C/13547/2012
ACJC/343/2014
du 26.02.2014 sur OTPI/1151/2013 ( SDF ) , CONFIRME
Recours TF déposé le 17.04.2014, rendu le 08.09.2014, CONFIRME, 5A_328/2014
Descripteurs : MESURE PROVISIONNELLE; COMPTE BANCAIRE; CONTRIBUTION PATRIMONIALE DU CONJOINT
Normes : CC.163; CC.178.1; CC.178.2; CC.173.3; CC.276.1
En faitEn droitPar ces motifs RÉPUBLIQUE ET CANTON DE GENÈVE POUVOIR JUDICIAIRE C/13547/2012 ACJC/343/2014 ARRÊT DE LA COUR DE JUSTICE Chambre civile du MERCREDI 26 FEVRIER 2014
Entre Madame A______, domiciliée (GE), appelante d'une ordonnance rendue par la 1ère Chambre du Tribunal de première instance de ce canton le 15 août 2013, comparant par Me Catherine Chirazi, avocate, 30, boulevard Helvétique, 1207 Genève, en l'étude de laquelle elle fait élection de domicile, et Monsieur B, domicilié ______ Floride, Etats-Unis d'Amérique, intimé, comparant par Me Albert Righini, avocat, 5, rue Gourgas, case postale 31, 1211 Genève 8, en l'étude duquel il fait élection de domicile,
EN FAIT A. a. Par ordonnance OTPI/1151/2013 rendue le 15 août 2013 et communiquée pour notification aux parties le lendemain, le Tribunal de première instance (ci-après : le Tribunal) a statué sur les mesures provisionnelles requises par A______ dans le cadre de sa demande en divorce contre B______ du 9 juillet 2012. Le Tribunal a constaté que B______ avait satisfait à son obligation d'entretien à l'égard de son épouse durant l'année 2012 (année à partir de laquelle A______ requérait une contribution d'entretien de 67'700 fr. par mois en première instance puis de 45'000 fr. en appel) en lui versant un montant mensuel de 25'000 fr. (ch. 1 du dispositif). Il l'a condamné à verser à A______, par mois et d'avance, dès le 1er janvier 2013, un montant de 25'000 fr. à titre de contribution d'entretien (ch. 2) et lui a ordonné de produire ses déclarations fiscales corrigées au 30 juin 2013 pour les années 2008 à 2012 (ch. 3) ainsi que les relevés mensuels de ses cartes de crédits et les relevés et évaluations de portefeuille mensuels des comptes dont il est seul titulaire pour la période du 1er janvier 2012 au 30 juin 2013 (ch. 4). Pour le surplus, le Tribunal a arrêté les frais de la procédure à 5'000 fr., les a compensés avec l'avance de même montant versée par A______ (ch. 5), les a répartis à raison de 4'000 fr. à charge de A______ et de 1'000 fr. à celle de B______ (ch. 6), condamnant en conséquence ce dernier à rembourser 1'000 fr. à A______ (ch. 7), et a dit que chaque partie devait assumer le défraiement de son conseil (ch. 8), déboutant celles-ci de toutes autres conclusions (ch. 9). Considérant qu'il n'existait aucun indice qui faisait craindre que B______ ait l'intention de procéder à des actes de disposition de biens matrimoniaux et de léser les intérêts économiques de son épouse, le premier juge a débouté A______ de ses conclusions tendant à faire interdiction à son conjoint de disposer, sans son consentement, des sommes qui devaient lui être remboursées par l'Administration fiscale cantonale (ci-après : l'AFC) à la suite d'une décision rendue le 9 avril 2013 et du solde de son "capital account" auprès de D______ (ci-après : D______ ). Pour le même motif, il a débouté A______ de sa conclusion tendant à ce qu'il soit donné acte à son époux de son engagement du 21 décembre 2011 de n'entreprendre aucun acte de disposition sur son compte n° 1______ auprès de E______ New-York et l'y condamner en tant que de besoin, sous la menace de la peine prévue par l'art. 292 CP. b. Par acte déposé au greffe de la Cour de justice le 27 août 2013, A______ a appelé de cette ordonnance. Elle sollicite une contribution d'entretien de 45'000 fr. par mois dès le 1er janvier 2012, contestant le montant de 25'000 fr. par mois dès le 1er janvier 2013 tel que proposé par son époux et entériné par le premier juge (ch. 1 et 2 du dispositif précité). Elle conteste les frais et dépens de première instance (ch. 6 et 8) et reprend trois de ses conclusions dont elle a été déboutée en première instance (ch. 9) tendant à faire interdiction à B______, sous la menace de la peine prévue par l'art. 292 CP, de disposer de quelque manière que ce soit, sans son consentement, des sommes en capital et intérêts qui vont lui être remboursées par l'AFC en lien avec la décision du 9 avril 2013 et du solde du "capital account" auprès de D______ et à lui donner acte de son engagement du 21 décembre 2011 et le condamner en tant que de besoin. Pour établir sa contribution d'entretien de 45'000 fr., elle allègue des charges actuelles "hors train de vie" (y compris les impôts) de 23'937 fr., des frais supplémentaires non documentés par pièces de 3'240 fr., des frais occasionnés par ses déménagements de 36'931 fr., soit de 3'077 fr. par mois, des frais d'avocat de 4'500 fr. par mois et un montant de 1'000 fr. pour ses loisirs. Elle chiffre dès lors ses dépenses à 35'750 fr. en précisant que ce montant ne prendrait pas en compte son train de vie réel qu'elle arrête globalement à 45'000 fr. par mois. Elle a produit sous pièces numérotées 166 à 173 des courriers datant des 15 juillet au 14 août 2013 portant sur les déclarations fiscales corrigées par son époux qui figuraient déjà au dossier de première instance ainsi que quatre courriers supplémentaires entre avocats des 19, 20, 23 et 26 août 2013 (pièces 174 à 177) relatifs à l'ordonnance querellée. Par acte du 23 septembre 2013, elle a invoqué un fait qu'elle qualifie de nouveau, soit une décision de l'AFC du 10 juillet 2013, dont elle n'a eu connaissance que le 23 septembre 2013, indiquant qu'un montant de 3.5 millions de francs d'acomptes provisionnels payés par B______ lui avait été remboursé conformément à la décision du 9 avril 2013. Elle a produit un pli adressé à son époux le jour même, dans lequel elle l'informe qu'elle a découvert ce fait nouveau et lui réclame le paiement immédiat de la moitié du montant remboursé par l'AFC, toutes autres sommes éventuellement remboursées constituant des acquêts, ainsi que la production des bordereaux de taxation fiscale 2008 à 2012. Elle a affirmé qu'il existait un risque concret que son époux dispose des acquêts des parties et qu'elle subisse ainsi un préjudice irréparable dans le cadre de la liquidation du régime matrimonial, de sorte que ses conclusions en interdiction de disposer seraient justifiées. Elle ne prend cependant aucune conclusion sur ce point. B______ a contesté, par acte du 27 septembre 2013, l'existence du fait nouveau allégué par son épouse, dès lors que son épouse savait depuis plusieurs mois que des impôts payés en Suisse allaient lui être remboursés par l'AFC et qu'il s'était engagé à l'égard de son épouse à payer immédiatement les impôts américains dus au moyen de ces remboursements. Les parties s'étaient prononcées sur ce point durant la procédure de première instance, notamment lors de leur audition du 29 mai 2013. A______ chiffrait alors elle-même le remboursement à venir à 6'646'483 fr., dont 3'586'483 fr. pour l'année 2007, et concluait sur cette base à faire interdire à son époux de disposer de ce montant. Le montant reçu en remboursement de l'AFC a été reversé par B______, qui s'y était engagé, à l'Internal Revenue Services Center (soit les autorités américaines compétentes en matière fiscale; ci-après : IRS) le 28 août 2013. Il estime le train de vie de son épouse à 25'000 fr., soit le montant dont elle dispose depuis la séparation et qui suffit, selon lui, à maintenir le train de vie qui a toujours été le sien. c. Dans sa réponse du 30 septembre 2013, B______ a conclu au rejet de l'appel. Il a joint à sa réponse les échanges de correspondance entre avocats déjà adressés à la Cour par A______, un extrait du site internet concernant son employeur et un e-mail qu'il a adressé à son épouse le 6 septembre 2013, dans lequel il lui rappelle qu'il n'aura plus de revenus dès la moitié de l'année 2014. d. A______ a répliqué, dans une écriture du 2 octobre 2013, qu'elle ignorait que le remboursement de l'AFC devait se faire entre les seules mains de B______ et a relevé qu'il "n'apparai[ssai]t pas déraisonnable de faire droit à sa requête d'interdiction". e. Par duplique du 3 octobre 2013, B______ a contesté à nouveau les allégués de son épouse en s'appuyant sur les écritures de celle-ci en première instance et l'absence de préjudice irréparable rendant sans fondement les conclusions en interdiction. f. Le 4 octobre 2013, A______ a encore produit devant la Cour un courrier adressé au conseil de son époux au sujet des impôts. g. B______ a informé la Cour, par pli du 31 octobre 2013, qu'il avait fourni au Tribunal un chargé de 106 pièces complémentaires. Celles-ci se composent de correspondances échangées entre les conseils des parties entre les 1er et 29 octobre 2013 au sujet de leur imposition, des factures de 2013, des tableaux établis par B______ en vue de la liquidation du régime matrimonial des parties, des certificats d'assurances diverses de ce dernier pour 2014, concernant notamment son deuxième pilier en vue du partage des avoirs de prévoyance professionnelle des époux, des relevés des comptes bancaires de B______ du 1er janvier 2008 au mois de septembre 2013 et d'autres pièces produites visant à établir la fortune des époux et les charges fiscales postérieures à 2008. Toutes ces pièces, qui portent sur des éléments postérieurs à la séparation des parties début 2008, ont été produites dans la procédure de divorce à la demande du premier juge afin de lui permettre de procéder à la liquidation du régime matrimonial des parties. h. Une audience de comparution des parties a eu lieu devant la Cour le 9 décembre 2013. Lors de celle-ci, A______ a notamment indiqué qu'elle s'engageait à ne pas disposer des avoirs sur le compte joint n° 1______ des parties auprès de E______ New York et a produit une pièce nouvelle, soit un document relatif à un compte personnel de son époux sur lequel les impôts remboursés par l'AFC avaient été versés. B______ a expliqué qu'il n'avait pas d'autre choix que d'utiliser ce compte pour payer la contribution due à son épouse, dès lors que la contribution de 25'000 fr. qu'il lui devait, correspondait, depuis la réduction de ses revenus, à l'intégralité du salaire que lui versait son employeur après paiement des impôts. Il ne pouvait pas s'engager à ne pas disposer de ce compte pour le versement de la contribution de son épouse, l'entretien de ses enfants et le paiement des impôts. i. Le 13 décembre 2013, A______ a déposé une écriture supplémentaire et un chargé de 13 pièces nouvelles. j. Le 19 décembre 2013, B______ s'est prononcé sur les écritures de son épouse du 13 décembre 2013 et a produit deux pièces nouvelles datant d'octobre 2013. k. La cause a été mise en délibération le 20 décembre 2013. Les faits pertinents suivants résultent du dossier soumis à la Cour : B. a. A______, née C______ le ______ 1959, et B______, né le ______ 1958, tous deux citoyens des Etats-Unis, se sont mariés à Londres en date du ______ 1988. Ils n'ont pas conclu de contrat de mariage. Ils sont les parents de F______, né le ______ 1990, et de G______, née le 1993, tous deux majeurs. F vit et étudie depuis septembre 2008 aux Etats-Unis, G______ vit et étudie en Grande-Bretagne depuis le mois de septembre 2012. La famille s'est installée à Genève en 1997, dans une villa de sept pièces, d'environ 180 m2 habitables et comportant 1'200 m2 de jardin, sise 1 à Cologny, dont le loyer s'élevait à 6'500 fr. par mois plus les charges. Selon la répartition des tâches entre les époux, B assurait seul l'entretien financier de la famille, son épouse ayant cessé toute activité professionnelle depuis 1990. b. Les époux DIACK se sont séparés en février 2008. B______ a quitté le domicile conjugal pour s'installer, selon ses allégués, à l'hôtel, puis selon un contrat du 13 janvier 2011, dans un appartement de six pièces sis rue du ______ à Genève. Il y a vécu jusqu'au mois de février 2012. Le loyer s'élevait à 8'775 fr. par mois charges non comprises. Il a annoncé son départ de Genève à l'Office cantonal de la population pour le 31 juillet 2012 et s'est installé à Palm Beach en Floride (Etats-Unis). c. A______ est restée avec G______ au domicile conjugal, dont le bail a pris fin au cours du printemps 2009, puis a emménagé le 16 avril 2009 dans un appartement de six pièces et demi sis , à Genève pris à bail pour une durée déterminée de trois ans, soit jusqu'au 15 avril 2012, et pour un loyer de 11'500 fr. par mois charges non comprises. B a allégué qu'il n'était pas d'accord avec cette location, qu'il jugeait trop onéreuse, mais en a néanmoins payé le loyer. A______ louait également une place de stationnement dans le parking souterrain de Saint-Antoine et a occupé l'appartement précité avec sa fille, jusqu'à ce que celle-ci s'établisse en Angleterre pour ses études en septembre 2012. Depuis le 1er mai 2013, A______ vit seule dans une maison de village de six pièces au chemin du ______ à Vésenaz, dont le loyer est de 5'000 fr. charges comprises. d. Lors de la séparation, B______ a transféré 100'000 fr. sur le compte n° 2______ auprès de E______ Genève à l'attention de son épouse et a promis à cette dernière qu'il garderait ce compte bien provisionné (soit "I promise to keep this account well funded"). Il lui a rappelé qu'elle disposait de trois cartes de crédit dont les limites de crédit mensuelles étaient très élevées et qu'elle avait accès à deux comptes bancaires soit le compte précité auprès de E______ Genève et un autre compte sur lequel elle avait une procuration, n° 1______, auprès de E______ à New York. Il s'engageait à continuer à payer le loyer de la maison conjugale à Cologny, les factures d'électricité et de téléphones ainsi que les factures plus importantes - telles que l'écolage des enfants (à l'Ecole Internationale) - et les autres factures relatives à la maison, aux enfants, etc. que son épouse lui transmettrait. B______ a déclaré à l'AFC avoir versé à son épouse, à titre de contribution d'entretien, en 2008 (dès la séparation en février), un montant de 306'832 fr. (27'893 fr. en moyenne par mois; dont 6'500 fr. de loyer), en 2009, 253'609 fr. (21'134 fr. en moyenne par mois, dont 11'500 fr. de loyer), en 2010, 249'144 fr. (20'762 fr. en moyenne par mois, dont 11'500 fr. de loyer), en 2011, 367'806 fr. (30'650 fr. en moyenne par mois, dont 11'500 fr. de loyer). Dès 2009, il a demandé à son épouse de réduire ses dépenses, ce qu'elle a fait en avril 2013, lorsqu'elle a emménagé dans un logement dont le loyer était de 5'000 fr. par mois, charges comprises, contre 11'500 fr. précédemment. Courant décembre 2011, A______ a transféré du compte de B______ auprès de E______ à New York à un compte à son propre nom un montant de 809'558 USD dans le but, selon ses allégués, de ne pas être totalement à la merci des dispositions de son époux. Cet argent n'a pas été investi mais pourrait générer, selon B______, un rendement de 4 à 5%. A la suite de ce retrait le 1er janvier 2012, B______ a commencé à verser à son épouse un montant mensuel fixe de 25'000 fr., soit une contribution d'entretien globale de 300'000 fr. par an, alors qu'auparavant, A______ procédait à des prélèvements au moyen d'une procuration ou lui transmettait les factures pour règlement. Il a également toujours payé les frais d'entretien et d'études des enfants, ce que son épouse ne conteste pas, estimés à 102'345 fr. par an, soit 8'528 fr. par mois. Le 1er janvier 2013, B______ a réduit sa contribution à 10'000 USD par mois. Dès le prononcé de l'ordonnance attaquée, il a versé le solde dû pour atteindre la contribution de 25'000 fr. par mois fixée dans ladite ordonnance. C. a. A______, aujourd'hui âgée de 54 ans, n'exerce pas d'activité lucrative. Ayant souffert d'un cancer en 2009, elle a subi une intervention chirurgicale et un traitement par radiothérapie et chimiothérapie et suit encore différents traitements la mettant en incapacité durable de travailler. b. B______ travaille pour D______ , société de conseils en investissement de capitaux, dont il est devenu un "limited partner" à partir du 1er janvier 2002. Ses revenus dépendent de la masse sous gestion de D______ . Ils sont composés de revenus mensuels appelés "first level distribution" et, en sa qualité de "limited partner", il reçoit également une part du bénéfice de D______ appelé "second level distribution" dont la quotité est fixée à la discrétion du "Managing General Partner" (pièces A18 et B4 produites par B______). Les bénéfices ne sont toutefois pas entièrement distribués et une partie fait l'objet d'une écriture comptable intitulée "capital account" auprès de D______ . B______ a expliqué qu'il ne pouvait pas disposer de ces fonds mais devait attendre le versement de son employeur. Conformément au contrat de partnership, D______ dispose d'un délai de cinq ans après la fin des rapports de travail pour verser le solde à B______. Au 4 mars 2013, un montant de 880'000 USD était inscrit sur le "capital account". B______ s'est engagé à informer son épouse de tout éventuel versement sur ce "capital account". En raison de la crise financière mondiale de 2008, la masse sous gestion de D______ est passée de 51.86 milliards USD (2008) à 26.4 milliards USD en 2013. Avant la crise, B______ réalisait des revenus annuels moyens de 4.9 millions USD (soit 24'712'632 USD pour les années 2003 à 2007 comprise). Dès 2008, ses revenus "first level distribution" ont connu une diminution et sont, depuis 2012, de 40'000 USD par mois (ou 480'000 USD par an). Tous revenus confondus, il a perçu entre 2008 et 2012 un revenu brut global de 6'417'123 fr. en 2008, de 2'487'790 fr. en 2009, de 3'173'637 fr. en 2010, de 1'787'971 fr. en 2011 et de 1'432'412 fr. en 2012, selon ses déclarations fiscales suisses. Courant juillet 2012, il a été informé qu'il ne ferait plus partie du groupe au 30 juin 2014. D______ a licencié tout son personnel à Genève et de nombreux employés aux Etats-Unis compte tenu de la crise financière globale l'ayant affectée depuis l'année 2008. Le bail des locaux de la succursale genevoise ont été résiliés pour cette même époque. En 2013, les revenus "first level distribution" de B______ se sont élevés à 480'000 USD et il a reçu, en sus, un montant de 480'000 USD qui représentait 2.4% de la masse sous gestion de D______ (environ 20 milliards USD), soit un revenu total de 870'000 fr. c. Après une longue procédure administrative, l'AFC a exclu par décision du 9 avril 2013 la fortune nette investie ainsi que les revenus issus du "Limited Partnership Interest" de l'assiette imposable de B______ au titre de l'impôt sur la fortune, respectivement l'impôt sur le revenu. Seule sa rémunération annuelle de 400'000 fr., frais de représentation non compris, était taxable au taux applicable à l'ensemble de ses revenus et fortune. Par cette décision, B______ a été invité à fournir à l'AFC, à la date du 30 juin 2013, ses déclarations d'impôt dûment corrigées pour les années 2007 à 2012, en fonction de l'assiette d'imposition ainsi déterminée, un montant de l'ordre de 6.2 millions de francs d'impôts ou d'acomptes déjà versés devant lui être remboursé. B______ s'est engagé envers son épouse à utiliser le montant qui devait ainsi lui être remboursé par les autorités fiscales suisses sur les exercices 2007 à 2012 au paiement des impôts américains, représentant selon son estimation environ 90% du total du montant à rembourser. Il a précisé que, s'il ne remboursait pas immédiatement à l'IRS l'arriéré dû, il devrait payer des intérêts à partir du jour du remboursement par les autorités fiscales suisses. Il comptait consacrer le solde de 10% au paiement du comptable qui s'était occupé de la problématique de son imposition suisse et américaine (audition du 29 mai 2013). B______ s'est vu rembourser, après taxation du 10 juillet 2013, un montant de 3'453'365 fr. par l'AFC pour 2007 et a reversé un montant de 3'389'248 fr. à l'IRS le 28 août 2013. d. Il ressort des pièces que B______ a adressées au Tribunal le 31 octobre 2013 qu'il dispose de nombreux comptes bancaires aux Etats-Unis, dont il a produit les relevés des années 2008 à 2013. Il est notamment titulaire d'un compte bancaire E______à New York sur lequel près de 4.7 millions USD sont déposés et d'un compte à l'UBS Genève, dont le solde s'élevait à 5.9 millions de francs suisses le 7 janvier 2013. B______ s'est engagé à ne pas disposer des avoirs déposés sur le premier de ces deux comptes, si ce n'est pour payer l'écolage des enfants et d'autres frais et impôts. Il a cependant indiqué, lors de sa comparution devant la Cour de céans, qu'en raison de la baisse de ses revenus, il devait également se servir de ce compte et des intérêts produits par la fortune qui y était déposée, pour assurer l'entretien de son épouse. A______ avait, pour sa part, prélevé 809'558 USD sur ledit compte à la fin de l'année 2011, sans en référer à son époux. e. Les époux ont constitué des économies de plusieurs millions de francs sur les revenus réalisés par B______. Ce dernier a produit tous les documents concernant la fortune des parties devant le premier juge le 31 octobre 2013 et chiffrait celle-ci, au 7 janvier 2013, à 14'464'155 USD. A______ a pris, sur le fond, des conclusions en liquidation du régime matrimonial en arrêtant sa créance de participation au bénéfice de la liquidation dudit régime à 23'000'000 fr. f. B______ a estimé le train de vie de la famille à environ 35% de son revenu annuel, après paiement des impôts. Ainsi, selon son appréciation, c'est un montant d'environ 300'000 fr. (sur 870'000 fr., cf. let. D.b. supra) qui a été affecté aux dépenses annuelles fixes pour toute la famille. A______ a, pour sa part, estimé les dépenses annuelles de la famille à 600'000 fr. par an, hors impôts. La famille a toujours vécu, depuis son arrivée en Suisse et jusqu'à la séparation des parties, dans le domicile conjugal à Cologny pour un loyer inchangé de 6'500 fr. par mois, les enfants étaient inscrits à l'école internationale - F______ jusqu'en septembre 2008 et G______ jusqu'en septembre 2012 -, une employée de maison travaillait presque à plein temps, et la famille voyageait beaucoup durant les week-ends et les vacances scolaires. D. a. Par acte déposé au greffe du Tribunal le 9 juillet 2012, accompagné de plusieurs classeurs fédéraux de pièces, A______ a requis le divorce, la condamnation de son époux au paiement d'une contribution d'entretien de 45'700 fr. par mois, indexée, la liquidation du régime matrimonial comportant, notamment, le versement d'un montant de 23 millions de francs suisses, le partage par moitié des avoirs de prévoyance professionnelle accumulés durant le mariage, en Suisse et hors de Suisse, avec suite de frais et dépens. A titre préalable, elle a requis la production d'un grand nombre de documents en relation avec la situation financière de son époux. b. Sur mesures provisionnelles, elle a conclu à la condamnation de B______ au paiement d'une contribution d'entretien de 45'700 fr. par mois, avec effet rétroactif au 1er janvier 2012, sous déduction de toutes sommes d'ores et déjà versées, et de l'intégralité des impôts suisses et américains, avec les intérêts, voire les amendes, qui lui seraient réclamées depuis l'année fiscale 2008 et jusqu'à l'entrée en force du jugement de divorce, avec suite de dépens. Pour établir la contribution précitée, A______ a expliqué qu'elle ne disposait que d'un nombre réduit de justificatifs, l'essentiel des factures ayant été payé directement par son époux. Elle s'est principalement fondée sur les extraits du compte E______n° 2______ à Genève produits en pièce 52 et ses extraits de cartes de crédit produits en pièce 63. Elle a allégué que son budget mensuel se composait d'un loyer de 11'500 fr. (jusqu'au 1er mai 2013), des primes d'assurance maladie de 717 fr. et d'autres assurances, y compris pour la voiture, de 320 fr., de frais de déplacement et parking de 3'000 fr., d'abonnements à des journaux et à des revues de 230 fr., de frais de sport, loisirs et culture de 1'550 fr., d'argent de poche des enfants de 1'500 fr., de nourriture de 2'500 fr., d'autres frais du ménage de 1'500 fr., de salaire de l'employée de maison de 1'700 fr., de décoration et mobilier de 2'000 fr., d'électronique de 500 fr., d'habillement et de chaussures de 1'750 fr., de frais médicaux non pris en charge de 2'000 fr. et de franchises de 500 fr., de frais de dentiste et d'opticien de 500 fr., de bijouterie de 600 fr., de restaurants de 1'500 fr., de cadeaux de 1'000 fr., de vacances de 8'500 fr., d'animaux de 400 fr. et de dons caritatifs de 500 fr. Son train de vie s'élevait alors, selon ses chiffres, à 44'267 fr. par mois. A teneur de ses relevés de carte de crédit, ses dépenses pour les années 2009 à 2011 s'élevaient à environ 3'000 fr. par mois. Selon les extraits de compte E______produits, les retraits en liquide et les paiements se sont élevés à 341'713 fr. en 2008 (28'476 fr. par mois), à 490'604 fr. en 2009 (40'883 fr.), à 423'160 fr. en 2010, (35'263 fr.), dont 207'000 fr. pour les loyers de 2011, 269'140 fr. en 2011 (22'428 fr.). Toutefois, ces retraits et paiements comprenaient également les dépenses des enfants et certaines dépenses de B______ qu'il n'est pas possible de distinguer des dépenses de A______. Certaines dépenses concernant B______, les enfants ou qui n'entrent pas dans les dépenses propres de A______, ressortent de cette pièce, soit notamment 25'500 fr. de garantie de loyer de l'appartement de B______ versés le 22 janvier 2008, 1'580 fr. versés à G______ le 12 février 2008, 14'783 fr. en faveur de la Fondation de l'Ecole internationale le 20 juin 2008, 24'260 fr. le 6 janvier 2009 de frais pour l'école internationale fréquentée par G______, 6'838 fr. en faveur de la Fondation de l'Ecole internationale les 18 et 19 juin 2009, 8'377 fr., 13'377 fr. et 14'468 fr. en faveur de ladite Fondation les 12 janvier et 24 décembre 2010, etc. c. Dans une écriture complémentaire du 28 juin 2013, A______ a notamment sollicité la production des déclarations fiscales suisses de B______ corrigées pour les années 2007 à 2012, les relevés détaillés et l'évaluation du portefeuille et des comptes dont il était le titulaire ou le co-titulaire des mois de janvier 2012 à juin 2013 ainsi que les relevés mensuels détaillés de ses cartes de crédit de janvier 2012 à décembre 2013. Elle a en outre conclu à la condamnation de son époux au paiement de 1'187'940 fr. pour le paiement de ses impôts et, pour le surplus, a pris des conclusions identiques à celles qu'elle fait valoir en appel tendant à faire interdiction à son époux de disposer du "capital account", des sommes remboursées par l'AFC et à prendre acte de l'engagement de ce dernier de ne pas disposer des avoirs sur le compte auprès de E______ New York. Elle a requis une contribution d'entretien de 67'700 fr., contre 45'500 fr. précédemment, et a conclu à ce que son époux soit condamné à lui verser un montant de 1'187'940 fr., représentant les impôts qu'elle serait tenue de verser au vu des contributions d'entretien perçues depuis l'année fiscale 2008. Elle a justifié sa demande de pièces afin d'établir une vision consolidée de la situation financière de son époux et a affirmé que les revenus de la fortune de celui-ci s'élevaient, pour les années 2007 à 2011, à un minimum de 22'497'187 USD. Son train de vie durant le mariage comprenait différents séjours de vacances effectués avec les enfants pour des montants de plusieurs dizaines de milliers de francs et l'acquisition de bijoux et de tableaux, ce qui justifiait une contribution mensuelle de 67'700 fr. d. Dans sa réponse du 14 mars 2013, B______ a considéré avoir produit toutes les pièces requises par son épouse, ce dont il a demandé la constatation, et a conclu, sur mesures provisionnelles, qu'il lui soit donné acte de son engagement à verser à A______, du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2012, une contribution d'entretien de 25'000 fr., sous déduction de toutes sommes d'ores et déjà versées, et dès le 1er janvier 2013, une contribution d'entretien de 10'000 fr., sous déduction de toutes sommes d'ores et déjà versées, avec suite de dépens. Il a fait valoir que le budget établi par A______ et reflétant, selon elle, le train de vie des époux durant la vie commune et depuis la séparation, n'était pas rendu vraisemblable et, surtout, ne tenait aucun compte de ses revenus réels, pour représenter, impôts compris, un montant de 750'000 fr. par an. A______ devait selon lui adapter son train de vie à ses revenus effectifs, lesquels s'élevaient à moins de 40'000 USD par mois. Selon son appréciation, le budget admissible de A______ se composait du loyer de 4'000 fr., des primes d'assurance-maladie de base et complémentaires de 722 fr. 75, des frais médicaux non couverts de 300 fr., des frais de téléphone de 300 fr., des frais de déplacement et de véhicule de 300 fr., des frais de loisirs et de vacances de 1'000 fr., du salaire de l'employée de maison de 500 fr. et des frais de soins et d'habillement de 500 fr., soit 7'622 fr. par mois. Son propre budget se composait de 4'000 fr. de loyer, de primes d'assurance maladie de 692 fr. 75, de frais médicaux non couverts et d'une franchise de 300 fr., de frais de téléphone et similaires de 300 fr., de frais de transport de 500 fr., de loisirs de 1'000 fr., de ménage et d'habillement de 1'500 fr., de contribution d'entretien pour les enfants de 8'528 fr. 75 et d'impôts de 10'000 fr. Dans ses écritures complémentaires du 28 juin 2013 concernant les mesures de blocage, il a fait valoir qu'il n'avait aucune intention de léser son épouse de quelque manière que ce soit dans la liquidation du régime matrimonial et a relevé le caractère totalement excessif des conclusions de cette dernière. E. Statuant sur mesures provisionnelles, le Tribunal a retenu que B______ ne contestait pas son obligation d'entretien envers son épouse, laquelle était fondée, à tout le moins durant la procédure, du fait de la durée du mariage (25 ans), des enfants qui en étaient issus, de l'absence concrète de toute activité professionnelle par l'épouse depuis 1990 et de la maladie de cette dernière qui rendait vain tout espoir de réinsertion. En outre, B______ avait toujours assumé l'entretien de son épouse et celui de ses enfants majeurs. Les positions des parties divergeant notablement à propos de leur train de vie durant la vie commune et après la fin de celle-ci, le Tribunal a constaté que A______ avait augmenté son train de vie en prenant à bail entre le 16 avril 2009 et le 30 avril 2013 un appartement dont le loyer et les charges annexes (11'500 fr.), représentaient presque le double de ceux de l'ancien domicile conjugal (6'500 fr.). B______ avait néanmoins payé ce loyer. Il n'avait lui-même gardé son propre appartement de six pièces en vieille ville de Genève, au loyer supérieur de 8'000 fr. par mois que pendant une année, ses frais de logement depuis le mois de février 2012 n'étant pour le surplus pas établis par pièce mais étant chiffrés à 4'000 fr. Le Tribunal a inscrit dans les charges de A______ le salaire de l'employée de maison à hauteur de 800 fr., mais a exclu les dépenses de sport, de culture et de loisirs non étayées par pièce, l'argent de poche des enfants ainsi que d'autres postes contredits par les relevés des cartes de crédit, tels que les frais de nourriture et de voyage (8'500 fr. par mois). En réclamant un montant de 23 millions de francs suisses à titre de liquidation du régime matrimonial, A______ avait admis que l'intégralité des revenus de son époux n'était pas affectée à son train de vie mais avait servi à faire des économies dont elle bénéficierait dans le cadre de la liquidation du régime matrimonial. Les explications de B______ concernant la proportion entre les revenus dépensés pour les quatre membres de la famille et les revenus économisés étaient crédibles, de sorte qu'il convenait de s'appuyer sur les montants déclarés à l'AFC par ce dernier (300'000 fr. en 2012 et 2013) pour arrêter le train de vie de l'épouse. Sur la base des extraits de comptes bancaires et de cartes de crédit, il a retenu que A______ avait des dépenses de 20'350 fr. par mois, comprenant le loyer (11'500 fr.), le parking (500 fr.), les frais de santé (1'500 fr.), le salaire de l'employée de maison (800 fr.), les primes d'assurance maladie (750 fr.), les primes d'assurance (300 fr.), les frais de déplacement (500 fr.), les vacances (1'000 fr.), les loisirs (500 fr.), la nourriture et les frais d'habillement (3'000 fr.). Elle ne pouvait être tenue de réduire, avec effet au 1er janvier 2013, ses dépenses pour les adapter aux revenus réduits de son époux, dès lors que celui-ci ne pouvait exclure les revenus de sa fortune de son revenu annuel, soit 280'000 fr., pour augmenter sa fortune, par un réinvestissement de ce rendement, tel qu'opéré jusqu'en 2012, au détriment du train de vie de l'épouse, voire même de ses propres besoins de base. Il a retenu que le couple avait constitué une fortune d'au minimum 14 millions USD (minimum allégué par B______) durant l'union conjugale, dont la moitié reviendrait à l'épouse à l'issue de la liquidation du régime matrimonial (art. 215 al. 1 CC). Cette dernière ne devait pas souffrir une réduction de son train de vie dans l'attente de cette liquidation ni ne pouvait prétendre à obtenir une contribution d'entretien supérieure au train de vie antérieur, de sorte que le Tribunal a fixé la contribution à 25'000 fr. par mois correspondant, sous l'angle de la vraisemblance, audit train de vie. Ce montant était suffisant pour en sus lui permettre de s'acquitter de ses impôts courants et des acomptes provisionnels, ce d'autant plus que sa charge de loyer était réduite de près de la moitié, cette dernière économie lui permettant également d'absorber les dépenses exceptionnelles résultant de son déménagement et de son installation dans son nouveau logement. A______ a été invitée à faire fructifier le capital de 809'558 USD qu'elle a transféré en 2011 sur un compte à son nom. Le Tribunal a jugé qu'il n'existait aucun indice que B______, lequel avait satisfait à ses obligations d'entretien vis-à-vis de son épouse depuis leur séparation en 2008 et des enfants majeurs tout en continuant à augmenter la fortune du couple, ait l'intention de procéder à des actes de disposition de biens matrimoniaux et de léser son épouse. Il a ainsi débouté cette dernière de ses conclusions tendant à restreindre le pouvoir de disposer de B______. F. L'argumentation des parties devant la Cour sera exposée ci-après dans la mesure utile. EN DROIT
PAR CES MOTIFS, La Chambre civile : A la forme : Déclare recevable l'appel interjeté par A______ contre l'ordonnance OTPI/1151/2013 rendue le 15 août 2013 par le Tribunal de première instance dans la cause C/13547/2012-1. Au fond : Confirme l'ordonnance querellée. Déboute les parties de toutes autres conclusions. Sur les frais : Arrête les frais judiciaires d'appel à 8'000 fr., les met à la charge des parties par moitié entre elles et dit que ces frais sont compensés à hauteur de 6'250 fr. avec l'avance de frais fournie par A______, qui reste acquise à l'Etat de Genève. Condamne B______ à rembourser à A______ 2'250 fr. à ce titre et 1'750 fr. à l'Etat de Genève. Dit que chaque partie supporte ses propres dépens d'appel. Siégeant : Madame Florence KRAUSKOPF, présidente; Madame Marguerite JACOT-DES-COMBES, Madame Elena SAMPEDRO, juges; Madame Nathalie DESCHAMPS, greffière.
La présidente : Florence KRAUSKOPF
La greffière : Nathalie DESCHAMPS
Indication des voies de recours : Conformément aux art. 72 ss de la loi fédérale sur le Tribunal fédéral du 17 juin 2005 (LTF; RS 173.110), le présent arrêt peut être porté dans les trente jours qui suivent sa notification avec expédition complète (art. 100 al. 1 LTF) par-devant le Tribunal fédéral par la voie du recours en matière civile. Le recours doit être adressé au Tribunal fédéral, 1000 Lausanne 14. Valeur litigieuse des conclusions pécuniaires au sens de la LTF supérieure ou égale à 30'000 fr.