C/22603/2016
ACJC/1185/2018
du 31.08.2018 sur JTPI/16161/2017 ( OO ) , MODIFIE
Descripteurs : AUTORITÉ PARENTALE ; DIVORCE
En faitEn droitPar ces motifs RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE POUVOIR JUDICIAIRE C/22603/2016 ACJC/1185/2018 ARRÊT DE LA COUR DE JUSTICE Chambre civile du VENDREDI 31 AOÛT 2018
Entre Monsieur A______, domicilié , appelant d'un jugement rendu par la 9ème Chambre du Tribunal de première instance de ce canton le 7 décembre 2017, comparant par Me Mirolub Voutov, avocat, rue Pierre-Fatio 12, 1204 Genève, en l'étude duquel il fait élection de domicile, et Madame B, domiciliée ______, intimée, comparant en personne.
EN FAIT
Principalement, il requiert l'attribution de l'autorité parentale conjointe sur les enfants C______ et D______.
Préalablement, il conclut à ce qu'il soit ordonné au Service de protection des mineurs (ci-après : SPMi) d'établir un nouveau rapport d'évaluation et à ce que les parties soient entendues.
A______ produit une pièce nouvelle à l'appui de ses écritures (pièce 9), soit une convention sous seing privé datée du 26 janvier 2018.
b. Dans sa réponse du 13 février 2018, B______ s'en est rapportée à justice s'agissant de l'annulation du chiffre 2 du dispositif du jugement entrepris.
c. Par courrier de son conseil du 29 mars 2018, A______ a renoncé à répliquer et persisté dans ses conclusions.
d. Par ordonnance du 3 mai 2018, la Chambre civile a invité le SPMi à actualiser son rapport de mai 2017 par un complément succinct portant sur l'évolution des relations des parties, notamment quant à l'éducation et aux relations personnelles réciproques avec les enfants, ainsi que sur la question de l'autorité parentale.
e. Le SPMi a rendu un rapport complémentaire le 22 mai 2018.
f. Ce rapport a été adressé aux parties par pli du greffe du 8 juin 2018, lequel précisait que la cause serait gardée à juger dix jours après réception dudit rapport.
g. Aucune des parties n'a pris position sur ce rapport dans le délai imparti.
C. Les faits suivants ressortent pour le surplus de la procédure :
a. B______, née [B______] le ______ 1971 à , originaire de ______ et , et A, né le ______ 1981 à , de nationalité équatorienne, se sont mariés le ______ 2011 à . b. De cette union sont issus les enfants C, né le ______ 2012 à , et D, né le ______ 2014 à . c. Les époux se sont séparés au mois de mars 2016. d. Par jugement du 19 janvier 2017, le Tribunal correctionnel a déclaré A coupable de séquestration, de viol et de menaces sur la personne de B pour des faits survenus en juin et juillet 2016. Il l'a condamné à une peine privative de liberté de 30 mois, sous déduction de 195 jours de détention avant jugement et l'a mis au bénéfice d'un sursis partiel. Le Tribunal a fixé la durée du délai d'épreuve à quatre ans et a imposé, à titre de règle de conduite durant le délai d'épreuve, la poursuite des suivis thérapeutiques initiés en prison. Il ressort, notamment, du jugement que A a reconnu la globalité des faits qui lui étaient reprochés. Il nourrissait beaucoup de regrets par rapport à ses enfants et au mal qu'il avait fait à son épouse.
B______ faisait, quant à elle, en sorte d'organiser des rencontres entre les enfants et leur père dès le début de l'incarcération de celui-ci. Elle s'était déclarée choquée à l'idée que A______ puisse être expulsé et les enfants privés de leur père. Elle considérait que A______ était de très bonne volonté, mais elle avait besoin de preuves concrètes et que les relations entre le père et les enfants s'installent progressivement. Elle n'avait plus de contact avec son époux.
Dans le cadre de la fixation de la peine, le Tribunal correctionnel a retenu que le comportement de A______ au cours de l'instruction et des débats avait été particulièrement bon, dès l'audition devant la police et tout au long de la procédure. Aux yeux du Tribunal, sa prise de conscience de la gravité de ses actes était bonne et les remords qu'il avait exprimés étaient sincères.
e. A______ est sorti de prison en mai 2017 et s'est rendu en Equateur.
f. Etant rentré en Suisse au mois de septembre 2017, il n'a été en mesure d'exercer son droit de visite sur ses enfants qu'à compter du 17 septembre 2017.
g. Depuis le 1er avril 2018, A______ sous-loue un appartement à E______, au chemin , soit à proximité du domicile de ses enfants. D. a. Le 14 novembre 2016, B a formé une demande unilatérale en divorce.
b. Le Tribunal a tenu une audience le 23 janvier 2017, à l'occasion de laquelle B______ a sollicité l'attribution de l'autorité parentale exclusive sur les enfants C______ et D______. A______ a, pour sa part, requis le maintien de l'autorité parentale conjointe.
c. Par mémoire de réponse du 22 février 2017, A______ a, notamment, conclu au maintien de l'autorité parentale conjointe sur les enfants C______ et D______.
d. Par ordonnance OTPI/115/2017 du 14 mars 2017, modifiée par ordonnance OTPI/221/2017 du 28 avril 2017, le Tribunal, statuant sur mesures provisionnelles, a attribué à B______ l'autorité parentale exclusive sur les enfants C______ et D______ ainsi que leur garde, accordé à A______ un droit de visite à exercer durant sa détention à raison d'un après-midi toutes les deux semaines, puis, dès sa sortie de prison, au Point Rencontre à raison d'une heure et demie par semaine.
e. Lors de l'audience de débats d'instruction du 15 mai 2017, B______ a modifié ses conclusions et sollicité le maintien de l'autorité parentale conjointe sur les enfants C______ et D______.
f. Dans un rapport d'évaluation sociale du 5 mai 2017, le SPMi est, notamment, parvenu à la conclusion qu'il était dans l'intérêt des enfants de maintenir l'autorité parentale conjointe.
A teneur du rapport, A______ participait à [la prison] F______ à un suivi psychothérapeutique à raison d'une fois par semaine et projetait, à sa sortie, de continuer un suivi psychologique auprès de l'Association G______. Son permis de séjour était échu et il était possible qu'il soit réexaminé. A______ n'avait pas de logement fixe à sa sortie de prison ni de travail. Il affirmait boire peu d'alcool et ne pas avoir de dépendance, mais reconnaissait que lorsqu'il lui était arrivé de boire à l'excès, son mal-être s'était accentué et avait nui à sa relation de couple.
B______ avait, quant à elle, dénoncé un problème d'alcool chez son mari impliquant une agressivité verbale et physique. Elle faisait état de deux situations compliquées où son époux avait dû être hospitalisé. Dans les deux cas, un suivi psychologique adéquat lui avait permis de stabiliser sa santé psychique.
Les parents avaient indiqué au SPMi qu'ils souhaitaient le maintien de l'autorité parentale conjointe, afin de reprendre le dialogue. Ils ne remettaient pas en question leur implication et rôle mutuels auprès de leurs enfants. L'incarcération du père n'avait pas eu d'incidence significative sur son lien avec les enfants. Les parents étaient tous deux conscients de l'importance du maintien des relations personnelles entre eux et leurs enfants, dans l'intérêt de ces derniers. Selon le SPMi, bien que la communication entre les parents semblait peu aisée et risquait d'être sujette à des tensions, elle devrait rapidement redevenir fonctionnelle.
Tous ces éléments permettaient au SPMi de retenir que l'autorité parentale pouvait demeurer conjointe.
S'agissant de la garde des enfants, le SPMi a retenu l'adéquation du père dans ses rapports avec les enfants, ainsi que l'attachement réciproque des enfants envers lui. B______ disposait, par ailleurs, des qualités nécessaires à leur éducation, se montrant à l'écoute des conseils prodigués par les spécialistes l'encadrant, de sorte que la garde des enfants pouvait lui être confiée.
Concernant les relations personnelles entre le père et ses enfants, le Service se posait la question de savoir si, durant la vie commune, A______ ne présentait pas une forme de déni relatif à sa consommation d'alcool ainsi qu'une minimisation du problème. Il n'avait toutefois pas été possible de clarifier sa consommation réelle d'alcool ni la stabilité de son état de santé. Il convenait ainsi, dans un premier temps, que le droit de visite soit limité à des visites au Point Rencontre, garantissant un cadre apaisant et sécurisant pour C______ et D______. Le droit de visite pourrait ensuite être élargi, à la condition que A______ donne accès aux informations relatives à la poursuite de son suivi psychologique et que son état de santé soit stabilisé.
g. Lors de l'audience de plaidoiries finales du 11 septembre 2017, les parties ont persisté dans leurs conclusions s'agissant de l'autorité parentale. A l'issue de l'audience, le Tribunal a gardé la cause à juger.
h. Par acte sous seing privé du 26 janvier 2018, les parties sont convenues du rétablissement de l'autorité parentale conjointe sur leurs enfants C______ et D______.
i. Par courrier du 13 mai 2018 adressé au Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant et transmis à la Cour de céans le 15 mai 2018, les parties ont réitéré leur souhait d'exercer l'autorité parentale conjointe sur leurs enfants, considérant tous deux que "l'avis et la responsabilité de chaque parent est vraiment primordiale dans l'éducation" des enfants. Ils indiquaient que A______ disposait d'un logement proche de celui de B______ depuis le 1er avril 2018 et exerçait un emploi en tant que , compatible avec l'élargissement du droit de visite. j. Dans son rapport complémentaire du 29 mai 2018, le SPMi a relevé que les visites entre les enfants et leur père s'étaient déroulées favorablement depuis leur reprise le 17 septembre 2017, lorsque A était rentré d'Equateur. Les professionnels du Point Rencontre qui étaient intervenus entre septembre 2017 et janvier 2018 avaient attesté que A______ répondait aux besoins et demandes de ses enfants dans une atmosphère "calme et bienveillante" et que les moments de transition et échanges entre les parents étaient "respectueux et autonomes".
Le SPMi a précisé, par ailleurs, que depuis février 2018 et sur autorisation du Tribunal de protection de l'adulte et de l'enfant - accordée suite à la demande des parents -, les visites se déroulaient "profitablement pour les enfants", trois fois par semaine chez une amie des parents.
Ledit Service a également constaté que les parents ne rencontraient plus de problèmes de communication et qu'ils arrivaient à se mettre d'accord "sur tout ce qui concerne leurs enfants". Il a pris note de leur souhait d'élargir le droit de visite du père.
S'agissant spécifiquement de la question de l'autorité parentale, le SPMi a rapporté que B______ avait exprimé des craintes suite aux menaces que A______ avait proférées par le passé. Ce dernier avait indiqué, pour sa part, être conscient du fait que ses enfants souffriraient énormément d'être loin de leur mère et être incapable de leur infliger une telle peine.
Le thérapeute de [l'association] G______ a indiqué au SPMi que A______ s'était présenté avec "assiduité" aux rendez-vous hebdomadaires de son suivi psychothérapeutique et qu'il était très engagé. Ledit thérapeute relevait également que A______ s'était rendu "à la plage" avec ses enfants sans qu'aucun problème lié à son retour à Genève n'ait été à déplorer, démontrant qu'il était capable de revenir avec eux.
Tous ces éléments ont déterminé le SPMi à confirmer son préavis du 5 mai 2017 s'agissant, en particulier, du maintien de l'autorité parentale conjointe sur les enfants C______ et D______.
E. Dans la décision querellée, le Tribunal a considéré qu'il n'était pas lié par les conclusions du SPMi et que la condamnation pénale de A______ avait entraîné des difficultés de communication entre les parties, allant au-delà d'une simple mésentente. Le caractère récent des faits reprochés à A______ témoignait en outre de ce que les parties étaient manifestement encore dans une phase de conflit. Des incertitudes subsistaient au sujet du retour de A______ en Suisse, en raison de problèmes rencontrés avec son visa, du renouvellement de son permis de séjour suisse et de la régularité de son suivi psychologique, imposé à titre de règle de conduite.
Ces éléments ont conduit le Tribunal a estimer qu'en l'état, les parties n'étaient pas en mesure de mener un véritable dialogue relatif aux soins, à l'éducation et à la prise en charge de leurs enfants, de sorte que le maintien de l'autorité parentale conjointe était contraire au bien des mineurs. Le Tribunal a ajouté que lorsque la communication entre les parents serait rétablie, une modification du jugement de divorce pourrait être envisagée pour ce motif.
EN DROIT
PAR CES MOTIFS, La Chambre civile : A la forme : Déclare recevable l'appel interjeté le 26 janvier 2018 par A______ contre le jugement JTPI/16161/2017 rendu le 7 décembre 2017 par le Tribunal de première instance dans la cause C/22603/2016-9. Au fond : Annule le chiffre 2 du dispositif du jugement querellé et cela fait, statuant à nouveau : Rétablit l'autorité parentale conjointe de A______ et de B______ sur les enfants C______, né le ______ 2012 à ______ et D______, né le ______ 2014 à ______. Confirme le jugement entrepris pour le surplus. Sur les frais : Arrête les frais judiciaires d'appel à 1'000 fr. et les met à la charge de l'Etat de Genève. Dit que chaque partie supporte ses propres dépens d'appel. Siégeant : Monsieur Cédric-Laurent MICHEL, président; Mesdames Pauline ERARD et Paola CAMPOMAGNANI, juges; Madame Camille LESTEVEN, greffière. Le président : Cédric-Laurent MICHEL
La greffière : Camille LESTEVEN
Indication des voies de recours : Conformément aux art. 72 ss de la loi fédérale sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 (LTF; RS 173.110), le présent arrêt peut être porté dans les trente jours qui suivent sa notification avec expédition complète (art. 100 al. 1 LTF) par-devant le Tribunal fédéral par la voie du recours en matière civile. Le recours doit être adressé au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14. Valeur litigieuse des conclusions pécuniaires au sens de la LTF supérieure ou égale à 30'000 fr.