C/20777/2017
ACJC/767/2018
du 12.06.2018 sur JTPI/3306/2018 ( SDF ) , MODIFIE
Descripteurs : PROTECTION DE L'UNION CONJUGALE ; OBLIGATION D'ENTRETIEN
Normes : CC.163
En faitEn droitPar ces motifs RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE POUVOIR JUDICIAIRE C/20777/2017 ACJC/767/2018 ARRÊT DE LA COUR DE JUSTICE Chambre civile du MARDI 12 JUIN 2018
Entre Monsieur A______, domicilié , appelant d'un jugement rendu par la 16ème Chambre du Tribunal de première instance de ce canton le 27 février 2018, comparant par Me Daniel Meyer, avocat, rue Ferdinand-Hodler 7, 1207 Genève, en l'étude duquel il fait élection de domicile, et Madame B, domiciliée c/o C______, ______, intimée, comparant par Me Clara Schneuwly, avocate, boulevard de Saint-Georges 72, 1205 Genève, en l'étude de laquelle elle fait élection de domicile.
EN FAIT A. Par jugement JTPI/3306/18, rendu le 27 février 2018 et expédié pour notification le 28 du même mois, le Tribunal de première instance, statuant sur mesures protectrices de l'union conjugale, a autorisé B______ et A______ à vivre séparés (chiffre 1 du dispositif) et condamné A______ à verser à B______ une contribution mensuelle à son entretien de 900 fr., à dater du 1er mai 2018, au titre de contribution à son entretien (ch. 2). Ces mesures ont été prononcées pour une durée indéterminée (ch. 3). Les frais judiciaires ont été arrêtés à 800 fr., et mis à la charge de chaque époux par moitié, sous réserve du bénéfice de l'assistance judiciaire (ch. 4). Il n'a pas alloué de dépens (ch. 5). Enfin, les parties ont été déboutées de toutes autres conclusions (ch. 6). A______ appelle de ce jugement par acte expédié au greffe de la Cour le 12 mars 2018 et conclut à ce que la Cour, avec suite de dépens, annule le chiffre 2 du dispositif susrappelé et dise que les époux ne se doivent réciproquement aucune contribution d'entretien. B______ a conclu à la confirmation du jugement attaqué et au rejet de l'appel, avec suite de dépens. A______ a répliqué, produisant des pièces nouvelles, à savoir un certificat médical et un rapport médical relatifs à son état de santé et à sa capacité de travail, tous deux datés du 28 mars 2018, une attestation de l'Hospice général datée du 24 janvier 2018 et des relevés de l'aide reçue de cet organisme pour les mois de février à avril 2018. B______ a dupliqué, concluant à l'irrecevabilité des pièces nouvellement produites. Les deux parties ont pour le surplus persisté dans leurs précédentes conclusions. Sur quoi, la cause a été gardée à juger le 4 mai 2018. B. Les éléments suivants résultent de la procédure : a. A______, né le ______ 1996 à Genève, originaire de Genève, et B______, née le ______ 1995 à ______ Kosovo, de nationalité kosovare, se sont rencontrés lors d'une fête de famille au Kosovo. B______ a rejoint A______ à Genève et ils ont contracté mariage le ______ 2016 à ______ (GE). Aucun enfant n'est issu de leur union. Depuis leur mariage, les époux ont vécu avec les parents de A______, dans l'appartement dont ceux-ci sont locataires au ______ (GE). B______, sans formation et au bénéfice d'un permis B, n'a pas travaillé durant la vie commune. A______, sans formation également, travaillait en 2016 chez D______ SA moyennant un salaire-horaire représentant en dernier lieu 27 fr. brut. Son salaire mensuel net, 13ème salaire et indemnité-vacances incluses, s'est élevé à 12'633 fr. en totalité pour la période du 20 septembre au 31 décembre 2016, et plus spécifiquement 3'813 fr. en novembre et décembre 2016. Le 24 janvier 2017, B______ a déposé plainte pénale en raison de violences conjugales qu'elle dit avoir subies, plainte qui a fait l'objet d'une ordonnance de non-entrée en matière partielle; la procédure de recours initiée par B______ est toujours pendante. b. Le 13 janvier 2017, B______ a quitté le domicile conjugal. Après avoir été accueillie dans un foyer d'urgence, elle réside depuis fin janvier 2017 au Foyer "C______" à Genève, dont le coût de 84 fr. par jour couvre le logement, les repas et l'encadrement psycho-social (www..html). Entièrement à la charge de l'Hospice général depuis la séparation, elle a suivi depuis juillet 2017 des cours de français à [l'école] E et effectué un stage professionnel non rémunéré. Depuis le 5 janvier 2018, elle est employée par F______ SA pour des missions temporaires dans le secteur du nettoyage. En janvier 2018, elle a travaillé 30 heures comme remplaçante de femme de chambre, réalisant ainsi un revenu de 600 fr. A______ est demeuré au domicile de ses parents, auxquels il déclare verser 1'500 fr. par mois à titre de participation au ménage commun, de la main à la main et sans quittance. En 2017, son certificat de salaire fait état d'un salaire total net de 4'030 fr., treizième salaire et indemnité-vacances inclus, alors que les fiches de salaire mensuelles mentionnent 2'850 fr. versés en janvier 2017, 1'842 fr, en février 2017 et 1'349 fr. en septembre 2017. A______ présente depuis février 2017 une incapacité de travail à 100%, initialement pour cause d'accident, puis pour cause de maladie (en raison de lombalgie et d'un état anxieux et dépressif), incapacité qui perdurait encore en avril 2018, le médecin-traitant de A______ estimant, au 28 mars 2018, que celui-ci demeurait "très atteint, avec un pronostic réservé", nonobstant la psychothérapie entreprise. Les prestations reçues de la caisse accident ne résultent pas de la procédure. G______, assurance pour perte de gain, ayant pour sa part, dès septembre 2017, refusé ses prestations, A______ est à la charge de l'Hospice général depuis janvier 2018. C. a. Le 13 septembre 2017, B______ a saisi le Tribunal de première instance d'une requête de mesures protectrices de l’union conjugale, sollicitant l'autorisation de vivre séparée, la condamnation de A______ à lui verser une contribution mensuelle d'entretien de 1'200 fr. dès le 1er février 2017, enfin le partage des frais judiciaires, sans allocation de dépens. A______ s'est opposé au versement d'une contribution d'entretien en faveur de son épouse. La cause a été gardée à juger à l'issue de l'audience de plaidoiries finales du 7 février 2018. b. Le jugement attaqué retient pour B______ (à la charge de l'Hospice général depuis la séparation), un revenu réalisé en janvier 2018 comme femme de chambre remplaçante de 600 fr. (soit 30 heures à 20 fr.) et des charges totalisant 2'530 fr., soit: loyer hypothétique (1'000 fr.); assurance-maladie (260 fr.); frais de transport (70 fr.); montant de base au sens des normes d'insaisissabilité (1'200 fr.). Les charges de A______, dont la situation professionnelle n'était pas claire et qui était en incapacité de gain depuis février 2017, représentaient 1'723 fr., soit: montant de base au sens des normes d'insaisissabilité (1'200 fr.); assurance-maladie (452 fr. 85); frais de transport (70 fr.). Les frais de logement allégués (1'500 fr. versés à ses parents de la main à la main) ont été écartés, car non étayés de pièces. Compte tenu de l'état de santé de A______ en 2017 et de ses charges, il ne pouvait être exigé de lui qu'il contribue à l'entretien de son épouse durant l'année 2017. Vu son jeune âge et son expérience professionnelle, il pouvait en revanche lui être imputé un revenu hypothétique de 4'000 fr. net par mois (correspondant à celui réalisé durant les derniers mois de l'année 2016), à partir du 1er mai 2018, ceci pour tenir compte du temps nécessaire à la recherche et à la reprise d'un emploi. Il pouvait par ailleurs être également attendu de B______, jeune et en bonne santé, qu'elle augmente son temps de travail dans le futur. Compte tenu du disponible de A______, la contribution à l'entretien due à B______ pouvait, en équité, être arrêtée à 900 fr. c. Les arguments des parties développés en appel seront repris ci-après dans la mesure utile. EN DROIT
PAR CES MOTIFS, La Chambre civile : A la forme : Déclare recevable l'appel interjeté 12 mars 2018 par A______ contre le jugement JTPI/3306/2018 rendu le 27 février 2018 par le Tribunal de première instance dans la cause C/20777/2017-16. Au fond : Annule le chiffre 2. du dispositif de ce jugement et, statuant à nouveau : Dit que les époux ne se doivent en l'état aucune contribution d'entretien. Confirme le jugement attaqué pour le surplus. Déboute les parties de toutes autres conclusions. Sur les frais : Arrête les frais judiciaires d'appel à 800 fr., les met à la charge de chaque époux par moitié et dit qu'ils seront supportés provisoirement par l'Etat de Genève, qui pourra en réclamer le remboursement ultérieur aux conditions fixées par la loi. Dit que chaque partie supportera ses propres dépens. Siégeant : Madame Ursula ZEHETBAUER GHAVAMI, présidente; Madame Nathalie RAPP, juge; Madame Marguerite JACOT-DES-COMBES, juge suppléante; Madame Camille LESTEVEN, greffière.
La présidente : Ursula ZEHETBAUER GHAVAMI
La greffière : Camille LESTEVEN
Indication des voies de recours : Conformément aux art. 72 ss de la loi fédérale sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 (LTF; RS 173.110), le présent arrêt peut être porté dans les trente jours qui suivent sa notification avec expédition complète (art. 100 al. 1 LTF) par-devant le Tribunal fédéral par la voie du recours en matière civile. Le recours doit être adressé au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14. Valeur litigieuse des conclusions pécuniaires au sens de la LTF supérieure ou égale à 30'000 fr.