partisans de ces groupes
extremes
qui ne considerent pas le crime eomme la res-
source extreme, comme l'ultima ratio, d'un parti poursuivi
et perseeute, n'ayant plus d'autre moyen de defense mais
qui l'emp10ient comme un moyen de lutte ordinaire' voire
A. ,
mem comme umque arme dans le but de terroriser les po-
pulatIons . -En admettant le projet de l'art. 10 de Ia
loi tel qu'illeur etait soumis par le Conseil federal, les Cham-
bres ont approuve cette maniere de voir; elles n'ont done pas
vou1u admettre que tout delit commun ayant une teinte poli-
tnque fut considere comme deHt politique relatif pouvant jus-
tIfier un refus d'extradition.
C'est en partant de ces ptincipes que le Tribunal federal
a juge, dans I'affaire Belenzow, le 18 juilIet 1906 (RO 32 I
p. 539), que
Ia base du droit d'asile suisse repose sur cette
idee: que i'asiIe doit etre accorde a l'etranger digne de
protection qui a eombattu pour ses convictions politiques et
est recherche pour ce motif, mais que cette favenr ne doit
profiter qu'aux individus qui
en sont dignes. (Voir en outre
BEAUCHET, Traite de l'extradition, Paris, 1899,p.230 et suiv.)
5.-Il faut maintenant examiner l'acte de Wassilieff
Ia Iumiere de ces principes.
L'argument que l'inculpe
pl'i3tend tirer du fait qu'il n'aurait
pas agi par motif de haine
personnelle contre le MaUre de
police
de Pensa, mais qu'il a agi au nom du parti politique
dont
il fait partie et sans connaitre sa victime, est sans valeur.
Cette allegation ne prouve, en effet, qu'une chose, savoir:
il
U
'ä. cote de Wassilieff, son parti est aussi responsable du
meurtre.
Il s'agit donc de determiner quel etait le but pour-
suivi par le dit parti, et, par eonsequent, aussi par Wassilieff
lui-meme, puisqu'il avait fait sien le but de son parti.
On
ne peut evidemment pas deduire du simple fait que le meur-
trier n'avait pas de motif
personnel pour frapper sa victime,
qu'en tuant
il a vi se un but politique au sens qui doit etre
-attribue
a ce terme, d'apres ce qui a ete dit plus haut.
Les arguments
presentes par le parti auquel Vassilieff re-
550 A. Staatsrechtliche Entseheidunnen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
connait appartenir, pOllr justifier le meurtre de Kandaourow,.
peuvent
etre resumes en ces termes: Le parti socialiste-re-
volutionnaire russe poursuit le but de substituer
a l'autocratie
russe le gouvernement par Ie peuple, avec la garantie des droits
individuels reconnus dans les Etats modernes de l'Europe;
il a choisi comme terrain d'agitation (c'est-a-dire, semble-t-il,
comme premier but a atteindre) la convocation d'une assem-
blee constitutionnelle reposant sur des bases democratiques.
Le parti a recours parfois au terrorisme, mais cela uniquement
r. pour suppIeer a l'absence de responsabilite judiciaire ou ad-
ministrative des fonctionnaires pour leurs actes et a titre de
legitime defense, pour opposer aux actes de violence et aux
crimes des representants
du gouvernement une force armee
capable de les arreter ; nous ne cesserons pas, disent les
membres de ce parti,
de nous servil' de ce moyen d'action
jusqu'a ce que se trouvent
realisees des institutions faisant
de la volonte
du peuple Ia source du pouvoir et de la legis-
lation . -Sous Ia pression de l'agitation qui a regne en
Russie en 1905, le Tsar a garanti, par son manifeste du
17/30 octobre de Ia
meme annee, un certain nombre de
libertes qui, si elles avaient ete fidelement respectees, eus-
sent
ete de nature a mettre fin a un regime paraissant in-
compatible
avec les aspirations du peuple . :Mais ceux qui
avaient jusqu'alors profite d'un etat de choses avantageux po ur
leurs
interets, organiserent les bandes noires , qu'ils lan-
cerent dans tout l'empire pour provoquer 1'emeute et ame-
ner de terribles repressions contre del:i innocents . Alors que
Ia population manifestait pacifiquement sa joie au sujet du
manifeste du Tsar, ces bandes allumerent Ia guerre civile, et
il est prouve que le gouvernement a partage Ja responsabilite
de ces actes. -A Pensa, Ie MaUre de police Kandaourow fit
un usage brutal et feroce de ses prerogatives. Le 19 octobre
/1
er novembre 1905, alors que Ia population manifestait paci-
fiquement sa joie au sujet du manifeste
du Tsar, il fit charger
Ia
foule et massacrer par ses cosaques des jeunes gens, des
femmes
et des enfants inoffensifs; il infligea, de plus, des
tortures morales
et physiques aux nombreux detenus poli-
11. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N° 88.
5M
tiques qu'il avait fait emprisonner arbitrairement. De mnme
que I :andaourow, des generaux et le gouverneur de Pensa
avaient pratique des atrocites. C'est pour meUre fin a
eette situation abominable et contre Iaquelle il n'y avait
pas d'autres remedes possibles, puisqu'il n'existait pas de
voie de recours, que
1e parti socialiste-revolutionnaire russe
decida la suppression de ces representants
du gouvernement.,
qui
tous furent successivement executes.
Il ressort, en premiere ligne, de eet expose, qu'on ne sau-
rait pretendre qu'au moment
ou le comite du parti deeida
l'execution du meurtre,
Pensa fit en etat d'insurrection,
c'est-a-dire en revolte contre
Ia force publique. Il est vrai
que
Ia ville se t.rouvait alors dans l'etat dit de protection
renforcee
. Mais eet etat ne correspond pas a l'etat de
siege, tel qu'il est prononce en cas de mouvement nJvolu-
tiotmaire; il ressort, au contraire. des textes de lois pro-
duits par le gouvernement russe, que
l' etat de proteetion
renforcee est
decrete aussi Iorsque l'activite criminelle prend
un tel developpement dans une localite qu'elle menace l'ordre
et Ie repos publics, sans que cette augmentation des crimes
eorresponde necessairement
a un mouvement politique.
Wassilieff reconnait Iui-meme que le manifeste du Tsar a
ete accueilli avec joie par Ia population et qu'il etait de na-
ture
a amener Ia realisation des vreux du parti socialiste-
revolutionnaire. Quant aux bandes noires , il n'est pas
prouve que Ieur activite malfaisante ait provoque des emeutes
a Pensa, et il n'est pas meme alIegue que des bandes noires :.
aient fait leur apparition dans cette ville, ni que Kandaou-
row ait ete l'organisateur de bandes pareilles, destinees a
provoquer Ia suppression des libertes accordees par le Tsar.
La proclamation
du comite du 4 fevrier 1906 declare, au
contraire, que
Ie MaUre de police s'etait deja anterieurement
signale au parti par son activite particulierement atroce et
sauvage , que des son arrivee a Pensa le peuple vit en
Iui un servitem' du Czar le plus sanguinaire , et elle se ter-
mine
par ces mots: Pour repondre a tous ces crimes, POUf'
se defendre contre cette bete enragee, le comite regional
552 A. Staatsrechtliche Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
du Volga, fidele a l'esprit de lutte de notre parti, a decide
de supprimer ce serviteu!" du Tsar.
Kandaourow s'etait donc attin) la haine du parti socialiste.
revolutionnaire russe,
a cause de sa maniere d'exercer Je
pouvoir dont il disposait, independamment des mouvements
qui
precederent la proclamation du manifeste d'octobre; il a
ete condamne a mort par le comite, ä. un moment Oll il ne
pouvait encore s'agir que de commence1' a mettre en pratique
les principes
poses par le manifeste liberal du Tsar. Le but
immediat
et direct du meurtre etait donc, ainsi que cela resulte
de
Ia proclamation emanant des organes attitres du parti
Iui-meme,
Ia punition de Kandaourow pour les atrocites qui
lui etaient reprochees. Le dossier ne permet pas d'etablir
ce qu'il peut
y avoir de fonde dans les alIegations, -il
ne s'agit en effet que d'allegations, -visant ces pretendus
actes de cruaute. Les accusations
dirigees contre Kandaou-
row sont si
generales qu'on ne peut en verifier l'exac-
titude. Le Gouvernement russe
nie qu'une plainte quel-
eonque ait ete adressee ä. ses superieurs contre le Maitre
de police de Pensa, et
il declare ne pas avoir eu connais-
sance
des atrocites qui sont mi ses, apres coup, a sa charge.
En nlalite, on ne peut retenir dans ces accusations gene-
rales
qu'un seul fait concret, c'est qu'au cours de Ia
eh arge des cosaques dirigee par Kandaourow, contre une
foule faisant une manifestation pacifique, le 19 octobreji er no-
vembre 1905, une jeune fille aurait ete frappee ä. la tete par
un soldat
et serait morte des suites des coups renus. Au
sujet d'un autre massacre de jeunes gens, qui aurait eu lieu
:sur une plus grande echelle, en novembre de la meme annse,
Ia proclamation du 4 fevrier 1906 se borne a dire qu'il
est memorable aux habitants de la ville de Pensa ; et
quant aux tortures physiques et morales qui auraient ete
infligees aux prisonniers politiques, le comite dit seulement
que
des coups de poings, des coups de iouet repondaient
a la moindre expression de volonte et que les prisonniers
etaient sans cesse
humilies par des ordres qui n'avaient
ponr but
que de les avilir. -Du reste, ä. supposer meme
H. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N° 88.
tous ces faits exacts et prouves, ils ne pourraient cepen-
dant pas donner,
a la condamnation a mort prononcee par
le parti contre Kandaourow, le caractere d'un acte politique
au sens restreint qui doit etre attribue a ce terme, d'apres
ce qui a ete dit plus haut. Ainsi que le Tribunal federal l'a
deja fait remarquer dans l'affaire Kilatschitski (Ioc. cit.,
p.
407), il n'appartient pas a un parti politique de rendre
une sentence de mort, qui est forcement entachee ä. un haut
degre d'arbitraire; et l'execution d'une teIle sentence ema.-
nant d'un parti politique ne saurait donner a l'ade dont il
-s'agit, Ie caractere d'un delit politique .
L'argument qu'on veut tirer de ce que Ie meurtre du
Maitre de police aurait
ete la seule maniere de se defendre
eontre
les actes de cruaute qu'il commettait, n'est pas non
plus determinant.
eet argument ne vise qu'a justifier ce
meurtre en
tant qu'acte de vengeance, sans etablir un
rapport quelconque entre le crime
et le but du parti, qui est
de provoquer une meilleure organisation politique
ou sociale
de l'Etat.
Pour qu'il put y avoir delit avec caractere politique
predominant,
il faudrait, comme on l'a vu ci-dessus, qne Ie but
poursuivi ne
fut pas seulement l'accomplissement d'un acte de
vengeance
commis sur un fonctionnaire subalterne et provoque
par la maniere dont ce fonctionnaire
exernait le pouvoir dont
il
etait investi; il faudrait encore qu'il fut clairement percep-
tible que l'acte criminel
etait en rapport direct et intime avec
le but
final poursuivi par le parti; il faadrait done, en l'espece,
ue 1e meurtre de Kandaourow fut de nature a preparer
l'avenement
de la representation populaire et l'extension de
la garantie des libertes individuelles, buts du parti socialiste
revolutionnaire russe.
Mais ce rapport n'est pas perceptible.
Le fait
que la defense reconnait elle-meme que les promesses
du manifeste
du Tsar, si elles eussent ete fidelement executees,
etaient
de nature ä. mettre fin a un regime paraissant incom-
patible avec les aspirations du peuple , demontre deja que
le but poursuivi n'etait en tous cas pas
ceIui-lä.; il ne pouvait,
en effet, plus s'agir,
a ce moment-la, que d'assurer la reali-
sation
des promesses contenues dans le manifeste; 01' il est
A. Staatsrechtliche Entscheidungen, IV. Abschnitt. Staatsverträge.
ineomprehensible qu'on puisse pretendre que la disparition
d'un fonetionnaire publie tel que Kandaourow puisse assurer
la
renlisation de promesses de cette nature. Si l'on peut
concevoir, peut-etre, que
le meurtre d'un fonctionnaire en
viellne
a revetir, dans certains cas, a edte de son caractere de
delit commun, le earactere d'un erime politique, c'est tout
au plus lorsque le fonctionnaire frappe ineorporait, pour ainsi
dire, le systeme politique de l'Etat, en sorte que l'opinion
pourrait,
a la rigueur, etre soutenue que sa disparition en-
tl'ainera une modification de ce systeme politique. Cepen-
dant, dans l'affaire Jaffe'i, en matiere de regicide, exemple
typique d'un
delit complexe, le Tribunal federal a juge que
le caractere de
delit de droit commun l'emportait parce
que l'acte ne constituait pas un moyen pour atteindre un
but politique
ou sodal, mais qu'il renfermait son but en lui-
meme
, et parce qu'au point de vue politique le crime
commis n'avait pas plus de pOl'tee que le meurtre d'un haut
fonetionnaire quelconque aeeompli sous le pretexte que l'Etat
et ses fonetionnaires etaient inutiles (RO 27 I p. 68).
D'apres ce qui vient d'etre dit, il y a lieu d'exclure cette
hypothese, que le parti socialiste revolutionnaire russe ait pu
se figurel' que
Ie meurtre du MaUre de police de Pensa serait
de nature
a amener, d'une fagon ou d'une autre, Ia realisa-
tion de son but politique, soit l'avenement d'un regime cons-
titutionnel en Russie. Un rapport entre J'acte criminel et ee
but politique pourrait donc tout au plus etre admis comme
existant s'il y avait lieu de dire que le meurtre de Kandaou-
row n'etait qu'un episode de la lutte generale dirigee par le
parti socialiste-revolutionnaire russe contre la force publique
et que par la repetition d'actes pareils, en repandant la ter-
reur parmi les fonctionnaires et en brisant Ia resistance
qu'ils opposaient
aux idees nouvelles, le parti socialiste-
revolutionnaire pouvait esperer amener, en fin de compte,
la realisation du but
vise.
Toutefois, meme alors,l'acte de Wassilieff ne se trouverait
etre en tous cas que dans un rapport bien Iointain avee le
but final du parti, et le caracrere de droit commun de l'assas-
H. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. No 88.
sinat resterait au premier plan. En outre, il y a lieu de rap-
peler que, pour juger une demande d'extradition, on ne doit
prendre en consideration que l'acte seul,
qui fait l'objet de
l'accusation. Enfin
et surtout, le Tribunal federal ne saurait
considerer eomme
un moyen d'aetion donnant au meurtre
un caractere politique preponderant, Ie terrorisme tel qu'il a
ete pratique en l'espeee, Oll l'on s'est servi de balles empoi-
sonnees, pour repandre l'effroi parmi le gouvernement et ses
partisans et pour amener ainsi, d'une
fagon indirecte, Ia rea-
lisation d'un but politique. Le tribunal a deja exprime cIaire-
ment sa maniere de voir a cet egard dans l'arret Kilatschitski.
Le
mo yen d'action qui consiste ä. aceumuler des actes pro-
voquant la terreur et repandant l'effroi, est en teIle contra-
diction avee l'ideal que poursuit un parti politique, il forme
un eontraste
si violent avee lui qu'il ne peut plus trouver sa
justifieation dans cet
ideal. -D'ailleurs, il y a lieu de rap-
peler, iei eneore, qu'immediatement apres la proclamation
du manifeste d'oetobre des actes de terrorisme ne pouvaient
evidemment plus viser
a la realisation du but final du parti;
leur seul motif ne pouvait plus
etre que la satisfaction de
sentiments de vengeance envers
cerlains fonctionnaires pu-
blies.
6. -Enfin, alors
meme qu'il re suIte de ce qui vient d'etre
dit que, dans l'acte de Wassilieff, le caractere de delit de droit
commun l'emporte de beaucoup sur le caractere politique,
le Tribunal
federal pourrait, -ainsi qu'il ressort du message
du Conseil
federal sur la loi d'extradition (FF 1890 III p. 223),
-refnser l'extradition, s'il avait une raison queIconque de
craindre que, malgre les declarations formelles
et catego-
riques du Gouvernement russe, Wassilief, une
fois extrade,
ne soit
juge par un tribunal d'exception, qu'il ne soit pour-
suivi non pas seulement pour meurtre, mais encore pour affi-
liation au parti socialiste-revolutionnaire, ou qu'il ne soit puni
pour autre chose que pour le crime de droit
eommun qu'il a
commis.
Mais, sur la demande du Tribunal federal, le Conseil
federal a pris des renseignements sur le sort des proces
recents interessant des criminels extrades a Ia Russie et qui
556 A. StaatsrechUic he Entscheidungen. IV. Abschnitt. Staatsverträge.
avaient oppose comme Wassilieff l'exception du delit poIi-
tique. Or il est resulte de ces renseignementa non seulement
que les engagements pris par le Gouvernement russe ont
ete
entierement respectes, mais encore qu'ä. tous les autres points
de vue auxquels
on pourrait peut-etre se placer, la maniere
en laquelle les dits proces ont ete conduits ne presente rien
d'anormal. Dans ces conditions,
ce dernier motif de refus
ne peut pas plus
etre pris en consideration que les autres,
pour justifier
un refus d'extradition.
Par ces motifs,
Le Tribunal
federal
prononce:
- L'opposition faite par Wassilieff ä. la demande d'extra-
dition
presentee par l-a Legation imperiale russe ä. Berne est
ecartee.
- L'extradition est accordee sous reserve des engage-
ments pris
par le Gouvernement imperial russe, savoir:
a) que Wassilieff sera traduit devant les tribunaux ordi-
naires
du lieu du crime et ne sera pas poursuivi pour un
crime politique quelconque
commis avant son extradition ou
pour une infraction connexe a un delit de cette nature;
b) que Wassilieff sera juge par les tribunaux ordinaires et
pour le seul crime d'homicide, n'entrainant pas la peine de
mortj
c) que Wassilieff ne sera poursuivi pour aucun autre crime
par lui
commis anterieurement a son extradition.
H. Auslieferung. -Vertrag mit Russland. N° 88 a.
88a. lttM! l'om 13. un 1908 in Sad)en arnfi(!ff.
(Überfenung.)
Art. 6 des Auslieferungsvertrages mit Russland; Art. 10 Abs. 1 int.
nato AuslG: Vorwiegend politisches Verbrechen? (Mord eines
russischen Polizeibearnten in Ausf'ühmng eines Parteibeschlusses der
russischen
so.;ialrevolutionären Partei.)
A. ID(it erbalnote )om 12./25. ebruar 1908 flat bie lai.
fedid) ruffifd)e efanbtfcUaft in -'Sem, im muftrage bel' ruiitfd)en
9iegierung unb geftül t auf mrt. 3 beß mUßUeferungß )ertrageß
mit uf31anl), )om 5. 17. i)(o )ember 1873, beim fd)wei3erifd en
58unbeßrate um mUi3tieferung be 9iuffen ittor ßfatol1owitd)
aflHieff nad)gefud t, welcf)er in enf )erl)aftet worben war
unb weld)cr unter bel' mnf(age ftcl)t, am 26. ,3anuar 1906 ben
ßoli3eimeifter )on ßenfa, .!tannaourow, mit orbebacf)t ermorbet
au l)aben.
Bur 58egt'Ünbung biefeß munlieferungngefud)e flat bie faiferIid)
ruHifd)e eianbtfd)aft fofgenbe mftenftüde eingmid)t: brei mer:
fügungen beß Ul1terfud)ul1gnrid)terß für bie 0traffiiffe wid)tigfier
mrt beim Sheißgericf)t )on enfa -bie beiben eriten born
26. ,3anuar 1906, bie britte )om 13. ,3anuar 1908 --j )er.
fd)iebene rf(arungen bel' ruffifd en egierung in orm bon
mer alnoten i )erjd iebene 58eftimm ungen ruffifd er efene; enb:
Hd) eine mbfd)rift einer ßufd)rift be (:hften ve:partement6 beß
.3ufti3minifterium an b(t ßUlette SDe:partement be WNninerium
ber aUni1)iirtigen mngefegenljeiten. SDen in rufnid)er C5prad)e bel'.
faflten Urtunben unb efenenartife ll waren franaßfifd)e Über.
fenungen beigelegt. mu aU biefen ltenftMen ergibt fid) fol:
gen'oe :
IffiIlHHieff, wdd)er am 26. ,3anuar 1906, jofort nad) bel' 58e.
geljung beß 19m 3ur 2aft gelegten lBerbrecf)en , )erl)aftet worben
war, l)at anertiwnt, bau er bem camp volant ber .!tampforga.
nifatioll ber f03ia(,retlo utionliren artei:Rufiranb angel)öre un1
bau er e fei, welcf)er ben ijSoliaeimeifter jtan'oaouroUl ermorbet
9abe. SDurdj lBerfügung bom gleid)en 'itllge wurbe er in mnf(age,,-